Toujours plus bas !

Publié le par DA Estérel 83

CL11112010

 

 

On connaissait l'histoire de l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'ours. Avec Luc Ferry on vient de découvrir celle de l'ex-ministre qui a entendu d'autres ministres et même le premier d'entre eux lui certifier qu'un autre ex-ministre avait été «poissé dans une partouze à Marrakech avec des petits garçons» ! Inutile de dire que cette sortie, sur le plateau du «Grand Journal» de Canal +, de celui qui fut ministre de l'Education nationale n'en finit pas de provoquer la sidération, les questions et les spéculations.

Même si, ces derniers temps, les philosophes ont malheureusement montré que leur capacité à éclairer le monde avait singulièrement baissé en intensité, on est en effet stupéfait de voir que Luc Ferry -qui se prétend pourtant un analyste de la rumeur- se soit transformé comme le dit avec une juste férocité François Baroin en «acteur de celle-ci».

Comment peut-on lancer une accusation aussi lourde avec autant de légèreté ? Comment peut-on se réfugier derrière la crainte d'une plainte en diffamation en pensant échapper à une autre poursuite, celle-ci pour non-dénonciation, si toutefois un tel crime a réellement eu lieu ? Luc Ferry a-t-il conscience qu'une telle accusation ne peut que conduire la justice à l'entendre mais aussi tous ceux dont il dit qu'il tenait cette «information» pour avérée ?

On voit mal comment le Garde des Sceaux pourrait en effet continuer à respecter le mutisme renfrogné qu'il affichait hier à la sortie du Conseil des ministres... Mais que signifie donc cette surenchère totalement destructrice entre ceux qui, régulièrement, nous font le coup de prétendre qu'ils savaient depuis longtemps, mais ne pouvaient rien dire, et ceux qui, à l'inverse, n'en finissent pas de décrire un vaste complot entre médias et politiques pour cacher les turpitudes des puissants ? Depuis l'affaire DSK, sommes-nous devenus fous ?

Faut-il, au prétexte que la presse anglo-saxonne a pris à cette occasion un malin plaisir à jouer les donneuses de leçon, que nous renoncions à respecter la vie privée des hommes politiques en ne révélant dans celle-ci que les éléments qui pourraient influer sur leur action publique ? Il faut en tout cas au plus vite que ceux qui prétendent représenter l'élite se reprennent. Qu'on cesse de mélanger allégrement ce qui tient du libertinage et ce qui relève de la sanction judiciaire.

Il est temps qu'on cesse également de considérer l'information comme un spectacle, un numéro d'équilibriste avec la réalité au cours duquel on pourrait gaillardement s'exonérer de l'annonce d'une fausse nouvelle en ayant déjà en réserve le rectificatif. Tout ça pour faire le buzz, de l'audience, coco ! Temps qu'on ne confonde pas l'interactivité avec un vomissoir des pires travers.

Temps qu'on dise à Luc Ferry qui maintenant nous explique benoîtement qu'il souhaitait «défendre la presse» que celle-ci préfère se passer d'un tel avocat.

Publié dans Affaires

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