Son administration affronte l'exil fiscal, David Cameron l'encourage...

Publié le par DA Estérel 83

Marianne2

 

 

Dans une saillie provocatrice en marge du sommet du G20 à Los Labos, le Premier ministre britannique David Cameron a proposé de dérouler le tapis rouge aux entreprises désireuses d'éviter la taxation à 75%. Un discours opportuniste qui tranche avec celui du Ministère des Finances anglais qui mène actuellement une vaste campagne contre les stratégies d'évitement fiscal des artistes et des citoyens les plus fortunés.


David Cameron (G ARIAS/CHINE NOUVELLE/SIPA)
David Cameron (G ARIAS/CHINE NOUVELLE/SIPA)
« En courtisant les exilés fiscaux français, Cameron fait la démonstration de son mépris pour la démocratie ». L’éditorialiste du Guardian n’a pas fait pas dans le détail en évoquant la saillie du Premier ministre britannique David Cameron en allusion à un programme politique choisi par le peuple français il y a à peine plus d'un mois. 

S’adressant à des chefs d’entreprises en marge du G20, David Cameron n’a pu éviter la petite vacherie de fin de sommet. C’est au porte-feuille que le Premier ministre britannique a choisi de frapper a frappé la France sous la ceinture, au niveau de la fiscalité en déclarant qu'il allait « dérouler le tapis rouge » devant les entreprises hexagonales qui voudront se délocaliser après la mise en place de la tranche fiscale à 75% promise par François Hollande. Ces fortunes expatriées en Angleterre paieront « nos services publics et nos écoles », a-t-il ajouté faisant preuve d’une classe toute britannique et cautionnant au passage le principe de l’exil fiscal. 

La réponse est venue du Ministre du Travail Michel Sapin qui a mis en garde le premier Ministre British que son tapis rouge risquait « de prendre l'eau » dans la Manche. 

Pour les observateurs réguliers de la vie politique britannique, l'appel à l'évasion fiscale lancé par David Cameron aux entreprises françaises n'a rien de surprenant. David Cameron venait juste de rappeler que lui, au contraire, avait abaissé l'imposition des très hauts revenus en Grande-Bretagne et ne comptait pas s’arrêter en si bon chemin. 
La tranche d'imposition la plus élevée devrait ainsi passer sous peu de 50 à 45%.

LE GROUPE TAKE THAT AU COEUR D'UN SCANDALE D'ÉVITEMENT FISCAL

Mais contrairement aux espoirs du Premier ministre britannique, la Grande Bretagne n’est pas encore tout à fait le paradis de l’évitement fiscal. Et c'est sa propre administration qui en fait actuellement la démonstration. 
Au moment de la présentation du budget 2012, le Ministre des finances anglais, George Osborne déclarait encore  : « je considère l’évasion fiscale et l’évitement fiscal comme moralement répugnants. Nous avons augmenté les ressources et le nombre des personnels travaillant sur ​​l'évasion et l'évitement au HMRC (NDLR : département non ministériel chargé de la collecte des impôts) ». 

Et le mini-scandale qui touche ces derniers jours le groupe Take that, boy’s band des années 1990-2000 ne devrait rien arranger. Ainsi, selon une enquête du Times, le groupe aurait placé 26 millions de livres dans une opération financière qui relève de l’évitement fiscal. Si les affirmations du journal sont correctes, comme le pensent des experts du HMRC, le groupe devrait rembourser des millions de livres. 

Il n’en fallait pas plus pour lancer un débat sur l’évasion fiscale parmi les artistes. La chanteuse Lilly Allen a ainsi jugé sur twitter « scandaleux » le comportement de ces célébrités surpayées qui fuient l’impôt alors que l’argent devrait être utilisé pour financer les services publics.

CAMERON DANS LE CAMP DE L'OPTIMISATION FISCALE

Hormis leur caractère fort peu diplomatique, les propos tenus par David Cameron sont peu surprenants. Dès son arrivée au pouvoir le premier Ministre a souhaité « développer le rôle de la place de Londres comme paradis fiscal » comme l’explique sur son blog le rédacteur en chef adjoint d’Alternatives économiques, Christian Chavagneux. 

Editorialiste au Guardian Richard Murphy constate avec une certaine amertume que David Cameron ne fait qu’adopter la novlangue de la concurrence fiscale et des paradis fiscaux dont la Grande Bretagne avec Jersey, les îles Caïmans et les îles Vierges britanniques est une terre d’accueil. 

S’il est difficile de mesurer le véritable impact qu’aura la mise en place de cette nouvelle tranche d’imposition à 75% pour les revenus au dessus d’un million d’euros, la sortie de David Cameron doit aussi et d’abord s’entendre comme une annonce au peuple britannique. Objectif : renforcer Londres comme capitale européenne de la finance. Le magazine Times, en résume la philosophie : « Le système fiscal britannique est injuste. Il fait peser sur la grande majorité des gens le taux de base de l'impôt sur le revenu et les contraint à payer. En revanche, il demande à une minorité de payer des taux plus élevés d'impôt mais les incite à des stratégies d’évitement fiscal». 

Entre justice sociale et « optimisation fiscale », David Cameron a choisi son camp.

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