Trierweiler-Royal : la confusion des genres, la confusion des sentiments

Publié le par DA Estérel 83

Les Echos G.Tabard

 

 

On n’a parlé que de ça hier : le tweet de soutien de Valérie Trierweiler au concurrent de Ségolène Royal. Au-delà des commentaires passionnels, quels leçons tirer de ce mélange de vaudeville et de psychodrame ?

Essayons effectivement de rester sur le terrain politique. Première conséquence : ce tweet a occulté tout le reste de la campagne électorale. Ce devait pourtant être une journée sensible, dominée par la question du Front national. Le PS projetait d’interpeller l’UMP sur le retrait de son candidat dans les Bouches-du-Rhône et l’UMP de reprocher le PS le maintien du sien dans le Vaucluse. L’interview de Nadine Morano dans Minute promettait de faire du bruit. Et bien rien de tout ça. Le tweet, encore le tweet, rien que le tweet. 

A quatre jours du second tour, la droite n’osait plus espérer une turbulence imprévue semant le trouble à gauche. Elle peut dire merci à Valérie Trierweiler. Inversement, depuis plus d’un an, dans la primaire socialiste, dans la campagne présidentielle, dans les premiers pas de sa présidence, François Hollande avait une obsession majeure : éviter la faute. Jusque là, il y était parvenu. Et patatras. Le chef de l’Etat ne peut s’en prendre qu’à sa compagne. 

Deuxième conséquence : c’est toute la communication sur le style Hollande qui en prend un coup. « Moi président de la République, je ne mélangerai jamais vie publique et vie privée ». Vous vous souvenez de sa célèbre anaphore. Et Hollande n’a eu de cesse de brocarder, fustiger, condamner l’étalage de sa vie familiale et conjugale par Nicolas Sarkozy. Or ce tweet par lequel l’actuelle compagne du président torpille son ex compagne et mère de ses quatre enfants est l’exemple même de la confusion des genres. Le fameux « avec Carla, c’est du sérieux », lancé par Sarkozy à l’Elysée manquait totalement de pudeur. Le tweet posté par Valérie Trierweiler manque tout autant de décence. Il interdit désormais à la gauche de dénoncer la pipolisation de la vie politique par Sarkozy. 

Ne peut-on pas reconnaître à Valérie Trierweiler le droit de s’exprimer publiquement ?

Elle a tous les droits. Mais à condition de choisir. Et de refuser le mélange des genres. Valérie Trierweiler veut rester journaliste. C’est son droit. Mais le rôle d’un journaliste est-il de prendre position dans un duel électoral ?

Valérie Trierweiler assure vouloir vivre et élever ses enfants sur ses propres revenus financiers. C’est tout à son honneur. Mais peut-elle accepter que soient salariés par l’Etat quatre ou cinq personnes affectées à son service à l’Elysée ?

Valérie Trierweiler conteste l’existence d’un statut de « première dame de France ». Et elle a raison. Mais qui l’a poussée à serrer la main, à la suite de François Hollande, à tous les officiels et représentants des corps constitués présents à l’Elysée pour la passation de pouvoir ? 

Valérie Trierweiler prétend poursuivre une vie normale. C’est un désir sain et bienvenu. Mais on ne demanderait qu’à respecter et même à ignorer sa vie privée si elle ne choisissait pas elle-même d’étaler publiquement sa jalousie – car c’est bien de cela qu’il s’agit. 

François Hollande avait mis en garde ses ministres contre l’utilisation de tweeter. Il n’y a pas qu’auprès de ses ministres que le chef de l’Etat se doit d’afficher son autorité

 

 

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