Sarkozy à Bruxelles: Au théâtre ce soir

Publié le par DA Estérel 83

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Mercredi, Nicolas Sarkozy allait sauver le monde, l'euro, la France et l'Europe, pour la dizième fois sans doute en trois ans. Le sommet européen salvateur livra toutes ses promesses.

Grâce à l'abnégation du fameux couple Angela/Nicolas, nous devions à nouveau dormir tranquille. Et ce jeudi, notre Monarque avait déjà calé son intervention télévisée, produite, pour la première fois, par une société privée. Le show sera rodé et écoeurant.

Toute la journée, Nicolas Sarkozy avait autre chose à faire. Il se préparait tel un boxeur, si ravi que presse, radios et télévisions  alimentent la journée durant un insupportable compte-à-rebours politico-boursier. Notre Monarque tint son habituel Conseil des Ministres, puis, reçut les joueurs du XV de France, au Palais de l'Elysée.

Avant de partir, la chancelière Merkel avait tenté de motiver ses troupes, en leur promettant du sang et des larmes. Fantastique !  «Nous avons besoin que s'instaure une culture de la stabilité en Europe »a-t-elle expliqué au Bundestag. Elle a aussi promis de ne pas s'engager au-delà des 220 milliards d'euros de garanties allemandes au FESF, soit la moitié du fond voté en juillet. Mme Merkel avait besoin de rassurer sa majorité avant de filer à Bruxelles.

En France, rien de tout cela. Nous sommes en Monarchie républicaine. Sarkozy communique peu, théâtralise beaucoup, s'engage très peu. Arrivé avec un peu d'avance à Bruxelles, le candidat passa une heure avec Angela Merkel. Il fallait accorder les messages, c'est-à-dire, pour Sarkozy, prendre les consignes. Des conseillers élyséens expliquèrent ensuite que le président français était prêt à rencontrer des banquiers pour les convaincre de contribuer à l'effort de crise. Il obéissait. Angela Merkel était prête à forcer la main aux établissements bancaires.   

Quand le sommet démarra, sa première partie fut vite réglée. L'heure et demi de discussions cloitrées et conclues par l'inévitable communiqué de presse de l'Europe des 27 était une étape indispensable. Les 10 Etats européens non membres de l'euro, Royaume Uni en tête, en avaient assez de passer pour chose négligeable tout en étant régulièrement appelés à la rescousse le moment de crise venu.

Ensuite, mercredi dans la soirée, et des heures durant, nos chefs de gouvernement de l'eurozone se sont ensuite enfermés pour négocier la survie de leur système. Ils ont parlé, bataillé, négocié. On aurait dit une « auto-prise » d'otages.

On négocia d'abord l'ampleur de l'abandon de créances sur la Grèce, 210 milliards d'euros au compteur: vers minuit, ils en étaient à « un peu plus de 50% ». Quelques heures avant, la veille même, on évoquait déjà 60% voire 70% d'abandon de dette grecques. On apprit ensuite qu'il faudrait relever à 9% des placements le niveau des fonds propres exigés, ce qui coûtera environ 10 milliards d'euros aux banques françaises. Si le taux de fonds propres avait été relevé à 10%, l'effort aurait été de 23 milliards d'euros... Mais les banques ne voulaient pas abandonner quelque 100 milliards d'euros de créances sur la Grèce sans garantie. 

Pendant quelques heures, l'intervention de la Grande Chine pour financer l'augmentation des moyens du Fond Européen de Stabilité Financière avait alimenté toute les conversations de faux et vrais experts. La Chine avait demandé que l'on reconnaisse son statut d'économie de marché (sic !), voire qu'on réévalue les droits de vote des pays émergents au sein du FMI.

Vers minuit, le FESF était renforcé de 1.000 milliards d'euros. Rien que cela. En juillet dernier, le FESF avait été doté de 440 milliards d'euros de garanties ou prêts, dont une centaine était déjà. Autre mesure, la BCE, dirigée dès mardi par Mario Draghi, un ancien de la sulfureuse Goldman Sachs, a confirmé s'engager à racheter de la dette souveraine des Etats européennes. Les députés allemands avaient pourtant refusé de donner leur accord à Mme Merkel sur ce point en début d'après midi.

Vers minuit trente, les négociations avec les banquiers semblaient échouer. Les Etats voulaient faire contraindre les banques à « effacer volontairement » près de 50 % de la dette grecque versus les 21 % prévus en juillet dernier. Mais les banques européennes ne voulaient pas participer à un effort aussi important. Ces dernières annonçaient dans un communiqué qu'il n'y avait aucun d'accord sur la décote grecque. Cela faisait pourtant depuis mardi déjà que les tractations étaient rudes.

Vers 5 heures du matin, Nicolas Sarkozy, blafard, arrivait enfin devant les journalistes. Il leur demanda de « ne pas être trop long » car «l'heure du premier biberon » , rapportait Nathalie Schuck, journaliste au Parisien. Le plan était là: 1.000 à 1.400 milliards d'euros de garanties, 50% de de la dette grecque annulée, une recapitalisation de 106 milliards des banques européennes, et même un engagement d'adopter « d'ici fin 2012 une règle d'or, de préférence au niveau constitutionnel ». Sacré Sarkozy, même à Bruxelles, il est toujours candidat.

« Nous avons adopté les éléments d'une réponse globale, d'une réponse  ambitieuse, d'une réponse crédible à la crise que traverse la zone euroJe crois que le résultat sera accueilli avec soulagement par le monde entier qui attendait des réponses fortes de la zone euro

Triste suspense. 

Mercredi après-midi, on apprenait du Monde que le gouvernement envisageait d'augmenter la TVA pour redresser ses propres finances. On attendait de Sarkozy qu'il accepte de revoir à la baisse ses perspectives de croissance pour 2012, et donc son budget de l'an prochain. Christian Jacob, président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, expliquait maladroitement:  « Aujourd'hui, pour nous, le sujet n'est pas d'actualité. Les prévisions de croissance sont liées aux résultats du sommet européen. » Finalement, le budget de la France aussi dépendait, ce mercredi, du sommet européen.

En fin de journée, Valéry Giscard d'Estaing confiait son scepticisme sur l'ampleur de la crise européenne. VGE aime livrer quelques coups de poignards dans le dos de la communication sarkozyenne. Ecoutez l'ancien meilleur soutien centriste du Monarque: « Nous avons une monnaie unique. Aujourd'hui qu'est-ce-qu'elle fait ? Elle monte. Elle n'est pas en crise. Donc, dans toute cette affaire, je suis frappé par le fait qu'elle est traitée dans l'agitation et avec un niveau de compétence relativement faible », Et sur les politiques, il lâche:  "ils disent toujours que l'heure est grave parce que si cela va mal, ils l'auront annoncé et si cela tourne bien ils auront le mérite d'avoir résolu les problèmes »

Notre Monarque si occupé n'avait pas une seconde pour commenter les mauvais chiffres du chômage. La récession s'annonce en France, ce-pays-qui-a-si-bien-résisté-à-la-crise ne parvient pas à réduire son chômage. Sur 12 mois glissants, le nombre de chômeurs a progressé de 4%. La catégorie A des inscrits à Pôle Emploi, c'est-à-dire les sans-emploi en recherche d'emploi, a augmenté de 26.000 personnes sur le seul mois de septembre !

Pour la première fois depuis longtemps, Nicolas Sarkozy a réussi quelque chose. C'est un évènement. Depuis bientôt un an, notre Monarque souhaitait intéresser les Français à l'actualité internationale. Le clou du spectacle devait être le prochain G20 à Cannes les 3 et 4 novembre prochain. Las, Nicolas Sarkozy constata que cette actualité lui échappa, du printemps arabe aux soubresauts boursiers contre les dettes souveraines. Depuis quelques jours, il espérait au moins, que la conclusion des négociations de sauvetage de la Grèce et l'Italie, repoussée de dimanche à mercredi, allait au moins attirer l'attention médiatique et populaire.

Il a au moins réussi ce coup-là.

Publié dans SARKOZY

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viviane 27/10/2011 11:16


sauf qu'à l'acte final on va vraiment s'étriper sur la scène !