A l'UMP, le risque de triangulaires inquiète Droite populaire - FN : la «digue» tiendra-t-elle?

Publié le par DA Estérel 83

01-Mediapart

 

 

 

La Droite populaire est une « digue » par rapport au Front national. C'est ce que répètent les députés du collectif depuis sa création, en juillet 2010, se défendant de labourer les terres pour le FN (lire notre enquête) Mais après la défaite de Nicolas Sarkozy, les 18% de Marine Le Pen, et des législatives à haut risque pour le parti majoritaire, la «digue» ne risque-t-elle pas de se fissurer, ou, pire, de se transformer en passerelle?

Certes, la ligne de l'UMP « est très claire», a dit et redit Jean-François Copé. Encore ce jeudi, dans Le Figaro Magazine, il répète qu'« il n'y aura pas d'alliance électorale, ni de discussion avec les dirigeants du Front national ». La consigne sera-t-elle respectée localement? Si ce n'était pas le cas, « on en tirera toutes les conséquences au niveau national », a prévenu le patron de l'UMP.

Rappelant cette même ligne, Nicolas Sarkozy avait modulé sa pensée, le 26 avril, sur France 2. En cas de duels PS/FN, « nous verrions la qualité du candidat socialiste, au cas par cas ». « On est en droit de voir aussi les candidats. (...) Ca veut dire que je devrais pour M. Guérini, par exemple? Ou, s'il avait été candidat, pour M. Strauss-Kahn? »:

La crainte d'une vague rose, ajoutée à la menace de triangulaires avec le FN, inquiète les députés UMP. Comme l’a démontré Mediapart dans cette analyse détaillée, le Front national est en capacité, d’après les projections des résultats du premier tour de la présidentielle, d’atteindre 12,5% des inscrits dans 353 des 577 circonscriptions, aux législatives. De quoi destabiliser sérieusement la majorité sortante. La question se pose notamment dans les circonscriptions du sud de la France (sud-est mais aussi sud-ouest), où l'on trouve l'essentiel des députés de la Droite populaire. Certains veulent croire que l’application locale de la stratégie de Patrick Buisson permettra de l’emporter. D’autres sont soucieux et radicalisent leurs discours, ouvrant parfois la porte à un«rapprochement» avec le FN, ou actant la proximité idéologique entre les deux partis.

D'autant qu'en face, Marine Le Pen a, elle aussi, ouvert une brèche, dans un entretien à Valeurs Actuelles, le 10 mai. Certes, elle exclut toujours «tout accord entre partis» avec l'UMP, mais elle se déclare désormais «pas fermée» à une «entente» et à des«discussions»«au cas par cas», avec des candidats UMP aux législatives. La présidente du FN lance à nouveau un appel «aux élus et électeurs de droite sincère, qui ont voté Nicolas Sarkozy tout en se reconnaissant dans nos idées et qui en ont assez de la machine à perdre qu'est devenue l'UMP», les invitant à rejoindre son «grand rassemblement».

Des élus de la majorité saisiront-ils la perche? Dans certaines circonscriptions, la porosité est déjà importante (lire notre reportage à Nice). Ces dernières semaines, certains élus ont brisé sans complexe des tabous. L'ancien ministre de la défense, Gérard Longuet a déclaré dans Minute qu'il voyait en Marine Le Pen un«interlocuteur» potentiel, avant de se rétracter au vu de la polémique. Le député Christian Vanneste s'est dit prêt, le 9 mai, sur France Inter, à discuter avec le FN au second tour. En juillet 2011, l'élu du Nord s'était déjà montré ouvert, dans nos colonnes, à l'idée d'une alliance, sur le modèle italien: «La balle était dans le camp de Marine Le Pen comme elle était dans celui de Gianfranco Fini en Italie et non dans celui de Berlusconi».

En difficulté pour sa réélection (l'UMP ne l'a pas réinvesti pour les législatives), il se montre désormais encore plus explicite: «Si au second tour il y a un problème, bien évidemment, on doit essayer de faire en sorte que ce ne soit pas la gauche et les idées que nous réprouvont absolument qui l’emportent. Il faut quand même que les gens de droite se réunissent pour lutter contre ce qu’ils craignent, ce qu’ils refusent». Dénonçant le «cordon sanitaire», il estime que «ce qui compte, ce sont les idées»:

 

« Avec le FN, il peut y avoir certains sujets communs »

Dans Midi-Libre, un député du Languedoc-Roussillon, en première ligne avec le FN, va dans le même sens, sous couvert d'anonymat: « Est-ce que Louis Aliot est capable de travailler à rendre ce parti moins opaque, moins parti d’exclusion, s’interroge le député UMP, je ne sais pas. Mais dans cinq ans, tout est envisageable, à l’italienne. C’est un travail de longue haleine».

Dans un entretien à Valeurs Actuelles, le 25 avril, Lionnel Luca, cofondateur de la Droite populaire, explique qu'il «ne croit pas une seule seconde» à des alliances UMP/FN, mais estime qu’elles pourraient toutefois avoir lieu localement, de façon «très marginale».

Jean-Paul Garraud, secrétaire national à la justice de l’UMP, a lui aussi déclenché une polémique sur la question. Dans un texte intitulé «La défaite de Nicolas Sarkozy: analyse d'un scrutin», le député de Gironde (également membre de la Droite Populaire), s'interroge: «Une majorité des électeurs de l'UMP et des électeurs du FN veulent un rapprochement. Qu'est-ce qui est le plus important pour la France ? Cette question, seule, doit nous guider. On devient pragmatique ou on reste dans les blocages idéologiques ?»

Le député s’est-il fait remonter les bretelles lors du bureau politique de l’UMP? Le lendemain, il précise dans un communiqué qu’il n’était «pas question d’alliances avec le FN». Contacté par Mediapart, il réaffirme tout de même que «(son) texte était un signal fort à ces électeurs égarés, mais aussi une alerte à l’UMP. On ne peut pas d’un côté injurier des électeurs du FN et de l’autre leur demander leur voix». Une allusion à ceux qui ont, comme Chantal Jouanno, expliqué qu'ils voteraient à gauche en cas de duel PS/FN et critiqué la stratégie de droitisation.

Le secrétaire national le redit, il veut «lancer le débat» et «avoir un discours de vérit黫D'abord, Le FN est un parti républicain, il n’est pas interdit. Ensuite, il y a une hausse sensible des voix FN ou blanc. Cela a une signification, on ne peut pas se le cacher». S’il estime qu’il y a encore «des extrémistes» au FN, il salue l’évolution prétendue de Marine Le Pen «une jeune femme qui a transformé l’image de son parti et va continuer à le faire, en changeant le nom notamment»«Nous avons des divergences avec le FN, sur l’Europe, la peine de mort, par exemple», mais «il peut y avoir certains sujets communs», affirme-t-il. Autre députée du collectif, Brigitte Barèges a évoqué mercredi la possibilité d’un«parti» de la Droite populaire. D’ici les législatives, «ce n’est pas le moment de se déchirer», a-t-elle dit, mais «après, on verra. On se comptera».

Ces deux élus font justement partie des députés UMP inquiets pour leur siège. Brigitte Barèges, candidate dans la 1ère circonscription du Tarn-et-Garonne, a reconnu que sa réélection serait«compliquée» mais «peut-être pas impossible». Au premier tour de la présidentielle, Hollande est arrivé devant Sarkozy (28% contre 25,8), et le FN a totalisé plus de 20%.

Même cas de figure et mêmes résultats dans la circonscription de Jean-Paul Garraud, la 10e de Gironde. «Je ne suis pas à l’abri d’une défaite, admet-il, dans un euphémisme. Ma circonscription est assez à gauche, je l’ai ravi à Gilbert Mitterrand en 2002. Aujourd’hui mes opposants veulent me diaboliser». Mais «ce n’est pas parce que Nicolas Sarkozy a perdu qu’on va perdre», veut-il croire. Le député fait le constat suivant: «La victoire de François Hollande d’une courte tête traduit plus un anti-sarkozysme qu’une adhésion à la politique du PS. Il n’y a pas de rejet de notre politique sur le fond, donc c’est très jouable»

Comme ses collègues de la Droite populaire, il estime que la stratégie de Buisson a permis de limiter la casse. «Avec cette stratégie, on a fait 48%. Sans l’anti-sarkozysme, on gagnait!», dit-il. Il pense même «qu'on en a peut-être pas assez fait» et qu’il «aurait fallu assumer une telle campagne plus tôt»«A ceux qui disent "plus on parle en termes droitiers, plus on encourage le FN", je dis c’est faux. Dans la 11e circonscription, bétonnée par le PS, le FN a fait des scores plus élevés que chez moi!». Selon lui, c’est «cette ligne, celle de Nicolas Sarkozy, qui sera choisie pour les législatives».

« On résistera à condition que la droite reste bien à droite »

Alors il multiplie les appels aux 21% d’électeurs de Marine Le Pen dans ses terres. «Il faut faire comprendre à ceux qui se sont égarés qu'ils sont, en réalité, représentés à l'UMP. (...) L’immigration, on ne me parle que de ça, tous les jours! C’est le premier des problèmes, avec les questions économiques et le droit de vote des étrangers», jure-t-il. Le député veut croire que «les images de la Bastille, le 6 mai, avec les drapeaux étrangers, sont désastreuses pour Hollande dans l’opinion».

Etienne Mourrut, député du Gard, a lui aussi du souci à se faire. Il affrontera le médiatique avocat Gilbert Collard, soutien de Marine Le Pen, dans la 2e circonscription, où le FN est arrivé en tête, plus de deux points au-dessus de l’UMP. Son analyse à lui est encore plus claire: «Il faut arrêter la langue de bois, ne pas se cacher derrière son petit doigt, les causes sont connues: l'insécurité, l'immigration, le comportement d'une certaine population étrangère qui agresse et insulte nos jeunes. Aujourd'hui, les gens qui votent FN ne se cachent plus, ils se foutent d'être stigmatisés», expliquait-il pendant l'entre-deux tours. 

Le député estime que l'UMP «résistera» aux législatives «à condition que la droite reste bien à droite», qu'elle «assume ses options idéologiques». Elie Aboud est lui aussi «inquiet», d'après son camarade, le député des Yvelines, Etienne Pinte. Dans sa circonscription, la 6e de l'Hérault (Béziers), Marine Le Pen est arrivée juste devant l’UMP. 

D’autres élus affichent au contraire une grande confiance et misent sur leur proximité, mettant en avant tel ou tel «classement de députés» qui aurait primé leur travail. Jean-Michel Ferrand, élu du Vaucluse, autre membre de la Droite Populaire, se veut«résolument optimiste»«Je ne crains pas grand chose: je suis bien ancré, j’ai été cinq fois élu. On peut être élu une fois par hasard, mais pas deux!», raconte-t-il à Mediapart.

Sur le papier pourtant, c’est loin d’être gagné. Dans sa 3e circonscription (Carpentras), qui a offert au FN un conseiller général en 2011, Marine Le Pen est arrivée loin devant l’UMP (31,5 % contre 27,65 %). En juin, c’est la nièce de la présidente du FN, Marion Maréchal-Le Pen, qui portera les couleurs du parti. Et le FN mise beaucoup sur elle: vendredi, Jean-Marie Le Pen viendra lui-même dans le Vaucluse pour lancer sa candidature. Mais loin de s’inquiéter, le sortant UMP ne «croi(t) pas à un effet Le Pen», et plaisante: «Ce sera un duel Maréchal-Ferrand!». «Elle ne sait même pas où est le Vaucluse. Elle est venue une fois et elle est repartie le soir! C’est une candidature folklorique», raille-t-il.

L'élu a déjà préparé ses arguments chiffrés pour balayer le risque de défaite à cause d’une triangulaire. 1) Les députés UMP font des scores supérieurs à ceux de leur candidat à la présidentielle. «J’ai un capital de voix entre 15 et 30% supérieurs par rapport à la présidentielle. En 2007, j’ai fait 15% de plus par rapport au score de Sarkozy, en 2002, 41% de plus que celui de Chirac». 2)«Le FN n’est pas propriétaire de ses voix. Au premier tour ses électeurs lancent un avertissement, au second, ils rejoignent l’UMP. Dans ma circonscription, Sarkozy a fait 63% le 6 mai. A Bédarrides, (commune de sa circonscription, Ndlr) «Le Pen a fait 40% au premier tour et ça n’a pas empêché Sarkozy de faire 64% au deuxième». 3) «C’est la personnalité locale qui joue»«Je suis connu, j’aide  les gens, je rends des services, je trouve des subventions dans les ministères», dit-il, misant sur «une campagne de proximité». Jean-Michel Ferrand aime surtout rappeler qu'«en 2002, le FN était plus important dans le Vaucluse, face à Chirac».

Le chef de file de la Droite Populaire, Thierry Mariani, minimise lui aussi les scores de Marine Le Pen. «Le FN a toujours fait de gros scores dans le sud-est», expliquait-il à Mediapart pendant l'entre-deux tours. L'ancien ministre des transports veut lui renforcer la «digue» Droite populaire: «Il faut tourner la page de ça et, après les élections, voir comment on peut organiser une vraie tendance de droite républicaine au sein de l’UMP. Un certain nombre d’élus sont tentés de nous rejoindre à conditions que certains excès de jeunesse soient oubliés», a-t-il expliqué le 10 mai.

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Publié dans UMP

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