Un air de «je t'aime, moi non plus»...

Publié le par DA Estérel 83

 

 

N'allez surtout pas dire à Martine Aubry qu'elle fait campagne contre Jean-Luc Mélenchon, elle vous répondrait que si elle est particulièrement active en ce moment dans les circonscriptions nordistes, c'est uniquement parce que la présidentielle l'avait écartée de sa région d'élection. Ce serait donc par unique souci de compenser une longue absence qu'elle ratisserait soigneusement les dix circonscriptions de cette région dont fait partie celle d'Hénin-Beaumont...

Les journalistes locaux et parisiens qui ont essayé de «brancher» la première secrétaire du PS sur Jean-Luc Mélenchon en lui rappelant que le leader du Front de gauche, lui, ne l'avait guère épargnée en lui reprochant vertement d'être la seule responsable d'une absence d'accord électoral, ont également échoué à lui arracher la plus infime attaque de revers. Et n'allez pas croire que quand Martine Aubry, dans lemonde.fr, tacle «ceux qui donnent des coups de menton à la télé», elle vise quelqu'un d'autre que Marine Le Pen...

La patronne du PS s'étonne même de cette excitation de la presse pour le duel Le Pen-Mélenchon. Comme si le candidat socialiste n'existait pas? Comme s'il n'était pas un élu méritant, un économiste reconnu et un prof émérite? Comme s'il n'avait pas en plus de bonnes chances d'être élu...

Cette retenue venant de quelqu'un dont on connaît le caractère bien trempé et le peu de goût pour la langue de bois peut surprendre. Sauf si on regarde plus attentivement le paysage futur de l'Assemblée nationale. Ou tout au moins celui que les sondages nous prédisent. Ceux-ci montrent en effet non seulement que l'UMP ne s'effondre pas, mais que le Parti socialiste a de fortes chances de ne pas obtenir de majorité absolue. Si ces prévisions devaient se confirmer, ce serait la deuxième fois seulement depuis la naissance de la Ve République (hors les trois cohabitations) que des législatives suivant une présidentielle ne donneraient pas de majorité absolue à l'hôte de l'Élysée.

Si on a déjà connu ce scénario en 1988 lorsque François Mitterrand a su gouverner avec une majorité plurielle, la donne aujourd'hui a considérablement changé. La crise majeure que va devoir affronter ce gouvernement n'a aucune commune mesure avec les difficultés économiques d'alors. Les décisions audacieuses et rapides que la situation réclame s'accommoderont mal des petits arrangements destinés à arrondir les angles avec des partenaires qui d'ores et déjà s'annoncent turbulents. L'entrée de ministres Verts et l'accord préélectoral avec les écologistes auront en partie permis de désamorcer quelques bombinettes.

Avec le Parti de gauche et les communistes, l'épreuve risque d'être plus rude. Mélenchon le sait bien. Martine Aubry aussi. D'où ce petit jeu du «je t'aime moi, non plus» interprété en sol mineur.

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