A Madrid, les valeurs boursières ont chuté de 30 % depuis le début de l'année
Le Fonds monétaire international (FMI) a indiqué n'avoir aucun projet d'assistance financière à l'Espagne et assuré que Madrid n'avait d'ailleurs demandé aucun soutien.
Un article publié, jeudi 31 mai, par le Wall Street Journal affirmait que le département Europe du FMI avait " commencé à discuter de plans de secours en vue d'un prêt de sauvetage à l'Espagne dans le cas où le pays ne parviendrait pas à trouver les fonds nécessaires au sauvetage de Bankia ".
Le communiqué du FMI a été publié après que Christine Lagarde, sa directrice générale, a rencontré à Washington, siège du Fonds, la vice-présidente du Conseil espagnol, Soraya Saenz de Santamaria.
L'Espagne fait fuir les investisseurs. Près de 97 milliards d'euros de capitaux ont été retirés du pays au premier trimestre, et 66 milliards pour le seul mois de mars, selon les chiffres dévoilés, jeudi 31 mai, par la Banque d'Espagne.
Ce record historique témoigne de la méfiance que suscite l'économie espagnole. " Ce désinvestissement est grave parce qu'il explique notamment la chute des valeurs boursières et la hausse du coût des emprunts publics ", explique Juan Carlos Martinez Lazaro, économiste à l'IE Business School, tout en se refusant à parler de fuite de capitaux. " Il ne s'agit pas tant de retraits monétaires provenant des particuliers que d'investisseurs financiers qui ont décidé de vendre leurs actions dans des entreprises espagnoles et leurs titres de dette publique, et de banques qui ne parviennent pas à refinancer leurs prêts. "
Le chiffre n'en est pas moins inquiétant. A la même période en 2011, l'Espagne avait enregistré un solde positif de sa balance financière de 20,8 milliards d'euros. Mais depuis la crise financière s'est accentuée, et les doutes sur la solvabilité du pays et de ses banques laissent planer la menace d'un plan de sauvetage.
Signe de ce manque de confiance, la part de la dette publique espagnole détenue par des investisseurs étrangers est descendue de 54 % à 38 % en un an et pour placer ses obligations à dix ans, l'Espagne devait, jeudi, payer 6,5 % de taux d'intérêt.
Opérations interbancaires
La Bourse, de son côté, a perdu 30 % depuis le début de l'année et 13 % pour le seul mois de mai. L'indice espagnol, l'Ibex-35, est retombé au niveau du printemps 2003, principalement du fait de la chute des valeurs bancaires, affectées par les doutes qui planent sur la valeur de leurs actifs immobiliers et sur leur capacité à appliquer les deux derniers plans de restructuration financière qui exigent d'elles 84 milliards d'euros de provisions supplémentaires.
Le titre de Bankia, récemment nationalisée, a ainsi perdu 70 % de sa valeur, celui de la banque Sabadell 54 %, CaixaBank 46 %... La grande banque souffre aussi : l'action Banco Santander a perdu 26,8 % depuis janvier, celle de BBVA, 31,11 %.
D'autres secteurs de l'économie espagnole ne sont pas épargnés : l'entreprise des télécommunications Telefonica a perdu 33 % en cinq mois, le groupe pétrolier Repsol, affecté par la nationalisation de sa filiale argentine, a chuté de 49 %, la compagnie d'énergie Iberdrola de 36 %. Et ainsi de suite.
Cependant, des 97 milliards d'euros de capitaux qui ont fui l'Espagne, 75 milliards correspondent à des opérations interbancaires. Cela témoigne de deux problèmes. D'une part, les banques internationales opérant en Espagne rapatrient ou transfèrent leurs fonds dans d'autres pays par sécurité. Et d'autre part, les banques espagnoles ne parviennent pas à refinancer les dettes qui arrivent à échéance et doivent donc rembourser leurs créanciers internationaux.
Quant aux retraits de fonds par les particuliers et les entreprises, ils se sont élevés à 2,9 milliards d'euros au premier trimestre, dont près de la moitié en mars. C'est un volume limité mais qui pourrait prendre de l'ampleur si les doutes sur le secteur financier persistaient.
Selon le ministre de l'économie, Luis de Guindos, qui réclame un " mécanisme d'injection de capital dans les banques de l'Union européenne " et des mesures pour faire baisser le coût de la dette, l'heure est grave : " L'avenir de l'euro va se jouer dans les prochaines semaines en Italie et en Espagne. "
Sandrine Morel