«Totalement carbonisé», Boillon quitte Tunis

Publié le par DA Estérel 83

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« Il est totalement carbonisé. » A Paris comme à Tunis, le constat est partagé : les jours de l’ambassadeur de France, Boris Boillon, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, sont comptés. « Il va partir à l’été », affirme une source gouvernementale française. « C’est même lui qui le demande », précise un proche du président de la République, François Hollande.

Officiellement, ni le Quai d’Orsay, ni l’Elysée, ni l’ambassade de France à Tunis ne confirment l’information. Mais depuis l’élection de François Hollande le 6 mai, les spéculations vont bon train sur le sort de plusieurs figures du sarkozysme dont le socialiste pourrait se détacher. Boris Boillon en fait partie.

D’abord parce que son arrivée à Tunis, qui devait effacer la polémique sur les vacances de Michèle Alliot-Marie en pleine répression de la révolution tunisienne, et le soutien jusqu'au-boutiste de la France à Ben Ali, s’est très mal passée. Un jour seulement après avoir atterri sur le sol tunisien, Boillon s’en prenait à deux journalistes. La scène fut filmée, abondamment relayée sur les réseaux sociaux, au point de provoquer une vive polémique et des manifestations devant les grilles de l’ambassade de France à Tunis. « Boillon dégage », criaient alors plusieurs milliers de personnes, reprenant le slogan de la révolution tunisienne.

Donné partant à peine arrivé mais finalement maintenu, le jeune ambassadeur ne s’en est jamais remis. D’autant plus que son attitude de « Sarkoboy » a parfois pu choquer, notamment quand il a posé à la Une du magazine tunisienTunivisions en James Bond. Depuis, confie un diplomate du Quai d’Orsay, sous couvert de l’anonymat, « il s’est calmé mais il a toujours un problème de crédibilité ». « Les Tunisiens attendent son départ. Tous les partis le demandent », explique un spécialiste de la région.

 

 

Une décision après les législatives ?

« Boris Boillon est fragilisé. Cela n’a pas été la gloire sur le plan professionnel et il est marqué par un sarkozysme aigu. C’est dommage parce qu’il est sympa et intelligent », dit un autre diplomate, sous couvert d’anonymat. « Il est compétent et dynamique, c’est évident. Mais il est très marqué, abonde un de ses collègues. Il faisait partie de ces Sarkoboys qui avaient Sarkozy directement au téléphone et devenaient des électrons libres. » Proche de l’ancien chef de l’Etat, il en a été le conseiller Moyen-Orient à l’Elysée. C’est là qu’il a noué des relations de proximité avec le régime libyen. A l’époque, Mouammar Kadhafi le surnomme même « mon fils » quand Nicolas Sarkozy l’appelle affectueusement « mon petit Arabe », selon le magazineChallenges.

A l’époque on parlait surtout de son rôle dans la libération des infirmières bulgares. Mais les révélations de Mediapart sur les relations entre le régime de Kadhafi et les proches de Nicolas Sarkozy – jusqu’au soupçon du financement de la campagne électorale de 2007 – ont jeté une nouvelle lumière sur ces rapports.Mediapart a notamment découvert que Boris Boillon était directement intervenu pour obtenir la naturalisation de l’épouse de Bachir Saleh, l’ancien directeur de cabinet de Kadhafi.

Ces éléments embarrassent le nouveau pouvoir français, désireux de se démarquer de l’ère Sarkozy. Boris Boillon le sait. « Il n’attend qu’une chose, c’est son départ ; il veut partir et ce n’est pas sûr qu’il veuille rester dans la diplomatie », explique un responsable tunisien. A Paris, explique un diplomate, « la décision sera prise après les élections législatives. Cela n’aura pas lieu avant l’été ».Selon deux sources, le « Sarkoboy » de Tunis envisage de se reconvertir dans le privé. Interrogée, l’ambassade de France n’a fait aucun commentaire.

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