Vertiges du pouvoir

Publié le par DA Estérel 83

CL11112010

 

 

Europe Écologie Les Verts aura aujourd'hui une nouvelle direction. Pascal Durand, avocat d'affaires venu tardivement à la politique, succédera à la désormais ministre du Logement, Cécile Duflot. Une succession en douceur. Puisque le nouveau leader, même s'il s'est parfois opposé à sa «patronne», a été adoubé par elle.

Est-ce à dire qu'EELV serait en train de sortir enfin de la crise d'adolescence à laquelle on le pensait définitivement condamné? Que les Verts auraient pris du plomb dans la tête? Avec pour la première fois un groupe à l'Assemblée, un groupe au Sénat, deux ministres, jamais EELV n'aura en tout cas été aussi fort institutionnellement. Jamais il n'avait eu une telle représentativité, n'avait bénéficié d'un tel affichage de respectabilité. Pourtant jamais - même si avec les Verts, on sait qu'il ne faut jamais dire jamais... - l'image du parti n'aura été aussi brouillée.

Longtemps considéré comme une association de sympathiques et atypiques empêcheurs de faire de la politique en rond, le parti aura, à l'occasion des dernières élections, donné une toute autre image. Bien plus convenue. Bien moins rafraîchissante. Les tractations avec le PS pour les législatives, le renoncement à des principes fondateurs (sur le nucléaire) au profit d'une représentativité au Palais Bourbon et de quelques maroquins n'ont pas contribué à renforcer l'image de Verts toujours aussi décidés à «faire de la politique autrement»...

L'image cool d'un parti anticonformiste et sympa en a également pris un grand coup avec le casting loupé de la présidentielle. Moins en raison de la déculottée dans les urnes qu'à cause de la personnalité d'une candidate décidément prisonnière de sa vision psychorigide de la société. Du coup, la tâche de rénovation idéologique, d'organisation et de positionnement par rapport au grand parti frère socialiste qui attend Pascal Durand n'est pas mince. D'autant que s'il en doutait encore, ses camarades ne semblent guère décidés à lui faciliter le boulot. Hier Daniel Cohn-Bendit a donné le ton.

Dans une longue interview à Libération, il déplore «l'arrivisme» des leaders verts, décrit Cécile Duflot comme «une chef de clan» et Jean Vincent Placé comme un m'as-tu-vu médiatique dévoré par l'ambition et assène que l'image d'Europe Écologie est devenue«détestable»! Voilà qui laisse augurer de quelques nouvelles passes d'armes pas piquées des vers. En effet, même si Cohn-Bendit nous a habitués à jouer le Schtroumpf grognon, il est loin d'être le seul à estimer que la nouvelle soupe n'est pas assez verte, assez consistante.

Sergio Coronado, député depuis dimanche dernier, l'éternel Yves Contassot ou encore l'étoile filante de la présidentielle, Yannick Jadot y vont aussi de leurs états d'âme. Comme s'ils craignaient que la nouvelle façade institutionnelle d'EELV ne cache très longtemps un grand vide idéologique et une absence d'enracinement populaire.

 


Publié dans Ecologie

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