A Nantes, Nicolas Sarkozy fait huer la CGT... et tord la réalité

Publié le par DA Estérel 83

01-Mediapart

 

 

Une nouvelle fois, Nicolas Sarkozy a voulu frapper frapper fort. Ce mardi, peu après 18 heures, en ouverture de son meeting à Nantes, le président de la République a débuté son discours en fustigeant d'entrée de jeu la CGT, provoquant les huées réprobatrices des militants de l'UMP présents. 

Mimant la colère, le chef de l'État a, selon le compte-rendu en temps réel du meeting fait par lemonde.fr, dénoncé « les permanents de la CGT, qui ont scandaleusement empêché la diffusion de Ouest-France, qui avaient commis un crime : prendre une interview que je leur ai donnée. » « Honte sur les gens qui se comportent de cette manière ! », a-t-il poursuivi, avant d'invoquer la « liberté de la presse » et de dénoncer une nouvelle fois ces « corps intermédiaires qui confondent tout » et « font de la politique ». En d'autres termes, la CGT l'aurait censuré. 

Ces temps-ci, Nicolas Sarkozy qui se présente en « candidat du peuple », ne manque pas une occasion de dénoncer les « corps intermédiaires », à commencer par les syndicats. Pourtant, le président a en l'occurrence grossi le trait. Ce mardi, Ouest-France, le plus grand quotidien national, publiait en effet un entretien avec Nicolas Sarkozy dans le cadre de la campagne. Et le journal a bien connu des problèmes d'impression et diffusion. Pourtant, selon la direction de Ouest-France, ces soucis ne sont pas liés à la parution de cet entretien, mais à un mouvement social national à l'appel de la CGT qui fait suite à la récentemise en redressement judiciaire du quotidien régional Paris-Normandie, qui pourrait déboucher prochainement sur un plan social.

« Hier soir à 23h30, la Filpac-CGT (les rotativistes des imprimeries – ndlr) a arrêté le travail pendant une heure, dans le cadre d'un appel national. Cet appel, lié à la situation de Paris-Normandie, avait été précédé d'un communiqué très en amont, et la convocation d'une assemblée générale avait été annoncée il y a quelques jours », explique un cadre de la direction. « Le lien avec la campagne électorale ne me paraît guère évident », estime ce dirigeant, du reste pas tendre avec le mouvement lancé par la CGT, qu'il juge« inacceptable et ultra-minoritaire ».

Lundi soir, le même mouvement a d'ailleurs concerné de nombreux autres quotidiens régionaux un peu partout en France. Depuis quelques semaines, de tels arrêts de travail sporadiques à l'appel de la CGT (hégémonique parmi les ouvriers du livre) touchent d'autres journaux de la presse régionale, tels Ouest-France, Sud-Ouest ou Le Courrier Picard.

Conséquence de ce débrayage d'une heure lundi soir dans les imprimeries de Ouest-France à Rennes et de Nantes, « la fabrication a été fortement perturbée », raconte Ouest-France. De fait, 60 000 journaux n'ont pas pu être imprimés ce lundi en Loire-Atlantique, où Nicolas Sarkozy tenait meeting. Mais l'entretien avec le chef de l'État a bien été publié dans les autres éditions, qui ont toutefois subi certains désagréments – des pages locales ont par exemple dû être regroupées. Les 650 000 autres lecteurs du journal ont pu lire sans aucun problème l'entretien avec Nicolas Sarkozy, par ailleurs disponible sur sur le site internet de Ouest-France. « Ce n'est pas de l'antisarkozysme, c'est juste un concours de circonstances », dit un autre salarié. Une coïncidence fâcheuse qui a semble-t-il beaucoup énervé le président de la République, trop content d'en faire des tonnes en criant à la prise d'otage.

Ouest-France sait se faire pardonner : selon nos informations, les lecteurs de Loire-Atlantique auront la possibilité de lire ce mercredi l'entretien de Nicolas Sarkozy auquel ils ont échappé.

Cela ne valait sans doute pas la peine d'en faire tout un plat. Sauf pour décocher une nouvelle flèche aux syndicats, devenus dans cette campagne une des cibles favorites du président. La CGT est particulièrement dans sa ligne de mire : rompant avec la traditionnelle neutralité syndicale, le syndicat de Bernard Thibault appelle désormais très officiellement à « un changement à la tête de l'État », et vient de tirer à un million d'exemplaires un document dressant un bilan sévère du quinquennat de Nicolas Sarkozy.

Selon Le Monde daté de ce mercredi, le chef de l'État s'en était d'ailleurs déjà pris lundi à la CGT, lors de sa visite dans une centrale nucléaire du Loir-et-Cher, ses représentants locaux ayant refusé d'assister à un entretien à huis-clos avec lui.

 

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Publié dans SARKOZY

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