A l'Assemblée, l'embarras de la majorité sur le report à 67 ans de la retraite à taux plein

Publié le par DA Estérel 83

LeMONDE-copie-1Patrick Roger 12/09/2010

 

 

 

IL EST DES SILENCES qui en disent long. Celui qui, sur les bancs de la droite, a suivi l'intervention de François Bayrou, vendredi 10 septembre à l'Assemblée nationale, était éloquent, tant il manifestait de gêne. Tandis qu'elle fut saluée par une partie de la gauche.

Ne disposant que d'un temps de parole limité puisque n'appartenant à aucun groupe, le député des Pyrénées-Atlantiques s'était réservé sur l'article 6 du projet de loi sur les retraites, qui prévoit le passage de 65 à 67 ans du droit à faire valoir ses droits acquis sans décote : " Le noyau dur de l'injustice de ce texte ", a dénoncé le président du MoDem, contestant les chiffres avancés par le gouvernement.

" Ce sont les pensions les plus faibles qui sont ciblées et, évidement, ce sont les pensions des femmes qui sont majoritairement atteintes. Il y a une terrible injustice à faire payer une part de la réforme par ceux qui sont les plus faibles et qui ne peuvent pas se défendre. "

Avant d'interpeller ses collègues : " Tous, protégés que nous sommes par nos carrières professionnelles ou par le régime spécial que nous nous sommes donné en tant que parlementaires, nous sommes à l'abri de ce que nous imposons aux plus faibles de nos compatriotes, a lancé M. Bayrou. Parce que ceux-là n'ont pas de syndicats, ceux-là sont isolés, ils n'ont pas de voix qui parlent en leur nom, nous nous honorerions en renonçant au contenu de cet article 6 et à l'injustice qu'il comporte. " L'apostrophe a fait mouche.

De plus en plus nombreux sont ceux - et celles - qui voient dans le report de cette deuxième borne d'âge une mesure particulièrement discriminatoire pour les carrières les plus fragiles et pour les femmes, dont à peine 4 sur 10 parviennent à obtenir une carrière complète, avec une pension moyenne inférieure de 42 % à celle des hommes. Elles représentent 60 % des personnes faisant valoir leurs droits à 65 ans. Dans son rapport sur le projet de loi, la délégation aux droits des femmes de l'Assemblée nationale, présidée par Marie-Jo Zimmermann (UMP) demande, à l'unanimité, de maintenir à 65 ans l'âge du taux plein.

En séance, plusieurs députés de l'UMP ont fait part de leur embarras. Chantal Brunel (UMP, Seine-et-Marne) a défendu, en vain, un amendement visant à maintenir à 65 ans la date de perception de la retraite à taux plein pour les mères ayant eu deux enfants ou plus. Nicole Ameline (UMP, Calvados) s'est dite favorable à " une mesure spéciale temporaire qui vise à rééquilibrer des situations inégales ".

Rejeté d'extrême justesse

" Je vous avoue que la discussion générale m'a quelque peu ébranlé ", a reconnu Jean Bardet (UMP, Val-d'Oise), souhaitant que " ce dispositif soit amélioré lors de son passage au Sénat ". L'amendement de M. Bayrou visant à rétablir le départ à taux plein à 65 ans a été rejeté d'extrême justesse.

Un peu plus tôt, Dominique de Villepin, président de République solidaire, avait rendu publique une déclaration dans laquelle il demande au gouvernement d'" écouter les Français pour sauver la réforme ". " On ne peut accepter un passage de l'âge de départ à taux plein de 65 à 67 ans, qui pénalise de nombreuses femmes et les salariés aux carrières discontinues, c'est-à-dire les plus fragiles ", estime l'ancien premier ministre.

La gauche, qui croise le fer avec le gouvernement et sa majorité pour tenter de s'opposer au projet de loi, ne peut que voir d'un bon oeil la multiplication de ces mises en garde, expression de doutes au sein même de la droite. Tout au long de la journée de vendredi, l'opposition a livré un baroud d'honneur pour retarder le moment où l'Assemblée nationale entérinerait la fin de l'âge légal de la retraite à 60 ans. " L'âge légal à 60 ans, c'est le boulier social des plus modestes " a assuré Marisol Touraine (PS, Indre-et-Loire). Interpellé par l'UMP, le président du groupe socialiste, Jean-Marc Ayrault, a déclaré " assumer pleinement " l'engagement pris la veille par Ségolène Royal de rétablir le droit à la retraite à 60 ans si la gauche revient au pouvoir en 2012.

Peu après 18 heures, le vote de la majorité sonnait la fin de la retraite à 60 ans. " C'est un moment grave, que nous vivons collectivement avec une certaine tristesse ", a déclaré Alain Vidalies (PS, Landes), accompagné de plusieurs de ses collègues.

 

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Publié dans Retraite

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