Sondage: les Français croient que Sarkozy sera réélu… et pourtant ils n’en veulent plus

Publié le par DA Estérel 83

Marianne

 

 

 

Notre sondage Harris interactive- « Marianne » montre que le président candidat ne bénéficie pas de l’affaire DSK. Tous les candidats virtuels du PS sont donnés largement gagnants mais ses partisans espèrent encore. 



Sondage: les Français croient que Sarkozy sera réélu… et pourtant ils n’en veulent plus
Le combat aurait-il changé d’âme, et la victoire, de camp ? Les sarkozystes, quasi jubilatoires, voudraient le croire, et le faire croire, depuis la « tragédi… vine » surprise de New York, la chute de Dominique Strauss-Kahn, le plus redouté de leurs adversaires. Un signe du destin, le retour de la baraka, la chance qui sourirait toujours au plus audacieux. Nicolas Sarkozy est un superstitieux, qui n’évoque jamais la défaite, de peur de la provoquer, et qui ne sélectionne, et ne fait miroiter jusqu’à l’aveuglement des observateurs, que les indices favorables ainsi que les sondages à son avantage. Et comment ne retiendrait-il pas une partie, la plus favorable, de l’enquête Harris interactive, réalisée pour Marianne… un régal de roi puisqu’elle confirme une reprise, un ressaisissement dans son électorat, après dix-huit mois de dégringolade. Et plus surprenant sans doute, plus rassurant encore pour ses généraux, qui hier se croyaient voués à la défaite : les Français rejettent toujours massivement le président, mais ils croient – très majoritairement – qu’il l’emportera en 2012 ! Voilà qui exige d’y regarder de plus près.

Une reprise, un ressaisissement de premier tour, donc, pour le chef de l’Etat qui récupère une partie de ses ouailles égarées. Retour au bercail pour une partie de ces volages qui s’en étaient allés butiner dans le champ d’à côté, chez Marine Le Pen. Rapatriement encore pour ces personnes âgées qui avaient fait son succès en 2007. Sarkozy est encore loin de retrouver tous ses électeurs, mais comme le relèvent ses plus proches, « il y a une éclaircie dans un ciel moins orageux ». La météo politique, qui leur était défavorable, aurait basculé non point au beau fixe, mais l’amélioration s’esquisse. Pour preuve : « On ne se fait plus engueuler comme avant, relèvent les député hypersarkozystes Eric Ciotti (Alpes-Maritimes) et Alain Gest (Somme). Il arrive même qu’on nous dise du bien du président ! » Diantre !

Suivons les guides UMP un instant pour savoir ce qui aurait changé et qui commencerait de modifier la donne en leur faveur. « Regardez… la presse, les médias, font-ils d’abord observer,ils ne dénoncent plus seulement les erreurs de Sarkozy, ils s’interrogent sur ses qualités, relèvent son leadership en Côte-d’Ivoire, en Libye ou au G20. Alors, si même les journalistes évoluent positivement, c’est preuve que l’opinion, elle, a bougé. » Raisonnement très sarkozyste : on se souvient que le chef de l’Etat s’est toujours, et contre toute évidence, fait passer pour une victime des médias dont la moindre concession devenait un bulletin de victoire. Cette fois, ce sont tous les papiers sur la (re)présidentialisation qui prouveraient non pas l’efficacité de la communication élyséenne, mais la démonstration d’une mue réelle de Sarkozy. Le « nouveau-nouveau-nouveau » Sarkozy serait celui de la maturité sereine que réclamait une opinion jusqu’ici exaspérée par son incapacité à prendre hauteur, distance, grandeur. Miracle, il est même parvenu à se taire !

SON ENFANT, OTAGE ÉLECTORAL ?

Pourtant, Sarkozy parle encore. Mais moins et moins vite. Que dit-il exactement ? C’est une autre question… Mais ce que soulignent, avec soulagement, ses indéfectibles soutiens parlementaires, c’est que cette parole plus mesurée rassure, ainsi que sa syntaxe moins bousculée. « Il se contient, il se retient maintenant, “m’sieur Sarkozy” », remarquent des électeurs, à la fois satisfaits de ces efforts de respectabilité mais quelque peu inquiets pour la suite. Car le doute subsiste sur sa capacité à se contenir dans la durée. L’interrogation demeure sur sa vraie nature et sur sa possibilité à la maîtriser. L’enfant-roi, l’immature serait-il enfin arrivé à maturité avec l’expérience et… sa future paternité ? Les conseillers du président en rêvent…

Il lui fallait bien des rondeurs, à ce trop sec et nerveux ; ce serait, donc, d’abord celles de sa femme qui promet un heureux événement, et peut-être même un doublé. Nous ne parlons pas d’éventuels jumeaux, ce dont nous ne savons fichtre rien, mais de la perspective d’un enfantement accompagnant un épanouissement parental. La nation n’a plus besoin d’un frère agité (c’était bon pour le premier mandat), mais d’un père apaisé. Voilà la « bonne nouvelle » d’un double enfantement, soigneusement et délicatement orchestrée par la presse heureuse qui nous délivre ce message layette depuis plusieurs semaines : son épouse, Carla Bruni, est enceinte, et le nouveau Sarkozy est proche d’être accouché. Jouez hautbois, résonnez musettes…

La tendre France y serait sensible, mais gare si elle se sent trompée, manipulée. Le soupçon rôde déjà d’une exploitation de l’intimité à des fins politiques cyniques. De la layette au crêpe noir de la révolte, il n’y a qu’un pas vite franchi par des Français méfiants. Car, pour avoir trop utilisé sa vie privée à des fins électorales, Nicolas Sarkozy a semé le doute, la suspicion. Une faute, une erreur, les cloches des églises médiatiques trop lourdement sonnées par l’Elysée pour célébrer l’heureux événement, et l’enfant de l’amour ne passerait plus que pour un vulgaire otage de la guerre électorale. Du cinéma qui ne ferait plus se pâmer mais enrager. Même les plus sarkozystes des sarkozystes s’en inquiètent : « On peut faire pleurer Margot, mais on ne doit pas lui donner le sentiment qu’on la trompe. Surtout lorsqu’on a repris la morale à son compte. »

Voilà bien, ce qui est le cas de le dire, une des vraies raisons du regain de confiance sarkozyste : la chute morale du camp prétendument de la morale. La gauche a perdu l’avantage qu’elle conservait sur les immoralistes de droite, en dépit de Mitterrand l’amoral et de Jospin le menteur rigoureux. Les sarkozystes qui faisaient bling-bling chaque fois qu’ils bougeaient ont le sentiment jouissif d’être désormais exonérés de tous les dérapages passés par les turpitudes strauss-khaniennes. Vertige inconséquent ? Pour ne plus se faire déposséder de cet avantage éthique, l’Elysée cette fois a fissa tronçonné Tron et ses débordements plantaires.

MERCI, DSK…

Nicolas Sarkozy n’hésite même pas à mouliner encore et encore la comparaison qui étonnait auparavant : « A côté de Strauss-Kahn, je passerais pour un pasteur méthodiste… » On n’y est pas encore. Mais son ministre des Affaires européennes, Laurent Wauquiez, n’en résume pas moins l’analyse de la plupart des dirigeants et des élus de l’UMP : « L’affaire Strauss-Kahn est un poison lent et destructeur pour la gauche. » D’abord parce qu’elle provoque une inversion de toutes les valeurs qui structuraient le camp du progrès, puisque son ex-champion paraît aujourd’hui comme le symbole argenté du puissant masculin ayant attenté à l’honneur d’une femme de couleur et de peu, image blessée de toutes les femmes…
Impossible de porter la morale en bandoulière quand on a fait péter la sous-ventrière ! Ce leader déchu n’entraînerait donc pas que lui dans sa chute, mais tous ses petits camarades qu’il avait d’ailleurs rabougris en candidats de région, de département ou de sous-préfecture. Martine Aubry, François Hollande, Ségolène Royal ne pourraient jamais prétendre dompter la mondialisation sauvage au milieu de laquelle Nicolas Sarkozy s’ébattrait donc tout seul ! Il faudrait beau voir désormais que les pygmées socialistes le traitent de « nain ». Même Dominique de Villepin ne le qualifie plus de « nabot ».
Les sarkozystes remarquent d’ailleurs avec quelque volupté que « l’albatros » n’a pas réussi à s’envoler. Tout juste 2 % dans notre enquête, soit trois points de chute, alors qu’il a lancé son programme et, notamment, son révolutionnaire « Revenu minimum universel ». « Le terrain, à droite, commence à être débroussaillé, se réjouissent les stratèges UMP. Il ne reste plus qu’à dégager Borloo, ce dont Nicolas fait son affaire personnelle… » Mais toutes les pressions, les menaces comme les caresses ne serviront à rien si l’ex-ministre de l’Ecologie bénéficie d’un vent porteur. Pour le moment, ce n’est qu’une brise (7 %). Mais les sarkozystes ne doutent pas que Borloo renoncera « parce qu’il ne résistera pas à la machine à rétrécir de la présidentielle » et « parce que la situation elle-même l’obligera à se ranger sous la bannière sarkozyste ». La situation ? La menace de Marine Le Pen d’un côté et, de l’autre, une reprise économique qui profiterait au pouvoir… que Borloo servait hier encore. La reprise est là ! Que les Français se le disent…

UN CHEF… REJETÉ

Sondage: les Français croient que Sarkozy sera réélu… et pourtant ils n’en veulent plus
Les élus percevraient ce renversement mieux que les économistes, puisque dans leurs circonscriptions les clignotants industriels qui étaient au rouge repasseraient au vert. « Nos interventions pour des emplois ne finissent plus forcément au panier, se réjouissent-ils. Le moral des patrons et des employés n’est plus au chômage ! » Et celui de ces messieurs clignote d’optimisme retrouvé lorsqu’ils découvrent qu’une majorité de Français (57 %) croient « probable ou certaine » la réélection de Nicolas Sarkozy, alors même qu’ils ne la souhaitent pas. C’est la marque de l’emprise psychologique du chef, le signe de la domination mentale qu’il exerce. On le voit en vainqueur, ce qui serait déjà accepter sa victoire ! Mais pas si vite. Ce n’est pas encore Sarkozy la Reconquête après la Conquête. Il ne faudrait pas se faire un autre film et se laisser embobiner.

On n’y est pas, loin s’en faut, même si Sarkozy répète à tous ses interlocuteurs sa sereine certitude de victoire. « Ne serait-ce, comme il l’a encore dit au secrétaire d’Etat aux Transports, Thierry Mariani, que parce que celui qui est en tête à un an de l’élection est toujours battu. » Ce n’est pas ce qu’il affirmait quand il se trouvait en pôle position…


Sondage: les Français croient que Sarkozy sera réélu… et pourtant ils n’en veulent plus
Il faut bien que le chef de l’Etat relativise les avantages de ses opposants, pourtant conséquents. Oh ! certes, les représentants du PS ne superperforment pas, mais ils ne s’écroulent pas avec DSK. Mieux encore, ils récupèrent pour l’essentiel les suffrages qui se portaient sur l’ex-directeur du FMI au premier tour, et au second également. Quelles claques, même pour le titulaire du titre, que ces écarts, 20 points avec « le ramasseur de champignons », François Hollande (60 %-40 %), et 16 (58 %-42 %) avec la maire de Lille, qui n’est point encore candidate déclarée ! Non seulement l’électorat de gauche se mobilise, mais celui du centre se rassemble contre lui. L’antisarkozysme demeure toujours aussi virulent. Y a basta, on ne veut plus le voir, mais tourner la page comme avec Giscard en 1981 ! Ce ne sont pas les socialistes qui sont plébiscités, mais Sarkozy qui est toujours rejeté.

UN ÉLECTORAT DÉÇU ET HOSTILE

Suivons cette fois les élus de gauche, par exemple le socialiste Claude Bartolone en Seine-Saint-Denis ou le communiste Roland Muzeau dans les Hauts-de-Seine. Ceux-là concèdent qu’ils ne soulèvent pas l’enthousiasme des foules, mais qu’ils bénéficient toujours d’un « antisarkozysme vivace ». « Ça ne suffira certes pas pour gagner, avouent-ils, mais ce rejet du chef de l’Etat ne faiblit pas, car les difficultés quotidiennes des gens ne faiblissent pas davantage. » Il ne s’agit donc pas seulement d’une question de style présidentiel, qui pourrait être corrigé à la marge, mais de discrédit d’une politique injuste et inefficace ainsi que d’un homme qui l’incarne.

Plus encore que son manque de dignité présidentielle, on lui reproche la trahison de cette double promesse d’efficacité et de juste répartition des récompenses en fonction des mérites comme du travail. La déception, l’amertume qu’il provoque, la rancœur, même, viennent de l’absence de rétribution matérielle aussi bien que symbolique. Les réalités cruelles ont balayé et démenti les beaux discours méritocratiques : le président des riches accorde places et avantages aux fortunés, alors que les travailleurs sont priés de faire la queue pour recevoir les miettes. La perspective même de la reprise accroît ce sentiment d’inégalité, car les puissants donnent l’impression de se bâfrer. C’est d’ailleurs plus qu’une impression à voir les culbutes salariales des financiers et des patrons du CAC 40. Pendant qu’ils se goinfrent, donc, les besogneux doivent toujours lanterner et se serrer la ceinture. Sans aucune garantie de se voir gratifier, ni même leurs enfants, pour des efforts volontiers consentis pourvu qu’ils soient, comme convenu, payés de retour. Las…

Les bases du sarkozysme sont toujours effondrées. Ses fondamentaux, ses repères qui permettaient à ses électeurs d’adhérer à un projet, de se rêver dans un destin collectif, cet imaginaire s’est volatilisé en laissant des traces profondes d’insatisfaction trouble, parfois agacée, voire ulcérée. Car la dérive droitière et xénophobe, la quête éperdue d’un bouc émissaire révèle et accentue davantage l’impuissance du pouvoir qu’elle ne l’exonère d’une situation ressentie comme insupportable. Le pouvoir a suscité contre lui une déprime agressive, une hostilité diffuse, et bien au-delà de la gauche. La preuve encore par le dernier tome des Mémoires* de Jacques Chirac. Pour la première fois, l’ancien président de la République y expose ses critiques sans fard. Certes, Sarkozy, juge-t-il avec recul, a « des qualités, de l’énergie, un talent médiatique », mais « il ne doute de rien, surtout pas de lui même » et il est trop prompt à « stigmatiser et à exacerber les antagonismes ». A l’inverse, l’ex-chef de l’Etat dresse un portrait plus que flatteur de François Mitterrand, son vieil adversaire socialiste qu’il qualifie d’« authentique homme d’Etat ». Un hommage franc et massif, comme son non à Sarkozy…

Le Temps présidentiel, éditions Nil.

 

Publié dans Politique

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