Un frère pharaon en trompe-l'oeil

Publié le par DA Estérel 83

CL11112010

 

 

À première vue, l'événement est « historique » comme n'ont pas manqué de le saluer les dirigeants islamistes palestiniens du Hamas. À l'issue d'une semaine de tensions, la commission électorale égyptienne a accordé hier le gain de l'élection présidentielle à Mohamed Morsi, le candidat des Frères musulmans qui aurait finalement battu de justesse celui de l'armée, Ahmed Chafiq, dernier Premier ministre de l'ère Moubarak. Les Frères musulmans voient ainsi pour la première fois de l'histoire de l'Égypte un de leurs représentants accéder aux plus hautes fonctions de l'État arabe le plus peuplé du monde.

Pour autant, cette victoire très symbolique est loin de mettre un point final au bras de fer opposant les Frères musulmans à une armée déterminée à renforcer l'essentiel de ses pouvoirs déjà très étendus. Au soir du second tour de la présidentielle le 17 juin dernier, le Conseil supérieur des forces armées (CSFA) avait procédé à un coup d'État rampant réduisant pratiquement à néant l'ensemble du processus démocratique engagé depuis la chute de Moubarak. Gagnées haut la main par les Frères musulmans et les fondamentalistes salafistes, les législatives ont été invalidées et la nouvelle chambre dissoute. Parallèlement le régime militaire dit «de transition» s'est octroyé de nouveaux pouvoirs allant du rétablissement de fait de la loi martiale à une série de prérogatives lui garantissant la haute main sur l'exécutif, la rédaction et l'adoption de la nouvelle Constitution.

La victoire très symbolique concédée à Mohamed Morsi vise d'abord à ramener le calme Place Tahrir, épicentre de la révolution égyptienne, occupée toute cette semaine par les partisans des Frères musulmans.

Pour le reste, le nouveau Raïs égyptien n'est institutionnellement qu'un « frère » pharaon en trompe l'oeil aux pouvoirs inexistants. Après avoir chassé Moubarak, les révolutionnaires de la Place Tahrir se retrouvent témoins contraints et souvent passifs d'un face-à-face entre deux pouvoirs, religieux et militaires, omniprésents dans l'histoire contemporaine égyptienne. Le seul fait nouveau est l'incursion dans le champ politique des Frères musulmans jusque-là cantonnés aux mosquées et à l'action caritative. La retenue des Frères musulmans après le coup de force des militaires contre le Parlement et l'élection de leur candidat à la présidence évitent certes temporairement à l'Égypte une instabilité redoutée par tous.

Mais il y a fort à craindre que cette présidentielle entérine durablement la confiscation du printemps égyptien au profit de deux forces très éloignées des principes démocratiques qui le guidaient.

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