Vent de panique chez les Balkany à Levallois

Publié le par DA Estérel 83

01-Mediapart

 

 

Les Balkany se sentiraient-ils menacés dans leur forteresse bleu-UMP au point de perdre leur sang-froid ? La question agite Levallois-Perret. Depuis que les résultats du premier tour sont tombés, Patrick Balkany, le sulfureux député sortant de la cinquième circonscription des Hauts-de-Seine, en ballotage défavorable, redouble de fébrilité et d’agressivité envers le candidat socialiste. 

Mardi 12 juin, ses troupes ont chahuté la visite du premier ministre Jean-Marc Ayrault, venu encourager le maire PS de Clichy-la-Garenne, Gilles Catoire, avec une vulgarité qui a scandalisé jusque dans son propre camp. Un militant s’est jeté sur la voiture du ministre, une maire-adjointe lui a lancé des tracts pro-Balkany au visage, etc.

Les BalkanyLes Balkany© reuters

Le lendemain, mercredi 13 juin, en soirée, rebelote sans nul doute sous les caméras de video-surveillance qui quadrillent la ville. Alors qu’il se dirigeait vers le palais des sports pour saluer le personnel communal chargé de la mise sous pli du matériel électoral, Gilles Catoire est tombé nez à nez, au moment où il allait rentrer dans le hall, avec Patrick Balkany, qui a vraisemblablement tenté de l’agripper par le col en tenant des propos injurieux. Il a porté plainte hier pour « menaces et violences par une personne dépositaire de l'autorité publique sur une personne dépositaire de l'autorité publique ». 

« Balkany voulait lui casser la gueule car il estime qu’on l’a attaqué personnellement dans notre profession de foi », raconte Anne-Eugénie Faure, conseillère municipale à Levallois et suppléante de Gilles Catoire. Ce vendredi 15 juin, sur le marché Henri-Barbusse, devant le Carrefour City, le rendez-vous de tous les dangers en campagne électorale, la jeune avocate, Levalloisienne depuis cinq générations, est pressée de questions par les riverains. 

Tout le monde a lu l’altercation dans Le Parisien. Tout le monde veut savoir « si ça peut contribuer à faire perdre vous savez qui », même l’électeur de droite. Anne-Eugénie Faure refuse de rentrer dans les querelles de clocher mais a de l’espoir : « On est à 50-50, sur le fil. On a un trou de souris pour passer. Les divers droite peuvent révolutionner le second tour en votant PS. » « L’horizon n’est plus bleu même à Levallois », appuie, l’œil plein de malice, Christophe Gregorio, le directeur de campagne de Catoire, un Levalloisien spécialiste en communication.

Dans la cinquième circonscription, le maire de Levallois, grand ami d’enfance et de vacances de Nicolas Sarkozy, n’a fait que 36,5 % au premier tour, cinq points et demi de moins qu’en 2007 (42,11 %). Dans sa ville, en cinq ans, il perd plus de six points (48,21 % contre 54,76 %) et à Clichy où il n’a jamais été fort, plus de cinq points (17,87 % contre 23,01 %). De quoi s'affoler et justifier la nervosité de l’entre-deux tours du couple. Car c’est bien connu : dans le « neuf-deux », « les Balka » font en général le plein des voix au premier tour. En 2007, Patrick Balkany n’avait récolté que 532 voix supplémentaires au second tour. 

Un autre événement semble perturber le ténor qui n’a plus que l’ex-couple présidentiel pour l’inviter à Marrakech et Roger Karoutchi, le secrétaire de l’UMP 92, pour le soutenir en campagne : la sortie cette semaine du Monarque, son fils, son fief, brulôt de Célie-Marie Guillaume, la directrice de cabinet de Patrick Devedjian, patron du conseil général et grand ennemi des Balkany, qui revient sur quatre ans de luttes fratricides à droite en Sarkozie. Dans les librairies de la circonscription, le livre, où les Balkany campent« les Thénardier », est parti comme des petits pains. 

« Les Balkany ont tout acheté », croit savoir Gilles Catoire qui espère être « le Jean Valjean du second tour ». Le maire de Clichy, qui affronte pour la cinquième fois l’époux Balkany, gagne plus de sept points sur la circonscription comparé à 2007 (31,32 % contre 23,56 %). Il améliore de sept points son score à Clichy (42,70 % contre 35,18 %) et de plus de huit points son résultat à Levallois (24,18 % contre 15,86 %). Il aborde avec une telle confiance l’échéance qu’il a « bloqué son agenda » : « je suis matériellement et psychologiquement prêt à être député, à m’impliquer dans la coopération internationale », confie-t-il par téléphone à Mediapart.

Un « clan népotique et voyou »

Gilles Catoire, maire de ClichyGilles Catoire, maire de Clichy© dr

Porté par les 67 % de François Hollande à Clichy, et les deux petits points qui le séparent de Sarkozy sur l'ensemble de la circonscription, Gilles Catoire constate le même phénomène sociologique que dans la première couronne : « Les classes moyennes supérieures ne votent plus forcément à droite. » Il s’en réjouit et prédit aux« Balka » le même rejet de leur personnalité que celle de l’ancien chef de l’État. « C’est l’effet Neuilly, Jean-Christophe Fromantin », applaudit Catoire qui compte sur les 4 000 électeurs du candidat divers droite Loïc Leprince-Ringuet pour étoffer son total des gauches (46 %). 

Ce dernier, éliminé de la course, a réuni 9,75 % des suffrages dimanche dernier et ne donne aucune consigne de vote, manière de dire « Faites barrage aux Balkany ». Car Leprince-Ringuet, président du groupe DVD depuis dix ans à Levallois, est un farouche anti-Balkany. Le jeune quadra, directeur adjoint d'une PME dans l'aéronautique, a axé sa campagne sur l’angle du renouveau, du travail et de l’exemplarité à droite et au centre, valeurs que ne représentent pas selon lui les Balkany, « clan népotique et voyou qui donne une très mauvaise image de la droite des Hauts-de-Seine ». 

Personne n’ignore, en effet, le casier judiciaire du baron Patrick Balkany, élu depuis 1983 avec une interruption entre 1995 et 2001, ni sa passion pour le cumul des mandats dans le temps ni son taux d’absence record à l’Assemblée nationale. Pour la petite anecdote, des hackers anonymes ont décidé de nuire à sa campagne législative et créé en juin dernier un site internet, spécialement dédié à Patrick Balkany http://voteinutile.fr/guide-hacker-campagne-balkany.html. Ils comparent notamment son assiduité à celle du député UMP Jacques Myard sous forme d’encéphalogramme. Et celui de Balkany, affublé d’un bonnet d’âne, est on ne peut plus plat.

Ce vendredi matin, sur le marché Barbusse, « les bleus » ne sont bizarrement pas là avec leurs tee-shirts blancs et leurs badges « I love Balkany ». « D’habitude, dès qu’ils apprennent notre arrivée, ils sortent du bois », se félicite la suppléante de Catoire. Dans un des cafés du quartier, Loïc Leprince-Ringuet est en grande conversation avec son complice DVD, Arnaud de Courson, tombeur d’Isabelle Balkany aux dernières cantonales. Ils s’inquiètent des dégâts du livre de la porte-flingue de Devedjian, à quelques jours de la commission permanente qui doit se tenir au conseil général lundi 18 juin.

Arnaud De Courson et Loïc Leprince-RinguetArnaud De Courson et Loïc Leprince-Ringuet© Rachida El Azzouzi

« Certains élus UMP parlent de ne pas siéger. Il va y avoir de la casse », prédit Arnaud de Courson, qui travaille désormais à l’élaboration d’une liste aux municipales de 2014. « C’est très tendu en ce moment. On ne peut pas parler cinq minutes sans se faire attaquer », poursuit Leprince-Ringuet, qui ne compte plus ni les menaces ni les appels du pied de la galaxie Balkany. Mardi soir, il regardait le match Russie-Pologne dans un bar lorsque Gilles Catoire est entré. Poli et respectueux de ses adversaires, Leprince-Ringuet l’a salué mais très vite, une rumeur est montée dans la ville par la grâce des Balkany « le traître divers droite négocie avec la gauche. » 

« Ni l'UMP ni le PS n'ont investi le bon candidat »

Pour Leprince-Ringuet comme pour Arnaud de Courson, « Balkany est fébrile car il est en très mauvaise posture » : « Le scrutin va être très serré. L’UMP devrait se regarder le nombril. Elle n’a pas investi le bon candidat. Catoire peut l’emporter d’une courte tête. Tout dépend de l’attitude de l’électeur de droite à Levallois et de l’électeur de gauche à Clichy. » Car il n’y a pas que le système Balkany qui est décrié sur la cinquième circonscription des Hauts-de-Seine et c’est ce qui peut encore sauver l’UMP sortant – ainsi que les voix du candidat FN qui n'a pas donné d'instructions. Dans la ville voisine aussi, on parle d’un système, le système Catoire.

À 63 ans, le maire de Clichy et conseiller général est un miraculé. Quatre fois réélu de justesse, il tient la mairie envers et contre tous depuis 1985 et doit beaucoup au facteur « chance » ainsi qu’à sa connaissance parfaite de la ville et ses communautés. Impopulaire, inquiété lui aussi par la justice, peu apprécié par les socialistes du département, il déconcerte régulièrement sa majorité qui se déchire en permanence. Quand il surfe sur le sarkozysme, plaide pour la vidéo-surveillance, part en croisade contre « les commerces ethniques », ou encore lorsqu’il remet la médaille de la ville au parrain de la droite du 92, Charles Pasqua en 2006. 

Les deux frondeurs DVD le dénoncent. « Catoire, c’est le passé, maire depuis trente ans, conseiller général depuis vingt-cinq ans. Ce n’est pas le député dont on rêve. Le PS aussi n’a pas investi le meilleur candidat. À Clichy, son bilan est catastrophique. La ville stagne avec des impôts lourds. Et puis, Balkany et lui sont très contents de ne pas se gêner. Balkany l’a aidé pour que la droite ne s’installe pas à Clichy et vice-versa. Ils ont tiré les ficelles pour que l’un et l’autre restent en place », déplore Leprince-Ringuet.

Anne-Eugénie Faure sur le marché BarbusseAnne-Eugénie Faure sur le marché Barbusse© Rachida El Azzouzi

Anne-Eugénie Faure, la suppléante du maire de Clichy, refuse ce procès. « Gilles est le meilleur candidat de la gauche. Il a une force de frappe militante, un réseau. Si le PS avait parachuté un poids-lourd, cela aurait été mal perçu. » Quant à elle, elle a bien voulu monter au front. Des primaires ont eu lieu en interne pour les départager avec Catoire sur cette circonscription gelée pendant des mois par le PS. Elle a été plébiscitée par 90 % des socialistes de Levallois mais n’a pas fait le poids face au vieux routard clichois :« Il a fait lui aussi fait 90 % mais la différence, c’est qu’à Clichy, ils sont 150 militants socialistes, à Levallois, on est à peine 50 ! » « De toute façon, poursuit-elle, j’aurais eu moins de chances à passer. »

Dans les rangs des électeurs de droite qui veulent en finir avec le règne des Balkany, Catoire semble être un frein. « S’ils avaient envoyé quelqu’un de bien, j’aurais pu voter à gauche exceptionnellement, parce qu’il y en a marre des Balkany, un couple infernal, surtout elle, mais si c’est pour nous mettre un baltringue comme Catoire, non ! », tonne Christian, 72 ans. Attablé à une terrasse devant le palais des sports, ce retraité, toujours consultant, votera Balkany malgré lui dimanche, en espérant un renouvellement dans cinq ans. 

Son ami, Claude, 68 ans, qui a connu Levallois la communiste, l’ouvrière, n’arrivera pas à mettre un bulletin UMP dans l’isoloir, fatigué par le couple Balkany « trop dans l’excès, trop mégalo ». « Balkany, j’ai vu leur arrivée. Le pire, c’est elle. Lui, il a fait beaucoup pour la ville. Quand les usines Citroën ont quitté Levallois pour fabriquer la deux-chevaux sur les quais de Seine dans les années soixante-dix, il a donné une impulsion énorme à la ville. Il en a fait une ville bourgeoise, de cadres supérieurs, de sièges d’entreprises. » Au premier tour, cet ancien cadre commercial a voté pour un candidat de droite « foncièrement honnête », Leprince-Ringuet. Dimanche, il s’abstiendra « Le second tour tombe très bien. Je ne suis pas là. » 

Publié dans UMP

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