Vous avez dit Hippocrate?

Publié le par DA Estérel 83

 

 

Chacun comprendra aisément que de tels écarts auront du mal à faire admettre aux patients que notre pays n'est pas en train de plonger dans une médecine à deux vitesses!

 

A deux mois du premier tour, voici un sujet qui va donner du grain à moudre aux candidats tant il est au coeur des préoccupations des Français et donc des électeurs: la Santé. Hier et après une enquête d'un an au cours de laquelle le journal «60 millions de consommateurs» aura rencontré bien des difficultés, y compris auprès des organismes officiels pas toujours enclins à la transparence, le magazine vient de livrer les résultats de son opération vérité sur la dérive des dépassements d'honoraires dans les hôpitaux publics. 

Même si le sujet n'est pas nouveau et qu'en 2009 l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS) reconnaissait déjà que le taux moyen des dépassements pour les médecins hospitaliers opérant en secteur dit à «honoraires libres» atteignait plus de 360%, le phénomène s'est emballé. Follement. Au point que certains chiffres donnent le tournis. 

1200 euros pour une opération de la cataracte, 5 000 pour une prothèse de hanche, 6 000 pour opérer un genou alors que ces actes sont respectivement remboursés 270, 460 et 555 euros par la Sécu, chacun comprendra aisément que de tels écarts auront du mal à faire admettre aux patients que notre pays n'est pas en train de plonger dans une médecine à deux vitesses! 

On veut bien entendre que ces pratiques permettent aux hôpitaux de conserver leurs meilleurs chirurgiens, que la Sécu n'a pas suffisamment revalorisé les tarifs des interventions chirurgicales, ou encore que ces dépassements ne concernent que moins de 2 000 mandarins en France, il va être difficile de faire admettre aux Français que ceux-ci respectent le code de la santé publique qui indique que les dépassements d'honoraires doivent être fixés «avec tact et mesure». 

Même si l'Union des chirurgiens de France tente de minimiser en expliquant que cette pratique concerne d'abord de «grands professeurs attirant une patientèle du monde entier» (ce qui par parenthèse est une façon d'admettre qu'il faut être un prince du pétrole ou un nabab pour avoir accès à leurs soins...), il faut savoir que, selon l'assurance-maladie, les 1860 médecins dépassant ainsi les tarifs de la Sécu dégagent en moyenne un chiffre d'affaires de 80 000 euros brut par an et par blouse blanche.

Même si une partie -environ 25%- de cette somme est reversée aux établissements pour l'utilisation des équipements, un rapide calcul permet de comprendre que l'exercice de la médecine en secteur 2 n'est pas un simple sacerdoce. Pour la bonne bouche, «60 millions de consommateurs» met en avant quelques «champions» comme ce chirurgien de Montpellier ou cet autre de Nice qui pour une journée d'honoraires libres par semaine ont facturé chacun 400 000 euros en un an. 

On aura beau dire que des footeux ou des grands patrons du CAC font aussi «bien», il serait peut-être temps de se demander ce qu' Hippocrate en pense. Et si, toutefois, le ministère de la Santé se sent concerné.

Publié dans Santé

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