A l'extrême bord du précipice
Alors que les députés de l'UMP qui planchent sur le budget raclent les fonds de tiroirs en taxant tout ce qui bouge, alors que des centaines de milliers de Grecs défilent dans les rues pour dire halte à des plans d'austérité qui prétendent les sauver mais les condamnent à mourir guéris, alors que les bourses n'en finissent pas de faire du yoyo, c'est dans la plus totale confusion et dans un climat d'une fébrilité inédite que les ministres des Finances des 17 pays de la zone euro s'apprêtent à se réunir dimanche.
Si, comme l'affirmait depuis Séoul François Fillon hier, nous vivons aujourd'hui «la crise la plus grave de l'histoire de l'euro», le moins que l'on puisse dire c'est que cette gravité qui devrait justement inciter à se serrer les coudes est en train, au contraire, de provoquer un réflexe de sauve-qui-peut et de chacun pour soi. Réflexe qui ne peut évidemment qu'augmenter la panique et attirer le regard concupiscent des spéculateurs.
Depuis mercredi, tout semble aller de travers. A commencer par les relations entre Paris et Berlin. Le couple franco-allemand, qui jusqu'à présent avait servi de quille au navire Europe, est désormais au bord de la rupture, à la limite du naufrage. Le torchon brûle tellement entre Merkel et Sarkozy que lors du rendez-vous impromptu de mercredi à Francfort un proche du président de la Commission européenne confiait qu'heureusement que Jean Manuel Barroso la directrice du FMI, Christine Lagarde, et Jean-Claude Trichet qui faisait ses adieux, étaient présents «pour mettre de l'huile dans les rouages» du couple sinon le sommet était d'ores et déjà condamné.
Un climat tellement délétère qu'après une série d'annonces contradictoires, on a appris qu'il y aurait finalement... deux sommets. Celui prévu dimanche et un supplémentaire pour «finaliser» des solutions. C'est dire combien il est compliqué pour Paris et Berlin d'accorder leurs violons sur ce qui les sépare: la restructuration de la dette grecque, la recapitalisation des banques les plus fragiles et les plus exposées et surtout la transformation et le renforcement du Fonds Européen de Stabilité Financière.
Le fossé entre Merkel et Sarkozy sur ces trois sujets est si profond et les partenaires tellement crispés sur leurs positions qu'on peut s'interroger sur les chances d'arriver à un accord. Que ce soit avec un ou deux sommets. Hier le chef de file des ministres des Finances de la zone euro, Jean-Claude Juncker n'a pu cacher son inquiétude et a averti: «Nous ne donnons pas vraiment l'exemple d'un leadership qui fonctionne bien. L'impact à l'extérieur est désastreux».
Ce que confirme la Chine qui appelle à une «réforme fondamentale» ou encore Obama qui lors d'une vidéoconférence a menacé clairement de ne pas venir à la future réunion du G20 si les choses ne se débloquaient pas. Bonjour l'ambiance.