Zlatan Ibrahimovic, le nouvel espoir du fisc

Publié le par DA Estérel 83

L'Expension

 

 

Avec la taxe à 75% au-dessus d'un million d'euros par an, le PSG verserait 41,25 millions par an à l'Etat pour le seul Ibrahimovic. Et encore sans tenir compte des charges sociales.

Avec la taxe à 75% au-dessus d'un million d'euros par an, le PSG verserait 41,25 millions par an à l'Etat pour le seul Ibrahimovic.
Avec la taxe à 75% au-dessus d'un million d'euros par an, le PSG verserait 41,25 millions par an à l'Etat pour le seul Ibrahimovic.

Dans sa lutte pour réduire le déficit budgétaire, le gouvernement peut désormais compter sur deux renforts inattendus. Une amélioration de la conjoncture et un retour rapide de la croissance ? Faut pas rêver non plus. Alors de subits excédents commerciaux ? Pas davantage. Non, les deux nouveaux maillons forts de l'assainissement des finances publiques de la France sont... suédois et brésilien. Zlatan Ibrahimovic et Thiago Silva, les deux principales recrues du PSG.

C'est que pour les déloger de leur confortable Lombardie, où les deux officiaient au Milan AC, Paris a dû sortir le chéquier. Et les qataris ne font pas les choses à moitié. Ibrahimovic et Thiago Silva deviennent le plus gros transfert de l'histoire de la Ligue 1, avec plus de 65 millions d'euros déboursés pour les deux. Mais, surtout, leurs contrats sont faramineux en terme de salaires: 7,5 millions d'euros annuels net d'impôts pour Silva, 14 millions pour Ibra. Ils prennent évidemment la place de joueurs les mieux payés de France. L'ancien attaquant du Barça, de l'Inter et de la Juventus devient même le deuxième joueur le mieux payé au monde, derrière les 20 millions annuels de Samuel Eto'o à l'Anzhi Makhachkala, en Russie.

Et l'opération pourrait in fine se révéler bien plus chère pour le club parisien. De fait, les agents des joueurs ont tenu à s'assurer que leurs ouailles ne prendraient pas en compte eux-mêmes l'éventuelle surtaxe Hollande de 75% sur les revenus supérieurs à un million d'euros par an. Le journaliste de RFI et RTL Gilles Verdez, fin connaisseur du PSG, l'affirme : "Aujourd'hui, plus aucun joueur étranger de haut niveau ne vient en France sans s'assurer de son salaire net d'impôt." Les dirigeants parisiens ont ainsi négocié deux contrats : l'un, dans les conditions fiscales actuelles, l'autre, en cas de changement, et qui garantit une rémunération nette d'impôt inchangée. "Les agents et les joueurs se prémunissent d'éventuelles variations de régimes fiscaux", assure Verdez.

Un salaire réel jamais vu ?

On annonce, pour Ibrahimovic, un salaire net d'impôt de 14 millions d'euros, garanti même en cas de surtaxe de 75%. Le salaire brut fiscal correspondant est donc de 14x100/25 = 56 millions d'euros. De ce montant, il faut retrancher le premier million (non imposé à 75%) et calculer les trois quarts pour voir ce que les PSG payera en impôt sur le revenu. A cela, il faut ajouter les charges sociales salariales et patronales (environ 20%) ce qui porte le total brut à près de 70 millions d'euros par an: soit 41,25 millions en impôts pris en charge, 14 millions en salaire net touché par le joueur, le reste en charges et cotisations sociales.

Il semble donc que le PSG se soit engagé à acquitter ce nouvel impôt à la place de ses joueurs, et ses finances vont le sentir passer : pour le brésilien, le club verserait à l'Etat 21,75 millions par an. Pour le Suédois, 41,25 millions. C'est un peu comme si, chaque année, Paris décidait de les racheter ! Et encore, ce chiffre ne tient compte que de l'impôt sur le revenu, auquel il faudrait ajouter les cotisations sociales.

252 millions en quatre ans

Cela sous réserve que le projet de loi n'intègre pas de traitement particulier pour les sportifs. Le ministre du budget, Jérôme Cahuzac, a en effet déclaré, le 5 juillet sur RTL, que le gouvernement " réfléchit encore " à l'assiette de ce nouvel impôt. Il avait alors opéré une distinction entre les revenus réguliers des chefs d'entreprise, et ceux, variables, des sportifs, artistes ou chercheurs. Il se pourrait donc que ces catégories bénéficient d'un assouplissement. Le ministère des sports affirme pourtant le contraire. Jointe par L'expansion.com, Valérie Amant, directrice de la communcation de Valérie Fourneyron, jure que "les 75% s'appliqueront aux joueurs de foot et aux sportifs. Au nom de quoi y aurait-il un régime dérogatoire?"

Résumons : si, à l'automne prochain, dans la loi de finances 2013, une nouvelle tranche à 75% est créée, et si elle n'exonère pas les sportifs, le PSG versera chaque année, tant que ses deux pépites illumineront le Parc des princes, 63 millions d'euros au trésor public. Et donc, d'ici 2017, Paris, simplement sur ces deux joueurs, aura payé 252 millions d'euros.

Quand, cet hiver, François Hollande avait avancé sa proposition, il affirmait que ce n'était "pas pour aller chercher des rendements". Et, le 29 février, sur RTL, il avait assuré tabler sur une recette annuelle de "200 à 300 millions d'euros". Autrement dit, seuls deux joueurs du PSG apporteront près de 25% du produit total de cette tranche marginale.

Et les autres joueurs?

Et ce n'est sans doute pas fini. D'abord parce que Paris n'a pas fini de recruter. On parle aujourd'hui des arrivées des milieux de terrain Kaka ou Modric. " Il n'y a pas d'obstacle financier, estime Gilles Verdez. S'il faut mettre 52 millions sur Modric, ils le feront. Les Qataris sont venus pour ça ". Il n'est pas impossible non plus que les autres joueurs du club, dont les émoluments ont été négociés avant la proposition de François Hollande, demandent à ce que leurs contrats soient revus. A moins, comme le suppose Verdez, " que tous les contrats ne soient déjà garantis. En tout cas, les agents s'en préoccupent ".

Le Paris-Saint-Germain devient donc l'improbable allié du sérieux budgétaire de la France, au risque de grever le sien. Quand, fin 2013, le fair play financier sera officiellement mis en place par l'UEFA, les clubs européens ne devront pas dépasser 45 millions d'euros d'endettement. Or, le PSG est déjà très loin des clous de ce pacte de stabilité footballistique :son déficit s'est élevé à 100 millions d'euros la saison passée, et le club tablait sur 70 millions pour la prochaine. Mais ça, c'était avant le mercato.

Publié dans Economie

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