Un dissident PS conteste sa candidature A La Rochelle, Royal livre une bataille imprévue

Publié le par DA Estérel 83

01-Mediapart

 

 

Ségolène Royal rêve du “perchoir” de l’Assemblée nationale, mais elle fait face à un drôle de perroquet. Même programme, même soutien à François Hollande, même appartenance revendiquée à la « majorité présidentielle » : Olivier Falorni, 40 ans, explique que ce n’est pas sur le fond qu’il se distingue de l’ancienne candidate à la présidentielle. Mais qu’il ne supporte pas que la section locale du Parti socialiste ait été privée de choisir son candidat dans la première circonscription de Charente-Maritime. Ségolène Royal a été désignée depuis Paris. Olivier Falorni mène donc une liste dissidente en jouant la carte locale. Ce qui lui a valu d’être exclu du parti.

Et alors ? Que peut craindre Ségolène Royal de ce maire adjoint aux finances de La Rochelle, elle qui a réuni 17 millions de suffrages sur son nom en 2007, lors de la présidentielle, elle qui est élue depuis 1988 dans cette région dont elle est devenue présidente en 2004, avant d’être triomphalement reconduite en 2010 ? Partout où elle se rend, des gens se pressent pour lui demander un autographe, font la queue pour qu’elle leur dédicace un livre ou se prennent en photo à ses côtés.

Mercredi soir, dans le quartier populaire du Mireuil, plutôt que de s’en tenir à la réunion publique prévue, elle choisit de parler en face-à-face « avec tous ceux qui le souhaitent ». Auparavant, elle improvise un discours en plein air d’à peine quelques minutes, dans lequel elle rappelle son ancrage local, puis cite quelques thèmes nationaux : la rémunération des patrons d’entreprises publiques, la création d’une banque d’investissement, la crise et le chômage.

Elle cible la droite, certes, mais finit sur son propre camp : « Sur le terrain, il y a pas mal de polémiques, de divisions. Je ne m’en occupe pas. On ne répond pas à ces semeurs de zizanie irresponsables, infantiles. »

Qu’il doit être douloureux pour celle qui se rêvait encore présidente de la République voilà quelques mois, de devoir s’abaisser à batailler contre un simple ancien premier fédéral du parti, qui ose lui contester sa légitimité.

Heureusement pour elle, Ségolène Royal ne manque pas d’appuis locaux. À ses côtés, se tient Maxime Bono, député sortant et maire de La Rochelle, qui a d’emblée soutenu sa candidature lorsqu’elle a choisi de ne pas revenir dans son ancienne circonscription (les Deux-Sèvres, où sa protégée Delphine Batho a entre-temps fait son trou).

En migrant vers La Rochelle et l’île de Ré, une circonscription dans laquelle François Hollande a réuni plus de 55 % des suffrages au second tour de la présidentielle, Ségolène Royal n’imaginait pas être chahutée, et se faire taxer de « parachutée » par certains de ses camarades.

Seulement, le microcosme rochelais s’agite. Et si elle avait sous-estimé le danger ? Sur le terrain, la campagne est devenue étouffante. Nous n’avons pas pu réunir à la même table des sympathisants de Ségolène Royal et d’Olivier Falorni. « Je suis tolérante, mais faut pas pousser. C’est très très chaud, là. Il y a beaucoup de longues amitiés qui se sont envolées », nous répond d’emblée au téléphone, Danielle Rébéré, militante associative qui soutient Falorni. Au rendez-vous fixé, elle se présente avec huit membres du comité de soutien, qui tous, un à un, répètent les mêmes arguments d’une démocratie usurpée, et le besoin d’un député de proximité.

Sur les marchés, les candidats s’ignorent, les militants se provoquent et s’envoient des noms d’oiseaux qui volent bien plus bas qu’un perchoir. Partout, la bataille des recouvrements d’affiches fait rage.

« Le désordre injuste, elle l’a déjà créé ailleurs »

Les douze autres candidats en sont réduits à observer cette bataille de chiffonniers. Olivier Falorni s’en fiche. Il ne cesse de répéter qu’« on ne peut prétendre défendre la démocratie participative à longueur de journée », et bafouer ainsi le droit des militants à se prononcer. « Elle n’a pas voulu d’un vote interne car elle se savait fragile. » Il en veut pour preuve le résultat de Ségolène Royal aux primaires socialistes dans la circonscription, lors desquelles elle n’est arrivée qu’en quatrième position (avec 12,87 % des suffrages), derrière Hollande, Aubry et Montebourg. Pas vraiment un fief.

Olivier FalorniOlivier Falorni

D’ailleurs, Olivier Falorni rappelle que Ségolène Royal avait tenté de la même façon de s’implanter à Niort, face à un socialiste local, lors des municipales de 1995 (avec la bénédiction du PS). « Le désordre injuste, elle l’a déjà créé ailleurs. » Elle avait perdu. Falorni y voit un signe.

Sans lui donner raison sur son pronostic – loin s’en faut –, plusieurs candidats, de gauche comme de droite, s’interrogent. Tous disent voir sur le terrain un fort « anti-royalisme primaire » : « Elle a une aura incroyable, mais elle agace autant qu’elle fascine. »

Insaisissable Ségolène Royal, qui joue de son label “vue dans les médias”, tout en s’en méfiant. Pour que l’on ne puisse pas la suivre en campagne, son équipe a d’abord refusé de nous donner son agenda, certifiant qu’elle n’était pas à La Rochelle ce mercredi…

Dérouterait-elle jusque dans son propre camp ? Olivier Falorni, adjoint aux finances du maire de La Rochelle et professeur d’histoire en lycée professionnel, assure que 75 % des militants socialistes de la section sont derrière lui. Ce qui, en valeur absolue, ne représente jamais que 250 voix, dans une circonscription qui compte environ 100 000 électeurs.

Le dissident croit cependant sa victoire possible : il imagine une droite éliminée dès le premier tour, qui se reporterait massivement sur lui au second afin d’affaiblir durablement Royal dans la région.

Dominique Bussereau, président du conseil général de Charente-Maritime (UMP) et candidat dans la 4e circonscription, n’a rien fait pour écarter ce soupçon en tweetant, dès le début de la campagne :« Olivier Falorni à La Rochelle : un élu et un responsable politique courageux. »

La candidate UMP, Sally Chadjaa, en convient d’ailleurs elle-même : si elle est éliminée au premier tour, « la moitié de (s)es électeurs s’abstiendra au second tour. L’autre moitié votera pour Olivier Falorni ». Mais elle-même assure pouvoir tirer son épingle du jeu en se qualifiant pour une triangulaire au second tour : « Les deux socialistes se haïssent tellement qu’aucun des deux ne se désistera. Je vais gagner. »

Bref, personne n’y voit clair. Et assister à une distribution de tracts de tous les partis au marché de Villeneuve-les-Salines n’aide pas à se faire une meilleure idée : les passants parlent plus de Christine Lagarde – « C’est dingue ! Elle ne paye pas d’impôts » – ou des retraités – « tous les candidats les ont oubliés » – que des bisbilles socialistes. Un militant royaliste tente de mobiliser : « On organise un pique-nique vendredi. Y aura du poulet, et à boire. Ce sera convivial ! » Un chaland lui rétorque : « Vous feriez mieux d’apporter des enveloppes de 20 euros. »

« Le côté "né à la Rochelle", ça me fait penser au droit du sang. Ça a un côté réactionnaire »

Aiguillé par les militants de Ségolène Royal, voici Philippe, qui a accroché dans sa camionnette la photo dédicacée de la candidate.

Philippe ne vend rien – « On est le 30 du mois, les gens n’ont plus d’argent dans les poches, j’ai même pas pris la peine de préparer des saucisses, ça ira mieux quand les salaires et le RSA seront tombés. » Il est pourtant tout sourire. « C’est grâce à Ségolène Royal que j’ai pu monter mon affaire. » La région, qu’elle préside, lui a prêté 4 000 euros à taux zéro. Il a monté son projet de camionnette fast-food sur les marchés.

 

Autant que faire se peut, le suppléant de Ségolène Royal, Jean-Pierre Mandroux, tente de “vendre” le bilan de Ségolène Royal à la région. « Elle confond les élections, et se sert abusivement d’une autre institution », se plaignent ses détracteurs falornistes. « Mais bien sûr qu’elle fait campagne sur ce qu’elle a fait, la défend Denis Leroy, son directeur de campagne. Elle, au moins, a un bilan. Falorni n’a rien à dire à part mettre en avant sa prétendue amitié avec François Hollande. »

Alors que le dissident se vante d’avoir toujours soutenu le nouveau président, « même dans ses traversées du désert », l’équipe de Ségolène Royal l'a mis en demeure de retirer de ses documents de campagne la mention « majorité présidentielle » et une photo où il est en compagnie du nouveau président.

Denis Leroy s’agace : « Ici, la gauche a toujours été unie depuis 1971. Et on se retrouve avec un candidat qui brise cela mais qui n’a rien à faire valoir à part que son grand-père était rochelais. »

Ce côté “Né sur le territoire” agace Esther Memain, candidate du Front de gauche : « Ça me fait penser au droit du sang. Ça a un côté réactionnaire. Et ça n’a absolument aucun sens dans le cadre d’élections législatives. » Encore moins dans une ville comme La Rochelle, un port, « une ville de passage », estiment les royalistes.

À gauche, tous les candidats citent comme une référence Michel Crépeau (PRG), ancien député et maire (1971-1999) emblématique de la ville. Olivier Falorni use même de sa formule (reprise cette année par Mélenchon à propos de la France) : « La Rochelle, la belle, la rebelle » pour faire valoir qu’« on ne prend pas cette ville à la hussarde ». Mais il oublie de mentionner que Crépeau est né en Vendée. Pas à La Rochelle. « Et puis, si on parle de parachutage pour Ségolène Royal qui se présente dans la région qu’elle préside, poursuit Esther Mémain, il y a beaucoup d’endroits en France où il faudrait parler d’“alunage”. »

Esther MemainEsther Memain

La candidate du Front de gauche, adjointe au maire chargée de la prévention de la délinquance, a tenté de raisonner les envies d'en découdre des socialistes : elle a écrit aux deux candidats pour leur dire tout le mal qu’elle pensait de leurs divisions. Mais elle ne se prononce pas : si elle n'est pas en tête, elle appellera à voter pour le candidat de gauche le mieux placé au soir du premier tour.

Brigitte DesveauxBrigitte Desveaux

Même non-choix chez Brigitte Desveaux, candidate d’Europe Ecologie-Les Verts, qui estime« qu’un candidat, en démocratie, ça se débat, ça se discute, ça ne se désigne pas », mais ne soutient pas Olivier Falorni pour autant. Brigitte Desveaux regrette avant tout l’absence de débats de fond dans la campagne, notamment en matière d’écologie : « La ville n’est plus en pointe en matière environnementale : il n’y a pas un seul éco-quartier, le milieu naturel est fragilisé par des choix industriels, mais personne n’en parle. On est dans le bac à sable. »

Pas sûr que la visite, vendredi, de Jean-Marc Ayrault, qui « verrait bien une femme à la présidence de l'Assemblée », permette de prendre de la hauteur. « Il y a quelques jours, elle déclarait qu’elle n’avait besoin de personne. Et maintenant, elle est si fébrile qu’elle demande au premier ministre de venir la soutenir », persifle Olivier Falorni. Qui fera feu de tout bois jusqu'au bout. 

Publié dans S.ROYAL

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