Le bal des faux-culs (à l'étranger)

Publié le par DA Estérel 83

CL11112010

 

 

Son adoption avait déjà nécessité bien du temps et beaucoup de contorsions. Mais ce n'était qu'un aperçu des polémiques qui ne cessent de monter depuis la mise en application de la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l'ONU imposant une zone d'exclusion aérienne en Libye.

Alors que côté coalition, on se félicite, à l'image d'Alain Juppé hier à Bruxelles, d'une opération qui a déjà permis d'«éviter un bain de sang», les critiques ne cessent de se multiplier jusqu'au sein même de l'Europe depuis que le premier avion français a lâché la première bombe samedi après-midi sur la Libye. Si on excepte les insurgés qui eux dansent de joie et de soulagement, on assiste à un très beau ballet de faux-semblants du côté de la coalition et à un magnifique bal de faux-culs au sein même du camp allié.

Les critiques qui montent aussi bien la part de certains pays européens que de dirigeants arabes s'alimentent certes des ambiguïtés et des contours très flous de la résolution 1973. Mais elles sont également l'expression de la façon dont certains jouent un double jeu mêlant intérêts personnels ou nationaux et prétentions géopolitiques et humanitaires. C'est ainsi qu'on a entendu le président de la Ligue arabe, lequel a pourtant donné son feu vert à l'intervention franco-anglo-américaine, jouer les vierges effarouchées face à la réalité des bombardements. Comme si on pouvait empêcher les massacres de civils sans bombarder les tanks qui pilonnent des villes...

Il aura fallu hier l'intervention du secrétaire général de l'ONU pour qu'Amr Moussa, le chef de la Ligue arabe, range sa casquette de futur candidat à la présidentielle égyptienne et se reprenne en expliquant qu'on l'avait... mal compris. Il faut dire que si Moussa et ses collègues de la Ligue rêvent de se débarrasser de Kadhafi, ils redoutent en même de se voir reprocher par la rue arabe une collusion avec ces puissances occidentales régulièrement diabolisées...

L'Allemagne est également difficile à suivre: elle encourage l'intervention mais ne la vote pas. Se montre critique mais accroît son engagement en Afghanistan afin de soulager l'action des alliés en Libye. Mais il est vrai qu'Angela Merkel a elle aussi un scrutin en ligne de mire... Berlusconi, de son côté, a choisi de faire entendre hier la petite musique de sa «spécificité». Laquelle rime avec approvisionnement en pétrole libyen.

Mais soyons justes: du côté de ceux qui bombardent, on n'hésite pas non plus à user de leurres et à avancer masqués. Qui pourra ainsi croire qu'en envoyant un missile détruire un immeuble de Tripoli à 50 mètres de l'endroit où Kadhafi plante habituellement sa tente, on a juste cherché à lui envoyer un message? Qui peut penser que pour arriver à ses fins - la chute de Kadhafi - la coalition n'a pas planifié toutes les solutions, y compris la plus expéditive? A la guerre, comme à la guerre.

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Publié dans Etranger

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