Travail au noir: on voit plus clair

Publié le par DA Estérel 83

CL11112010

 

 

Frauder c'est voler»: on se souvient du sourire de commisération étonné avec lequel avait été accueilli l'an dernier ce slogan d'«information» imaginé par les pouvoirs publics. Etait-ce ainsi, en gourmandant les fraudeurs et tricheurs professionnels comme des enfants irresponsables qu'on espérait les faire rentrer dans le rang ? Pouvait-on croire qu'une brutale prise de conscience amène non seulement les brebis égarées mais surtout les éternels funambules de la magouille et les artistes de la fraude à grande échelle à faire cotisations et amendes honorables ? Fallait-il décidément que l'Etat soit dépourvu de moyens pour en arriver à ce qui ressemblait à une supplique désespérée ?

Eh bien, nous avions tort. Car, alors même que tournait sur les ondes ce slogan, les agents de l'Urssaf faisaient eux la grande tournée des entreprises les plus suspectes. Résultat: 220 millions d'euros de redressements pour travail au noir en 2011, plus de 19 % par rapport à l'année précédente. Mais il y a plus intéressant encore.

Pour la première fois, l'Urssaf a décidé d'évaluer ce que représentait dans notre pays le manque à gagner pour l'ensemble de la collectivité de ce sport national qu'est le travail au noir. C'est ainsi qu'un échantillon de 4.000 entreprises employant 13.000 salariés a été mis au point et que des sondages aléatoires, des enquêtes surprise ont dressé le premier état des lieux de la situation dans notre pays. Résultat: 7,3% des entreprises frauderaient en ne déclarant pas ou que partiellement leurs employés et 2,4 % de salariés seraient victimes - consentantes ou pas... - de ces «oublis». En tête du hit-parade, les hôteliers-cafetiers-restaurateurs qui, nonobstant la baisse de la TVA, ne semblent pas les plus ardents à remplir leurs déclarations d'employeurs: 5,8% se sont fait prendre la main dans le sac. Guère plus «attentifs», les commerçants de détail alimentaire ou encore les magasins de coiffure et d'esthétique. Plus curieux... et préoccupant: 3,2% de professionnels d'activités juridiques et de gestion sont tombés dans le piège des agents inspecteurs.

Sans vraie surprise, cette enquête montre que ce sont les jeunes et les plus de 60 ans qui sont les plus nombreux à être payés au black. Plus fragiles, ce sont aussi eux qui sont le plus souvent employés en intérim ou en CDD. Une double peine, en quelque sorte. Grands absents de cette étude - pour de mystérieuses raisons «techniques»... - les métiers du bâtiment qui, pourtant, font régulièrement l'actualité. Mais il est vrai qu'il faut souvent pour en être informés attendre un accident du travail ou un conflit social...

Ce qu'on espère désormais, c'est que l'Urssaf reconduise ce que le quotidien «Les Echos» désignait hier matin sous le nom d'«opération vérité». Mais en comblant quelques manques qu'elle reconnaît elle-même. Comme par exemple l'absence de contrôle le week-end ou tôt le matin. Ce qui exigera alors de l'Urssaf qu'elle procède elle aussi à une «opération vérité». Sur ses fonctionnements...

 


Publié dans Social

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