Une bombe qui n'explosera pas

Publié le par DA Estérel 83

CL11112010

 

 

Lors de sa réception à la Cour des comptes, le chef de l'État s'est bien gardé hier de commenter les informations de presse selon lesquelles son projet de taxer à 75% les revenus dépassant un million d'euros annuels serait considérablement édulcoré, jusqu'à le vider de sa substance. Les poids lourds du gouvernement sont certes rapidement montés au front de la mise au point outragée. 

Pierre Moscovici puis Jean-Marc Ayrault ont assuré que cet engagement emblématique du candidat Hollande sera «intégralement tenu»... dans les ultimes arbitrages attendus au mieux la semaine prochaine avant son examen dans le cadre du projet de loi de finances au Parlement. Mais d'autres, comme le ministre du travail Michel Sapin, ont bien du mal à démentir que les travaux d'élagage déjà très avancés réduisent considérablement la voilure de la révolution «symbolique» annoncée.

Selon ses propres termes (rapportés par Le Nouvel Observateur), le chef de l'État a vu défiler cet été à l'Élysée un long cortège de «pleureuses»vent debout contre une taxation «punitive» qui serait de nature à contraindre à l'exil les mieux payés -comprendre les plus talentueux. Ce lobbying intense a visiblement payé. Artistes et sportifs recevant des revenus «irréguliers» seront épargnés tandis que les ménages fortunés verront la nouvelle tranche s'appliquer à partir de deux millions d'euros. 

Pour complaire au Conseil constitutionnel ouvertement opposé à une«fiscalité confiscatoire», la nouvelle tranche intégrerait la CSG et la CRDS, ce qui réduirait mécaniquement le nouveau taux de 75% à 67%. Enfin, et la décision semble pratiquement acquise: la nouvelle tranche ne toucherait que les salaires à l'exclusion des dividendes, intérêt et plus-values immobilières qui représentent les 4/5 des revenus des quelques 10.000 ménages gagnant deux millions d'euros par an.

Autant dire qu'au stade actuel de la cogitation élyséenne, la bombe fiscale de François Hollande risque fort de faire pschitt... en visant quelques centaines de contribuables dont la «contribution exceptionnelle»comptera pour des cacahuètes dans le redressement des finances publiques. Décidée dans la précipitation en février dernier, la promesse de taxer les plus riches avait formidablement relancé une campagne électorale de François Hollande qui marquait alors le pas face à la montée en puissance du phénomène Mélenchon. 

Au point de transformer l'impôt à 75% comme un des marqueurs les plus sûrs de l'ancrage de François Hollande jusqu'à la gauche de la gauche. Sept mois plus tard, la bombe fiscale bricolée en petit comité est devenue un boulet politique dont le chef de l'État aura beaucoup de mal à se débarrasser; même s'il s'échine à soigner l'emballage d'un renoncement inavouable.

Autant dire qu'au stade actuel de la cogitation élyséenne, la bombe fiscale de François Hollande risque fort de faire pschitt...

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