Sur tous les fronts

Publié le par DA Estérel 83

CL11112010

 

 

François Hollande n'a sans doute pas fini de surprendre son monde. C'est ainsi qu'hier matin à l'heure où la France s'éveillait, elle apprenait que le Président venait d'atterrir à Kaboul. Au programme: rencontre avec les troupes françaises et avec le président Karzaï pour expliciter la doctrine de retrait anticipé des soldats combattants et rassurer sur ce que seront les nouveaux engagements de la France au sein de la coalition en Afghanistan.

Mine et ton graves, explications directes, engagements clairs et tranchés: le chef des armées François Hollande avait donc choisi de ne laisser à personne le soin d'assumer la décision qu'il avait annoncée aux électeurs d'abord, à Barack Obama et aux pays membres de l'Otan ensuite lors du sommet de Washington le week-end dernier. Cette visite surprise sur une zone de guerre évoquera irrésistiblement - en tout cas pour les plus anciens de nos lecteurs - la façon dont François Mitterrand s'était rendu à Beyrouth dès le lendemain de la tragédie de l'immeuble Drakkar ou avait atterri sous les tirs de mortiers à Sarajevo pour symboliquement montrer la détermination de la France à briser le siège meurtrier de la capitale bosniaque.

Elle démontre surtout que tous ceux - à droite mais aussi dans son propre camp - qui avaient décrit Hollande comme un personnage inexpérimenté, irrésolu, manquant de caractère et d'énergie, quelque peu falot, trop consensuel pour être un vrai chef, se sont trompés. Ou qu'ils ont été égarés par Hollande lui-même et ont fait un fâcheux contresens sur ce qui définit à ses yeux... un «Président normal». La visite surprise d'hier s'inscrit en effet dans une série d'initiatives et de rencontres où Hollande, de Washington à Bruxelles en passant par Chicago et Berlin, n'a cessé d'avancer et ses thèses et ses pions.

Sur la croissance d'abord: même si pour l'heure, on est loin d'être passé du concept aux actes, force est de constater que c'est lui qui a su l'imposer comme un nouvel horizon pour sortir de la crise. Sur sa vision de l'Europe, ensuite: plus attentive aux souffrances des peuples qu'aux humeurs des marchés. Et donc, sur une certaine idée de l'indépendance de notre pays par rapport à l'Otan énoncée clairement hier à Kaboul quand il lance: «Seule la France peut engager la France.» En arrivant à l'Élysée, François Hollande n'attendait aucun état de grâce. C'était déjà une preuve de lucidité. Une lucidité d'ailleurs partagée par une majorité de Français. Eux-mêmes n'avouent-ils pas n'attendre aucun miracle?

Au cours de ses premiers quinze jours à l'Élysée, François Hollande aura en tout cas fait un début de parcours international sans faute et sans reproche. Tout simplement en se montrant capable «de dire ce qu'il faisait» et de «faire ce qu'il disait». C'est peut-être ça la rupture.

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