Si Tron doit démissionner, pourquoi Lagarde reste-t-elle à Bercy ?

Publié le par DA Estérel 83

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Deux ministres en accusation. L'un, Georges Tron, doit démissionner, l'autre, Christine Lagarde, pas. 
Si tous deux bénéficient de la présomption d'innocence, le traitement différentié des deux affaires interrpelle sur les critères d'appréciation au sein du gouvernement. Décryptage.



Si Tron doit démissionner, pourquoi Lagarde reste-t-elle à Bercy ?

Cinq jours ont suffi pour contraindre Gorges Tron à la démission. Mercredi 25 mai dernier, Le Parisien publie dans ses colonnes le témoignage d’une ancienne employée de la mairie de Draveil, dont le secrétaire d’Etat à la Fonction publique occupe le fauteuil de maire, accusant son ancien patron d’agression  sexuelle. Son témoignage, ainsi que celui, d’une autre de ses collègues, sont pris suffisamment au sérieux par le Procureur d’Evry pour que celui-ci ordonne une enquête préliminaire, ouverte le jour-même. Une plainte, un procureur qui la prend au sérieux, une personnalité politique de premier plan mise en cause, on retrouve les ingrédients de l'affaire DSK. 


Alors, Tron sera-t-il le DSK de la droite ? Si on ajoute à la procédure les faits soupçonnés, violences à caractères sexuel, l’affaire Georges Tron fait écho au scandale DSK. Mais si on en reste à la jurisprudence ministérielle, c'est à l'affaire Tapie/Lagarde que nous ramène la mésaventure gouvernementale de Georges Tron. Le ministre de l’économie a bien compris le risque et s’est employée à découpler les deux affaires sauf sur un point, la présomption d'innocence: « je ne sais pas les faits qui lui sont reprochés, je le connais comme collègue. Pour le reste, je m’en remets sur le principe de la présomption d’innocence. » 

Alors pourquoi un tel traitement différencié puisque les deux procédures, celle mettant en cause Christine Lagarde et celle pesant sur Georges Tron, sont à des stades identiques ? Christine Lagarde se voit reprocher « un abus de pouvoir » dans l’affaire qui oppose Bernard Tapie à l’Etat à travers le règlement du dossier Adidas. Le ministre de l’économie aurait, à plusieurs reprises, favorisé l’homme d’affaire en choisissant, malgré la prévention de ses services, la voie de la justice privée, le tribunal arbitral, plutôt que la justice de la République. Avec le résultat que l’on sait : l’enrichissement de Bernard Tapie de 230 millions tirés des deniers publics. Décision contre laquelle le ministre a choisi de ne pas faire appel… Autant de coups de pouce qui font peser sur elle des accusations que Jean-Louis Nadal, le Procureur près de la Cour de Justice de la République, comme « non fantaisistes. » 

Reste que à la différence de Georges Tron, aucune enquête n’est pour l’heure déclenchée. Il revient à la commission des requêtes qui se réunira une première fois le 10 juin  sur le dossier Lagarde, de dire si oui ou non il y a lieu d’en ouvrir une. De plus, les accusations qui pèsent sur Georges Tron relèvent du pénal, puisque ce n’est pas la qualité de ministre qui est visée mais celle de l’homme, alors que la locataire de Bercy est bien visée dans sa fonction de ministre. 

Voilà qui justifierait donc la non démission de Christine Lagarde. 

Mais là aussi les précédents invalident cette construction : Eric Woerth, ex ministre du budget puis du Travail, a du lui aussi démissionner alors que son dossier était à un stade moins avancé que celui de Christine Lagarde. Mis en cause lui aussi en qualité de ministre, il quitte le gouvernement le 14 novembre 2010, deux jours avant la saisine de la commission des requêtes  par Jean-Louis Nadal. Celle-ci transmettra à son tour le dossier à la Commission d’instruction, ouvrant du même coup une enquête. 

Sans préjuger de la réalité des accusations, qui assure à ces personnalités la présomption d’innocence, et en ne se plaçant que du strict point de vue de la jurisprudence ministréielle, le cas de Christine Lagarde ne se distingue guère de celui de ses deux ex-collègues du gouvernement. Quand Georges Tron et Eric Woerth  doivent démissionner, le ministre de l’économie conserve, elle, son portefeuille. Mieux, elle convoite le poste de patron du FMI ! Pourtant, du point de vue de la procédure, son dossier la place à égale distance des deux ex-ministres :  son dossier est moins avancé que celui de Tron, puisqu’il n’y a pas d’enquête ouverte à proprement parler, mais il est plus avancé que celui de Woerth, puisque que la commission des requêtes est saisie.

Et puisque Christine Lagarde se trouve au milieu de ces deux bornes, pourquoi ne dl'oblige-t-on pas à démissionner ? Ou pourquoi Geaorges Tron, comme Eric Woerth ont-ils été obligés de le faire ? Plus certainement, pourquoi faut-il absolument sauver le soldat Lagarde? Le Président l'a-t-il souhaité pour infléchir  la sévérité des magistrats de la Cour de justice de la Républiquequi seront coincés entre leur sens du droit et leur esprit patriotique ? Cela risque de s'avérer une manoeurvre piteuse puisque, en dehors même de la Cour de Justice de la République, deux autres procédures courent en parallèle : l'une au Conseil d'Etat, à l'instigation du député de la Marne (Nouveau Centre), Charles de Courson, la vise directement; l'autre, comme l'a révélé Médiapart, devant la Cour de discipline budgétaire, vise deux hauts fonctionnaires sous ses ordres. Que l'une de ces trois procédures aboutissent à transformer des accusations en condamnation, et la future directrice du FMI devra en toute vraisemblance, à l'instar de DSK, démissionner de son poste à Washington...  Mais Nicolas Sarkozy a déjà montré dans le passé que, sur ce plan, il avait le goût du risque. 

Publié dans Politique

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