A bas la crise !
Ces derniers jours, les initiatives ont plu comme à Gravelotte pour conjurer la crise. Chacun sait qu'elle sera au centre de la présidentielle. Problème: selon un sondage publié jeudi, une majorité de Français font d'abord confiance ... «aux citoyens» pour l'affronter
En 1984, le journal «Libération» et la chaîne publique Antenne 2 avaient co-produit une émission au titre choc: «Vive la crise !» était censée convaincre les Français de la nécessité d'accepter le tournant de la rigueur. Et aussi de l'impératif de réduire le périmètre interventionniste de l'Etat au profit des entreprises. Initiateur de l'émission animée par Yves Montand, et alors jeune journaliste à «Libération», Laurent Joffrin, y dénonçait d'une plume rageuse les débuts d'une alternance qui s'était «contentée de mettre en pratique un slogan hérité de soixante-dix ans de jacobinisme à la sauce Marx: de l'Etat, encore de l'Etat, toujours de l'Etat.» Et il appelait à la vraie «vie», «celle qui sourd de la crise, par l'entreprise, par l'initiative, par la communication».
Près de trois décennies plus tard l'actuel patron du «Nouvel Observateur» fustige désormais ces banquiers qui «courent en tous sens dans une noire panique et appellent Maman Etat au secours». Loin d'être isolée, l'évolution de Laurent Joffrin est symptomatique d'une gauche, toujours à la recherche de la recette miracle conjuguant la dure réalité des marchés et un mieux-disant social pratiquement impossible à tenir.
Ces derniers jours, les initiatives ont plu comme à Gravelotte pour conjurer les affres de la crise de la dette et de la récession. Toujours en campagne, Nicolas Sarkozy s'évertue à couper l'herbe sous le pied des socialistes: «règle d'or» sur les déficits, annonces de mesures pour le 25 août, deux jours avant l'université du PS. En face, les postulants à la primaire se démultiplient en interviews et propositions. En ordre dispersé, et dans la cacophonie. Certes, le patron par intérim du PS Harlem Désir a convoqué pour le 23 août un «bureau national exceptionnel» sur la crise de la dette.
Ce qui n'a pas empêché Martine Aubry de déclencher un feu nourri de propositions, jusqu'à demander un entretien à Nicolas Sarkozy comme si elle était déjà investie candidate.
François Hollande se drape dans le costume du «Père-la-rigueur», Ségolène Royal en championne des «indignés et des révoltés», Arnaud Montebourg en démolisseur de la mondialisation, et Manuel Valls en chevalier de l'union sacrée avec la droite modérée. Chacun sait que la crise sera au centre la présidentielle.
Problème: selon un sondage publié jeudi dernier, une majorité de Français font d'abord confiance ... «aux citoyens» (48%) pour affronter la crise. Viennent ensuite au palmarès Angela Merkel, le FMI, les entreprises, Barack Obama, l'Europe et Nicolas Sarkozy.
Les socialistes ne figuraient pas dans le sondage. Mais la priorité donnée aux citoyens est un désaveu cinglant pour tous les politiques, et in fine la démocratie représentative.