Traité européen: la grande hypocrisie !

Publié le par DA Estérel 83

Chroniques de Juan

 

 

Le traité budgétaire va-t-il faire imploser la majorité présidentielle ? Sans doute pas. Espérons que non. Le texte ne le mérite pas. Les cris d'orfraie des uns et les incantations des autres nous agacent déjà au plus au point pour un texte qui ne mérite ni tant de haine ni tant de soutien.

Il a été présenté le 19 septembre en Conseil des Ministres. Bernard Cazeneuve, ministre délégué aux affaires européennes s'amuse beaucoup. Il était partisan du Non au Traité Constitutionnel en 2005, le voici chargé de défendre un autre traité de contraintes supra-nationales. Est-il masochiste ou simplement traître ? Même pas. « On ne construit pas un budget et une politique sans volontarisme pour la croissance » a-t-il déclaré dimanche 23 septembre.

En 2005, le rêve était permis. En 2012, la crise menace de submerger chacun des pays européens, les uns après les autres.

 La coalition du Non 
Ce traité, adopté par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel il y a plus d'un an a peu de soutiens à gauche. Ce qui n'empêche pas qu'il soit voté par une majorité des élus de gauche quand il sera soumis ces jours prochains à leur suffrage. Apprécier un texte et son contexte sont deux choses habituellement différentes.

Pour l'heure, les opposants sont sacrément nombreux. A droite, on retrouve évidemment le Front national et les souverainistes tels Debout la République, ou la Droite populaire perdue à l'UMP. A gauche, les bataillons semblent plus nombreux, même si certains sigles recouvrent parfois une réalité numérique bien maigrichone: on peut ainsi compter sur AC !, Attac, Convergence services publics, la CFDT CFF, la CGT, Les Économistes Atterrés, la Fondation Copernic, le Front de gauche (Parti communiste français, Parti de gauche, Gauche unitaire, FASE, République et Socialisme, PCOF, Convergences et Alternative, Gauche anticapitaliste), la FSU, Les efFRONTé-e-s, le NPA, le Parti Fédéraliste Européen (sic!), le Parti pour la décroissance, le Réseau Éducation Populaire, les Solidaires, ou le syndicat Sud, et le mouvement Utopia. Tous ceux-là appellent à manifester le 30 septembre. Gageons qu'il y aura aussi des socialistes, députés, sénateurs et militants. 

Et même des écologistes... C'est la nouveauté du moment. Les Verts - puisqu'ils ont visiblement pris les rênes du mouvement écologiste - se sont désolidarisés du TSCG. Eux qui avaient soutenus le traité constitutionnel de 2005, les voici opposants à ce micro-texte. 

Même les écologistes !
Vendredi dernier, quatre élus écologistes avaient pourtant signé une tribune en faveur dudit traité budgétaire européen. Ces quatre-là pèsent quand même un peu: Daniel Cohn-Bendit (qu'on ne présente plus), Yannick Jadot (ex-directeur de campagne d'Eva Joly), Jean-Paul Besset (bras droit de Nicolas Hulot), et José Bové (ex-leader de la Confédération Paysanne).

Ils avancent plusieurs arguments en faveur du traité: il reste « très critiquable» mais il « doit donc être appréhendé comme l’héritage d’un compromis passé»; il n'est pas plus contraignant que les dispositions de Maastricht en matière de déficit, il est indispensable pour construire une République européenne («L’Europe doit changer, profondément, car il n’y a pas de plan B, pas de sortie de crise ou d’écologie possible dans un seul pays. »), et il est complété par une stratégie de relance. 

« Voter oui au TSCG nous permettrait de prendre toute notre place au sein de la majorité et d’y peser avec nos propositions. Au moment où partout dans le monde, et en Europe, s’affirme la tentation du repli souverainiste, qu’il soit libéral, républicain ou écologiste, nous voulons faire le pari d’une Europe ambitieuse, ouverte et solidaire.»
Leur intervention n'a pas suffit. Le lendemain, le conseil fédéral d'EELV se déclarait majoritairement hostile au traité. Et demandait à ses parlementaires de voter contre. Daniel Cohn-Bendit s'est aussitôt mis en congés. On le comprend, et la démarche est tout simplement cohérente. 

La Grande hypocrisie
Le TSCG est-il cette abomination ? Evidemment que non. Le texte est insuffisant, par ailleurs presque obsolète. Il a été décidé en juillet 2011! Et pourtant, que d'accusations, que de critiques. Des critiques qui lui font dire beaucoup, beaucoup trop. Le traité ne change pas grand chose. Après son adoption, nous critiquions déjà ses insuffisances.

La fameuse affaire de la règle d'or, un joli piège politicien glissée par l'ancien couple Merkozy était une tartufferie: (1) le Conseil constitutionnel a précisé, il y a quelques semaines, que notre Constitution n'avait pas besoin d'être changé; (2) l'obligation d'équilibre budgétaire s'entend hors circonstances exceptionnelles et ne devrait pas concerner les investissements.

Dimanche, Mediapart publiait une interview de Jean-Marc Ayrault. Le premier ministre s'était donc frotté aux questions d'un média peu suspect de complaisance à son égard. 

Ayrault reconnaît bien - qui le niera ? - que le texte du traité est le exactement même que celui proposé par Merkozy. La différence est ailleurs: depuis le conseil européen des 28 et 29 juin s'est ajouté un pacte de croissance et d’emploi, la mise en place de la taxe sur les transactions financières (initialement refusée par Angela Merkel) et les premiers travaux pour une union bancaire. C'est sûr, rien n'est régél, tout est insuffisant, on pourrait et devrait réclamer davantage. Ayrault ne dit pas autre chose: « l’Europe est une construction politique complexe, faite de compromis entre des points de vue souvent très éloignés, avec des résistances au changement.»

En fait, les opposants - que votre serviteur peut rejoindre parfois - agrègent deux critiques bien distinctes: primo, ce traité est insuffisant (ce que personne ne récuse, pas même au sein du gouvernement). Comment d'ailleurs penser qu'il sera amélioré s'il est refusé au parlement ?

Secundo, ce traité bloquerait toute marge de manoeuvre ultérieure. Mais là, l'argument est spécieux. Dans l'édition du 20 septembre, l'hebdomadaire Politisfait parler l'ancien député européen Francis Wurtz: selon lui, « le TSCG est l'instrument majeur d'une restauration de l'ordre social d'avant les Trente Glorieuses ». L'ordre social d'avant 1945 ? Fichtre ! Une vraie contre-révolution !

Cessez les caricatures, de part et d'autre.

Ce Traité est une mauvaise mais petite étape.

Sans lui, serons-nous mieux loti ?

Certainement pas.

Et avec lui ?

Pas sûr, pas forcément. Pourtant, il y a quelques bonnes nouvelles: la perspective d'eurobonds soutenue par Mario Monti, une Banque Centrale européennes qui se décide enfin à prêter aux Etats. 

Mais l'ex-Sarkofrance a visiblement besoin de symboles pour s'agiter.

Publié dans Politique

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