Valérie Trierweiler provoque la première crise politique de la présidence Hollande

Publié le par DA Estérel 83

01-Mediapart

 

 

Cela ressemble fort à la première crise politique de la présidence Hollande. Une crise en forme de psychodrame public-privé dont le mélange des genres, la confusion des fonctions et les inimitiés personnelles sont les ingrédients. En scène: Ségolène Royal, Valérie Trierweiler et inévitablement François Hollande dont elle est la compagne. La défiance entre les deux femmes a été abondamment documentée par la presse people et n'aurait aucun intérêt si Valérie Trierweiler, journaliste à Paris Match, n'avait pas revendiqué sa présence et son rôle tout au long de la campagne électorale du nouveau président.

Elle n'est pas militante socialiste, n'a pas de fonction officielle , a dit ne pas aimer l'expression «première dame de France». Dans le même temps, elle s'est montrée omniprésente et a expliqué réfléchir à ce que serait son rôle aux côtés du président de la République. Un début de réponse a été donné ce mardi: Valérie Trierweiler entend aussi se mêler de politique.

À cinq jours du second tour et à quelques heures de la fin du dépôt des candidatures, elle a envoyé de son compte Tweeter un message de soutien à Olivier Falorni, le socialiste dissident qui a décidé de maintenir sa candidature et d’affronter Ségolène Royal dans la 1ère circonscription de Charente-Maritime dans un duel rose qui tourne à l’aigre (lire notre reportage).

«Courage à Olivier Falorni qui n’a pas démérité, qui se bat aux côtés des Rochelais depuis tant d’ années dans un engagement désintéressé», écrit-elle. Effet déflagratoire assuré. Toute la journée, ces quelques mots ont provoqué commentaires, polémiques, attaques en piqué de la droite et un très gros embarras à l'Elysée. Au moment où le PS se bat pour décrocher une majorité absolue dans la future assemblée, dimanche, quelques mots peuvent parfois faire perdre beaucoup de sièges...

Capture d'écran du compte Tiwtter de V.TrierweilerCapture d'écran du compte Tiwtter de V.Trierweiler© DR

Car il est difficile de croire à la spontanéité de ce tweet : au même moment ce mardi, Martine Aubry et Cécile Duflot étaient à La Rochelle pour soutenir Ségolène Royal. Laquelle, le matin sur BFM TV-RMC, s’était prévalue du soutien de François Hollande, qu’elle a eu « très longuement au téléphone » et qui lui aurait dit qu’elle était « l'unique candidate qui pouvait se prévaloir de son soutien et représenter la majorité présidentielle ».

 

 

C’est d’ailleurs quasi mot pour mot en ces termes qu’un message de soutien de Hollande figure sur la profession de foi de Royal, « texte validé par le président de la République », assure-t-on à l'Élysée.

Profession de foi de Ségolène RoyalProfession de foi de Ségolène Royal© DR

De son côté, Olivier Falorni réfute une quelconque manoeuvre politique, exaspéré que sa volonté de « faire s’exprimer la démocratie » par le maintien de sa candidature soit incompris :« Avec Valérie, on s’est rencontré cet été à La Rochelle, j’étais le mandataire de Hollande aux primaires citoyennes. La relation d’amitié avec elle n’est pas nouvelle. » Est-il surpris de ce soutien public ? Interrogé par Mediapart, l’intéressé hésite avant de répondre : « Je n’ai pas grand chose à vous dire par rapport à ça : si vous voulez que je vous dise que c’était concerté, organisé, non. C’est un message qu’elle a bien voulu m’adresser. Je ne suis pas surpris, je suis heureux, flatté. » Mais Valérie Trierweiler a quand même pris soin de prévenir l'intéressé dans un texto, avant de lâcher son tweet, « par cordialité », assure l'épouse de Falorni, qui gère aussi sa communication pendant la campagne.

« C’est sûr que le timing est habile, commente au contraire un socialiste local, proche d’Olivier Falorni. Il y a deux hypothèses. Soit elle a décidé toute seule d’envoyer ce messge, c’est son genre. Soit c’est une façon pour François Hollande de manifester son amitié à Olivier, et c’est bien son genre aussi. » Ce proche rappelle que pendant la traversée du désert de François Hollande, « quand ils n’étaient que dix autour de lui, Olivier était là ». Premier fédéral PS de Charente-Maritime huit ans durant jusqu’à son exclusion en janvier dernier, Falorni fait en effet partie des “hollandais” historiques, de ceux qui étaient à Lorient en 2009.

« C’est une affaire privée qui a des conséquences politiques. C’est embarrassant pour le président »

« Je n'ai pas de commentaire, je m'occupe des Rochelais, des électeurs de cette circonscription », a sobrement balayé Ségolène Royal, questionnée par des journalistes à La Rochelle, tandis que Martine Aubry, face aux nombreuses caméras, a fait une mise au point, qui semble s’adresser autant aux électeurs qu’à Trierweiler :« Nous sommes ici dans un combat contre la droite. Nous sommes ici pour rassembler toutes les forces de gauche et tous les républicains qui veulent voir changer les choses. Je suis une femme politique, Ségolène Royal aussi, Cécile Duflot aussi. La seule chose qui nous importe c’est le soutien de de François Hollande à Ségolène Royal, il est clair, il est net ».

Que signifie le tweet de Valérie Trierweiler : est-ce l’immixtion de la vie privée dans la sphère publique ou l’intrusion de la compagne d’un président − journaliste de surcroît et revendiquant l’être toujours − dans la vie politique ? « C’est une affaire privée qui a des conséquences politiques. C’est embarrassant pour le président », réagit un proche conseiller de Hollande. « Je suis complètement scotché. Je m'attendais à des crises gouvernementales, pas conjugales. C'est hallucinant », confie un autre conseiller au monde.fr.

En filigrane, ils renvoient aux rapports « électriques » souvent décrits par plusieurs journalistes entre la nouvelle et l’ancienne compagne de Hollande. C’est cette tension qui est aux sources de ce tweet qui peut, d’une certaine manière, déclencher la première crise politique de la présidence Hollande. « C’est un coup à perdre 0,5% à 1%, redoute un cadre socialiste. Ce qui peut s’apparenter à la perte d’une vingtaine de députés dans les circonscriptions les plus serrées. »

Le malaise était palpable ce mardi à l’arrivée de François Hollande au Conseil économique et social. Avant de commencer son discours, il s’est enfermé une dizaine de minutes avec son premier ministre. Marisol Touraine et Michel Sapin, qui l’accompagnaient, n’ont pas fait de commentaire à la presse. « C'est une affaire privée », a éludé la ministre des Affaires sociales et de la Santé. La twittosphère s'emballe et parle de « Valtriergate ».

Mais à l'Élysée, on ne laisse rien transparaître et les éléments de langage sont prêts. « Valérie s’exprime en son nom personnel et n‘engage qu’elle. Elle connaît très bien depuis très longtemps le candidat dissident. La position de l’Elysée est celle d’un soutien affiché et totalement assumé envers Ségolène Royal, comme pour tous les autres candidats officiels de la majorité présidentielle », déroule un conseiller. « On a déjà connu des situations dans la Ve république d’opinions différentes. Par exemple, entre François et Danielle Mitterrand sur Cuba. On était sur des questions de politique internationale et de diplomatie, c’est aussi très important pour un président », argumente-t-il encore. Tandis qu'un autre l'assure : « À ce stade, je ne vois pas de conséquence politique. la position de Valérie Trierweiler n’est pas la même que celle de l’Elysée. Donc ce n’est pas une crise. » Mais ajoute :« Après, il faudra voir les résultats de dimanche prochain, c’est sûr que ça arrive à un moment compliqué. »

À droite, l'affaire ne peut pas mieux tomber pour eclipser les tractations entre certains candidats du FN et de l'UMP.  « Le vaudeville entre à l'Elysée », écrit le député UMP Éric Ciotti sur son compte Twitter. « Sur fond de règlement de compte personnel(...), au bout d'un mois, la présidence de François Hollande tourne déjà au vinaigre », estime Geoffroy Didier, conseiller régional UMP d'Ile-de-France dans un communiqué. De son côté, la présidente du Front national, Marine Le Pen, a jugé sur Twitter« pitoyable » cet épisode.

« Je ne serai pas une potiche. »

Ce tweet laisse entrevoir le rôle que Valérie Trierweiler pourrait jouer en coulisses sans jamais le revendiquer, ni même l’assumer. Un rôle politique pour lequel elle n’a pas la légitimité d’une femme politique ou d’une militante, d’autant qu’elle revendique le droit de rester journaliste.

Ce rôle interrogeait déjà pendant la campagne : elle n’était pas dans l’organigramme, mais elle avait un bureau au QG et une conseillère en communication, Nathalie Mercier. Au pot de fin de campagne de l’équipe du candidat, c’est elle qui avait chassé Julien Dray, ami de longue date de l’ex-couple Royal-Hollande, coupable d’avoir invité DSK à son anniversaire célébré dans l’entre-deux tours de la présidentielle.

Après la victoire de Hollande, sa place dans le dispositif présidentiel questionne plus encore. Elle-même entretient encore le flou : « Il n’y a pas de définition précise. J’ai besoin de réfléchir, disait-elle au Figaro au lendemain du 6 mai. Ce sera plus facile une fois l’investiture passée, une fois que j’aurai réalisé que tout cela deviendra concret y compris de façon pratique et que j’aurai notamment un agenda, un bureau. »

De même, dans un entretien au Times, elle déclarait : « Je veux bien représenter l'image de la France, faire les sourires nécessaires, être bien vêtue, donner une belle image, mais il ne faudra pas que ça s'arrête là. Je ne serai pas une potiche. » Tout en continuant à rester journaliste, pour « être indépendante financièrement »« ne pas vivre aux frais de l‘État », disait-elle dans un entretien accordé à France Inter. Dans le même entretien, elle dit aussi vouloir s’occuper de sauver la Fondation Danielle Mitterrand, qui « est en danger » et qu’elle a « le devoir d’aider, car Danielle Mitterrand était une femme de gauche, engagée ».

À l’Elysée, elle dispose d’un cabinet. Elle a embauché un de ses amis, Patrice Biancone, ancien journaliste de RFI pour gérer sa communication. Elle circule avec un chauffeur et dispose d’une protection officielle. Aux Etats-Unis le mois dernier, Valérie Trierweiler avait accompagné le président de la République lors de son premier voyage hors d’Europe depuis son élection, participant au dîner des conjointes à l’occasion du G8 de Camp David. Elle s’est également affichée aux côtés de Michelle Obama pour visiter une école de Chicago, en marge du sommet de l’Otan. A titre de comparaison, le mari de la chancelière allemande Angela Merkel ne participe quasiment jamais à ces raouts.

Anecdotique et sans rapport avec cette affaire de tweet, mais révélateur du flou qui entoure le rôle de Valérie Trierweiler, la page dédiée à « la Première dame de France » sur le site de l’Elysée, créée au lendemain de la passation de pouvoir, est accessible via une recherche google, mais n’existe plus en tant que telle sur le site. Elle a été supprimée la semaine dernière à cause de l'appellation « Première dame » : le terme ne convient pas à la compagne du président, qui veut rompre avec l'image et la pratique du rôle.

Capture d'écran du site elysee.fr au lendemain de la passation de pouvoirCapture d'écran du site elysee.fr au lendemain de la passation de pouvoir© DR

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