Tapis rouge et idées noires

Publié le par DA Estérel 83

 

 

Mexico, côté face; Mexico, côté pile. D'un côté la grand'messe du G20 avec ses discours calibrés à la minute près, ses sourires de façade, sa photo du gotha de la planète et son communiqué final, subtil équilibre entre esprit de responsabilité, volontarisme affiché et dose mesurée d'optimisme. De l'autre, ses discussions bilatérales discrètes, ses petits arrangements entre «amis», ses accords de circonstance, ses grandes manoeuvres et ses petites perfidies. 

François Hollande, pour son baptême du feu, aura eu l'occasion d'y découvrir cette double facette. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'hier il aura pu «apprécier» à quel point, et chacun à sa façon, le Premier ministre britannique et la présidente du Medef auront voulu soigner son bizutage... Un peu comme lors du festival d'Avignon, la première scène a eu lieu en off. Face à des grands dirigeants d'entreprises, réunis eux pour leur... 

B20, David Cameron, évoquant l'intention de François Hollande de créer un taux d'imposition à 75% sur les revenus au-delà d'un million, a ironisé sur l'aspect«complètement anti compétitif» de cette idée. Avant d'assurer qu'il était pour sa part prêt à dérouler «le tapis rouge» pour accueillir davantage d'entreprises françaises ce qui lui permettrait de financer son système de santé, ses écoles, ses stades, etc. Humour anglais? Provocation? Morgue libérale? Sans doute les trois. 

François Hollande, qui avait peut-être trop vite pensé qu'il était en train de réussir à rallier ses collègues européens -sauf l'inoxydable Merkel...- à ses thèses sur la croissance et un meilleur partage des efforts, appréciera la subtilité diplomatique de ce tacle à la hauteur de la gorge... 

D'autant que de retour de ce même B20, Laurence Parisot, a passé la deuxième lame! Oh certes, la patronne des patrons français prend bien soin de repousser l'offre de traversée de la Manche et d'exil fiscal du perfide Cameron. 

Oh certes, elle tient à assurer le gouvernement du patriotisme des entreprises. Mais c'est pour mieux tirer la sonnette d'alarme sur le «climat de survie» dans lequel seraient aujourd'hui celles-ci et pour appeler le gouvernement à adopter la «PME attitude»! Mais à l'évidence, moins encore que le décalage horaire, Laurence Parisot n'avait pas digéré hier la dernière annonce du gouvernement d'une taxe à la source de 3% sur les dividendes versés aux actionnaires. 

Cette fiscalité qui vient après le coup de pouce programmé du Smic et la hausse des cotisations retraite, c'est, pour elle, la goutte d'eau qui risque rien de moins que de couler les entreprises. Une inquiétude qui aurait été renforcée par son séjour mexicain et le sentiment que le vieux continent ne serait plus un marché d'avenir pour les investisseurs non-européens. Entre le cynisme de Cameron et l'alarmisme de Parisot, pas sûr que Hollande garde un bon souvenir de son premier G20.

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