Sarkozy a-t-il vraiment refusé d'en finir avec les 35 heures ?

Publié le par DA Estérel 83

Marianne

 

 

A «Marianne», on a beaucoup aimé le livre de Frantz Olivier Giesbert, «Derniers carnets. Scène de vie politique en 2012 et avant», truffé de confidences trucculentes, tant sous les septennats de François Mitterrand et Jacques Chirac, que sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Le patron du «Point» accuse l'ancien locataire de l'Elysée d'avoir raté l'occasion d'en finir avec les 35 heures, alors que la CGT, la CFDT et le Medef auraient consenti à brader cette réforme contre l'adoption d'une loi consacrant la représentativité. Nous avons fait réagir les centrales syndicales.


(Laurence Parisot, Bernard Thibault et François Chérèque - FACELLY/SIPA)
(Laurence Parisot, Bernard Thibault et François Chérèque - FACELLY/SIPA)
Sous l'intitulé «Comment Nicolas Sarkozy a gâché une occasion historique de supprimer les 35 heures», Frantz-Olivier Giesbert, avec le talent de romancier qu'on lui connaît, plante ainsi, au printemps 2008, page 165, le décor de l'une des «grandes fautes» de l'apôtre de la rupture. Alors qu'elle boucle la négociation avec les syndicats sur la réforme de la représentativité syndicale, Laurence Parisot, la patronne du Medef, demande à Bernard Thibault, secrétaire général de la CFDT, et François Chérèque, numéro un de la CFDT, d'accepter que la durée du temps de travail puisse être négociée entreprise par entreprise. «Pour qu'on en finisse avec la durée nationale des 35 heures. Bernard Thibault et François Chérèque signent dans le plus grand secret, écrit alors Giesbert pour tenir en haleine son lecteur. Même s'ils ne l'ont jamais dit publiquement, ils n'oublient pas que la réforme des 35 heures leur a été imposée sans concertation par Martine Aubry. Une renégociation du temps de travail, entreprise par entreprise, leur semble, au surplus, moins périlleuse maintenant que la réforme de la représentativité syndicale les a renforcés.»  

Et le patron du Point de poursuivre en questionnant le narcicisme et la couardise de l'ex-chef de l'Etat : «Quand Laurence Parisot appelle Nicolas Sarkozy pour lui annoncer la bonne nouvelle et lui dire qu'il ne reste plus qu'à assurer la transposition législative de l'accord, le Président lui répond : "on ne peut pas faire ça, voyons c'est même inutile puisque j'ai déjà supprimé les 35 heures !"»

QUE S'EST-IL VRAIMENT PASSÉ ?

Rewind. Le début de l'histoire est tout à fait juste. C'est bien à la demande de Laurence Parisot que la CGT, une initiative rarissime, et la CFDT adoptent avec le Medef une position commune. «Mais cet accord n'est nullement secret», peste-t-on à la CFDT en affirmant que François Chérèque ne se livre jamais à ce genre de marchandage occulte. De surcroît, il n'abolit pas les 35 heures comme durée nationale du travail. Tout au contraire, il consacre cette borne en permettant aux employeurs de signer, avec les réprésentants d'une majorité absolue de leurs salariés, des accords fixant dans chaque entreprise le contingent d'heures suplémentaires. «Ces accords devaient respecter les conventions collectives et le droit de travail, notamment en ce qui concerne les taux de majoration des heures suplémentaires et les droits des salariés au repos compensateur !», rappellait Michel Doneddu, secrétaire confédéral de la CGT chargé de la négociation sur la représentativité, dans un communiqué daté du 20 mai 2008.

Le plus croustillant est à venir. En troïka, Chérèque, Thibault et Parisot décident d'aller défendre leur projet de texte devant l'assemblée générale... des députés UMP. Aréopage devant lequel la patronne du Medef se fait copieusement siffler pour avoir consolidé la limite des 35 heures ! Au ministère du Travail, Xavier Bertrand – avec l'aval de l'Elysée – prend alors une initiative risquée qui pèsera lourdement sur la suite du quinquennat en ruinant la confiance des partenaires dans la parole du gouvernement Fillon : un, la droite promulgue une loi par laquelle il n'est plus question d'accords validés par la majorité absolue des syndicats représentatifs de l'entreprise ; deux, elle autorise les entreprises à définir les modalités de compensation des quotas d'heures supplémentaires qu'elles peuvent imposer plus facilement à leurs employés (augmentation, repos compensateur ou simple ajout à un compte épargne temps). Un coup de canif que dénoncera avec vigueur Bernard Thibault dans une formule menaçante : «Cela aura des conséquences sur la qualité des relations sociales.» Et une duperie qui incitera la CGT – avec l'abolition de la retraite à 60 ans sans prise en compte de la pénibilité des métiers promise dès 2003 par François Fillon–, à engager toutes ses forces contre la réélection à l'Elysée de Nicolas Sarkozy. Avec le succès que l'on sait...

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