UMP : trois candidats, zéro idée

Publié le par DA Estérel 83

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Trois candidats, mais zéro idée. À quatre mois de son Congrès, l’UMP voit les prétendants au poste de président se multiplier, sans avoir mis sur la table une seule proposition.Samedi 21 juillet, c’est l'ancienne ministre de l'écologie Nathalie Kosciusko-Morizet qui a annoncé sa candidature, présentée comme une« alternative », une « troisième voie » face au duel attendu Fillon-Copé, « une démarche apaisante »« pas du tout dirigée contre l'un ou contre l'autre ». La députée de l'Essonne a invoqué, comme une justification, le « grand désarroi des militants face à ce qui se présente comme un combat de personnes ».

 

Jean-François Copé, Nathalie Kosciusko-Morizet, François Fillon.Jean-François Copé, Nathalie Kosciusko-Morizet, François Fillon.© Mediapart

 

Le 30 juin, François Fillon avait lancé la sienne, sur son compte Twitter, pour « rassembler toutes les familles de la droite et du centre ». Le 26 août, Jean-François Copé – qui mène déjà campagne activement – devrait profiter de la réunion de son club politique, Génération France, pour se lancer en candidat de la« droite décomplexée ». Alain Juppé avait quant à lui joué à nouveau l'éternel recours en proposant, début juillet, que l'UMP élise « non point un champion pour 2017, mais une équipe dirigeante ».

D'autres ténors de droite n'ont pas encore annoncé leur choix. L'ancien ministre de l'agriculture, Bruno Le Maire, n’a pas exclu d’être candidat à la rentrée, « si l’un des deux grands candidats déclarés » ne reprenait pas « précisément (ses) idées », mettant en avant ses « dix années de fonctions exécutives comme conseiller ou ministre » (lire notre entretien). Le député et maire de Nice, Christian Estrosi, a lui aussi prévenu, dans Le Parisien, que « si les idées auxquelles (il) adhère ne sont pas représentées d'ici à la fin août, (il) n'exclu(t) pas de (se) déclarer ».

Certains attendent encore pour se prononcer officiellement. Xavier Bertrand prendra sa décision « à la fin de l'été ». Chantal Jouanno, sans cacher sa proximité idéologique avec Alain Juppé ou François Fillon, a expliqué à Mediapart qu'elle soutenait l'idée d'une femme candidate et « attend(ait) de voir ce qu’allait faire Nathalie(Kosciusko-Morizet) ».

François Fillon et Jean-François Copé en mai 2012.François Fillon et Jean-François Copé en mai 2012.© Reuters

Au-délà de ces candidatures, les chapelles se multiplient depuis la défaite. L'UMP compte désormais pas moins de six mouvements : « la Droite populaire », cofondée en juillet 2010 par Thierry Mariani et Lionnel Luca ; le courant centriste, rassemblé dans « les Humanistes », lancé en octobre 2011 par les deux anciens ministres Marc Laffineur et Jean Léonetti ; « la Droite moderne » fédérant les libéraux autour d'Hervé Novelli et Luc Chatel, « la Droite sociale » de Laurent Wauquiez, « la Droite forte », qui réunit les fidèles de Nicolas Sarkozy sous l'impulsion de Brice Hortefeux et Guillaume Peltier, et « la France droite », que vient de lancer NKM, pour « fédérer les Français qui se sentent orphelins de Nicolas Sarkozy », et défendre le triptyque « travail, autorité, responsabilité »

Dans le discours, bien sûr, tous rivalisent de langue de bois pour dénoncer la « guerre des chefs » ou pour la récuser. Chacun explique qu'il veut éviter « un combat des chefs avant l'heure », et assure qu'il n'est « candidat contre personne ». Au lendemain de la défaite, d'ailleurs, tous ont annoncé la « reconquête ». Alain Juppé a demandé un « travail de fond » sur les « valeurs » de l'UMP. Xavier Bertrand a souhaité qu'elle retrouve « le P de populaire » et réclamé « une profonde remise en cause ». François Fillon a estimé que la droite devait « (se) renouveler ». Bruno Le Maire a plaidé pour une « refondation » « brique par brique », sur le plan idéologique comme organisationnel. Nathalie Kosciusko-Morizet ne dit pas autre chose, dans son entretien à l'Express, le 17 juillet, demandant « clarté »« réforme »« organisation » au niveau de l'UMP.

L'UMP face à quatre clivages majeurs

Bruno Le Maire à Mediapart, le 9 juillet.Bruno Le Maire à Mediapart, le 9 juillet.© M.T.

Depuis la défaite, pourtant, à aucun moment il n'a été question d’idées. François Fillon a démarré une simple « consultation nationale » de ses militants par Internet pour « ouvrir une réflexion collective ». La Droite populaire a présenté une motionrésumant les orientations qu'elle entend défendre au Congrès. Seul Bruno Le Maire a promis un texte de propositions à la rentrée, texte intitulé Pour un nouveau civisme français, dont il a exposé les grandes lignes dans cet entretien à Mediapart. Mais l'ancien ministre de l'agriculture est resté moins audible que les médiatiques Copé, Fillon et NKM.

L’UMP aurait pourtant des raisons de se pencher sur ses clivages idéologiques. Le quinquennat et la campagne 2012 ont fait (ré)apparaître des césures majeures à l’intérieur de ce grand parti unique de la droite, créé en 2002 pour rassembler les gaullistes du RPR, les centristes de l'UDF et les libéraux de DL. Clivage d’abord sur l’importance à accorder aux questions d’immigration, de sécurité, de nationalité et au thème de l’« l’identité nationale », mis en avant par Nicolas Sarkozy. Mi-2010, après la défaite aux régionales, et en pleine tempête dans les affaires Bettencourt et Karachi, la majorité prend un virage droitier – incarné par le discours de Grenoble, les débats sur le projet de loi sur l’immigration, et la création de la Droite populaire –, qui braque les centristes.

Certains dénoncent alors une « lepénisation » de l’UMP, une« course après le Front national » ou une « dérive droitière »,qui stigmatise certaines populations ou religions (les Roms, les musulmans). Cette divergence sera au cœur de la campagne présidentielle (lire nos articles icilà ou encore là), même si les modérés reportent leurs critiques à l’après-élection car, dixit Raffarin, « ce n'est pas dans le combat » que l’on « contredit la stratégie » du chef. Depuis la défaite, les langues se sont déliées pour dénoncer, cette fois-ci plus fermement, la « droitisation » du parti et demander que l'UMP « marche sur ses deux pieds »« la droite autoritaire et républicaine » et « la droite humaniste ».

Autre clivage, les questions économiques. Alors que certains défendent la réduction des déficits publics, d’autres demandent qu’elle s’accompagne d’un « tournant social », crise économique et sociale oblige. A l’automne 2010, ce débat est particulièrement vif alors qu’un changement de premier ministre est évoqué. La frange centriste réclame la nomination de Jean-Louis Borloo. Le maintien de François Fillon à Matignon et la part belle faite aux anciens RPR lors du remaniement de novembre 2010 font voler en éclats la majorité élastique (de la Gauche moderne aux souverainistes de Philippe de Villiers) de Nicolas Sarkozy (lire notre article « La droite perd son centre »). Borloo quitte l’UMP, pour porter à l’extérieur son « alternative sociale » et emmène dans ses valises une partie des centristes et radicaux.

Là aussi, ce clivage sera omniprésent durant la campagne. L'équipe du candidat Sarkozy, bien que restreinte, est scindée en deux: d’un côté, le pôle mené par le conseiller spécial Henri Guaino, partisan, avec Jean-Louis Borloo ou encore le politologue Pierre Giacometti, d'une orientation plus sociale et de l'envoi d'un signal fort aux centristes. De l’autre, Patrick Buisson, conseiller officieux et ancien de Minute, et Emmanuelle Mignon, cerveau de la campagne de 2007, théoriciens de la stratégie de droitisation.

« Une clarification définitive de nos relations avec le FN »

Nathalie Kosciusko-Morizet à sa permanence, le 13 juin. Nathalie Kosciusko-Morizet à sa permanence, le 13 juin. © M.T.


Autre clivage qui pourrait prendre de l'ampleur dans les années à venir : les questions de société. Le mariage et l’adoption pour les homosexuels divise la droite. En juin 2011, la proposition des socialistes, alors dans l’opposition, « d’ouvrir le mariage aux couples de même sexe », a été voté par 10 membres du groupe UMP (les radicaux Jean-Louis Borloo et ses lieutenants Laurent Hénart et Yves Jégo, le Nouveau Centre Jean-Christophe Lagarde et des UMP comme Axel Poniatowski, l’ancien président de la commission des affaires étrangères, et le copéiste Franck Riester). Neuf élus UMP s’étaient abstenus (dont Christian Estrosi et Sébastien Huyghe), tandis que 25 autres n’avaient pas participé au scrutin. La question, remise sur la table par le PS dès son arrivée au pouvoir, devrait raviver les divisions. Si la majorité de l’UMP reste opposée au mariage et l’adoption pour les couples homosexuels, d’anciens ministres (Roselyne Bachelot, Nadine Morano, Chantal Jouanno) y sont favorables, et certains, comme Bruno Le Maire, ne se sont pas encore positionnés sur la question.

L’UMP n’est pas non plus unanime concernant le droit de vote des étrangers aux élections municipales. Nicolas Sarkozy lui-même a opéré de très nombreux revirements sur la question entre 1997 et 2012. Certes, les seuls députés UMP de la précédente législature à s’être abstenus sur cette proposition de loi de la gauche (Pierre Méhaignerie et Étienne Pinte) ne se sont pas représentés en 2012, et Françoise Hostalier, favorable à la question, n’a pas été réélue. Mais Jean-Louis Borloo s'y est pour sa part déclaré « plutôt favorable ».

Enfin, la droite est scindée en deux sur un sujet majeur : l’attitude à adopter face au Front national. Aux cantonales comme aux législatives, Jean-François Copé a imposé le « ni ni » (ni soutien au PS ni soutien au FN en cas de duel entre la gauche et l’extrême droite). François Fillon s’est rangé derrière cette règle, tout en refusant de considérer gauche et extrême droite sur le même plan. Pendant les législatives, il a pris ses distances à plusieurs reprises par rapport aux clins d'œil envoyés au FN, notamment ceux de Nadine Morano (ici et ), rappelant qu’« on ne parle pas aux dirigeants du FN ». D’autres ont clairement refusé ce « ni ni » (commes Chantal Jouanno, Nathalie Kosciusko-Morizet, Roselyne Bachelot), ou l’ont dénoncé tardivement, comme Bruno Le Maire, qui, le 15 juin, prévenait que cette règle « ne suffira pas sur le long terme »

Les candidats à la présidence de l’UMP ne se positionnent pas par rapport à ces clivages. Jean-François Copé, François Fillon, Nathalie Kosciusko-Morizet sont tous trois sur une ligne libérale. Ils sont tous trois opposés au droit de vote des étrangers et à l’adoption par les couples homosexuels. Tous trois se disputentl’héritage du sarkozysme. Les deux premiers s’accusent mutuellement d’avoir manqué de loyauté à Nicolas Sarkozy, tandis que la troisième – qui fut sa porte-parole pendant la campagne présidentielle – a revendiqué samedi « la filiation du sarkozysme ». Dans son entretien à L'Express, elle cite sept fois l'ancien candidat, se « déclare totalement sarkozyste », et revendique la « synthèse » de l'ex-président : son « volontarisme », son « refus de toute forme de renoncement », son « socle d'idées, autour du travail, de la responsabilité, de l'autorité » son « énergie réformatrice ».

Ce qui est vrai pour les candidats l'est aussi pour leurs soutiens. Les représentants de l’aile droite ou libérale de l’UMP défendent aussi bien Jean-François Copé (Christian Jacob, Claude Goasguen, Hervé Novelli, Luc Chatel) que François Fillon (Éric Ciotti, devenu, à la surprise générale, son directeur de campagne, Laurent Wauquiez). Les partisans d’une vision plus sociale se répartissent également entre le patron de l’UMP (Jean-Pierre Raffarin, Marc-Philippe Daubresse) et l’ancien premier ministre (Roselyne Bachelot, Gérard Larcher, Xavier Bertrand). La Droite populaire, plus proche de Copé, n'a pas encore pris de position officielle, mais le sud-est, où la majorité de ses membres sont élus, est également partagé : lafédération des Bouches-du-Rhône a apporté son soutien à Copé tandis que celle des Alpes-Maritimes est dirigée par Éric Ciotti, soutien de Fillon.

La bataille s’annonce donc bien plus complexe qu’un Copé propulsé en porte-drapeau d’une « droite décomplexée », Fillon incarnant une droite gaulliste social et NKM en candidate plus moderne et écolo. Mais l'UMP ne pourra pas faire l'économie d'une remise à plat de ses valeurs, d'une refonte idéologique, et d'un débat sur la position à adopter par rapport au Front national. Nathalie Kosciusko-Morizet, elle-même, a appelé à « une clarification définitive de nos relations avec le FN ».

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