Traité européen : le débat maudit...

Publié le par DA Estérel 83

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L'appel à la manifestation du 30 septembre, lancé par des organisations comme Attac, le Front de gauche, le NPA, la Fondation Copernic, n'a rencontré quasiment aucun écho. Les arguments contre le traité budgétaire européen ne sont pourtant pas nuls...


(GILE MICHEL/SIPA)
(GILE MICHEL/SIPA)
Une brève par-ci, une incise par-là... Le plus souvent rien. Les médias font le black-out sur la mobilisation des opposants au traité budgétaire européen. L'appel à la manifestation du 30 septembre, lancé par des organisations comme Attac, le Front de gauche, le NPA, la Fondation Copernic, etc. n'a rencontré quasiment aucun écho auprès de la grande presse installée. 

Cette dernière, il est vrai, demeure massivement proeuropéenne et n'a guère tiré les leçons de la victoire nette du non lors du référendum de 2005 : les arguments des nonistes avaient été ignorés, méprisés. La plupart des commentateurs avaient ensuite été soulagés que Nicolas Sarkozy fasse passer par les assemblées ce qui avait été bloqué par la voie référendaire. On s'assoit volontiers sur la volonté populaire, même si cela peut se révéler, comme les baïonnettes, inconfortable à long terme... 

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Les arguments contre le traité budgétaire européen ne sont pourtant pas nuls, et ils peuvent être résumés en une phrase ciselée par le prix Nobel Joseph Stiglitz dans une remarquable interview à l'Humanité : «L'austérité est un désastre.» Il est vrai que la plupart des pays européens, Grèce, Portugal, Espagne..., qui ont engagé cette politique d'ultrarigueur sont en régression, et que ce sont les peuples qui paient la note. Salée. L'Europe risque de mourir guérie, en succombant à l'obsession du retour à l'équilibre budgétaire, puisque le volet croissance demeure très secondaire. Un point que conteste catégoriquement le pouvoir qui a entrepris de communiquer à fond la caisse, et la grosse caisse, sur «la réorientation» obtenue de haute lutte par François Hollande. Le président en personne a passé la consigne d'offensive communicante, et d'abord au ministre délégué aux Affaires européennes, Bernard Cazeneuve, un avocat de talent, ex-partisan du non, donc parfait pour le combattre aujourd'hui et faire passer le oui... 

Ce proche de Fabius, lui-même converti à l'«euroréalisme», ne rencontre pas une opposition aussi farouche que redoutée. Certes, parce que quelques acquis relatifs, mais non négligeables, ont été obtenus, comme la taxation des transactions financières ou le pack de croissance de 120 milliards d'euros. Les avancées de la banque européenne pour une plus grande mutualisation des dettes sont aussi mises à son crédit. Et porte enfin la mise en garde ciselée par le député PS Olivier Faure, proche d'Hollande et d'Ayrault : «Ceux qui voteraient non prennent le risque d'une crise politique.» Car après le vote du traité va venir celui du budget «de contention». Un non peut en entraîner un autre ; il ne s'agit donc pas d'un simple argument d'autorité : c'est l'hollandisme qui demain peut être mis en difficulté... 

Ils ne seraient pas plus d'une dizaine de députés socialistes à prendre ce risque-là. Les écologistes, quant à eux, doivent se prononcer les 22 et 23 septembre. Mais ils sont divisés, car la situation ne ressemble en rien à celle de 2005, même si l'hostilité à l'Europe libérale et bureaucratique reste très forte. «Le sentiment général aujourd'hui, résume François Kalfon, en charge du suivi de l'opinion au PS, c'est que l'Europe est un monstre consubstantiel à notre être, un surmoi qui nous écrase, mais avec lequel il faut vivre...» On ne se sortirait pas de la crise sans cette communauté devenue monstrueuse. Pour autant, il existe un désir fort de dire non à la crise, à l'austérité, aux remèdes qui pourraient se révéler pires que le mal. On ne saurait toujours refuser d'en débattre... 

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