Royal et Chevènement, des retrouvailles en bleu blanc rouge

Publié le par DA Estérel 83

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Dès l'entrée, le décor est planté. Un fan de Ségolène Royal arbore un drapeau tricolore autour du cou, une autre porte un bonnet phrygien et, derrière les intervenants, un panneau bleu blanc rouge. Rien de bien surprenant de la part de la candidate déclarée à la primaire socialiste. En 2007 déjà, elle plaidait pour la réhabilitation des symboles nationaux et a récemment appelé à revendiquer le drapeau tricolore.

Mercredi soir, à Paris, Ségolène Royal, qui tente de reprendre du terrain dans la course à la primaire socialiste, recevait son «ami» Jean-Pierre Chevènement pour débattre de «la France et la République», lors d'une des «universités populaires participatives» que son association Désirs d'avenir organise régulièrement. Une occasion en or pour réaffirmer son attachement au «patriotisme», si cher au président d'honneur du Mouvement républicain et citoyen (MRC). «Le patriotisme bien compris est, pour moi, tout le contraire du nationalisme des replis sur soi», expliquait la candidate malheureuse de 2007 dans l'invitation au débat, évoquant sa volonté de «redresser la France».

Un discours auquel ne peut qu'adhérer Jean-Pierre Chevènement, soutien de Royal il y a quatre ans. Il s'était fortement réjoui à l'époque de la proposition de la socialiste de demander à chaque famille d'installer un drapeau français à sa fenêtre le 14 juillet. «Entre Ségolène et moi, le courant passe (...) Je partage avec elle la conviction qu'il ne faut pas laisser le patriotisme à la droite qui l'instrumentalise à ses fins mais qui s'est si souvent montrée infidèle à la patrie», a rappelé d'entrée mercredi l'ancien ministre de l'intérieur de Lionel Jospin. 

 

Lui est de retour sur le devant de la scène médiatique avec un nouveau livre, intitulé La France est-elle finie?, dans lequel il reprend ses thèmes favoris sur la Nation et la République. Il fait aussi une critique au vitriol de la politique de la gauche depuis le début des années 1980, dénonçant son «tournant néolibéral» incarné dans la construction européenne, de l'Acte unique au traité constitutionnel européen. 

Chevènement laisse même planer le doute d'une nouvelle candidature à l'élection présidentielle de 2012, promettant une décision à l'automne. «Si je suis candidat à la présidentielle, ce sera pour faire bouger les lignes», a-t-il récemment expliqué. En attendant, il «fait la promotion du livre» et veut «qu'on s'intéresse aux problèmes de fond». «Je tiens essentiellement à faire passer des idées. Pour le reste, chaque chose en son temps», a redit mercredi le sénateur du Territoire de Belfort.

Sur le terrain des idées, Chevènement n'a – du moins pour l'instant – pas trouvé son candidat socialiste idéal. Et ce, même s'il a récemment déclaré:«Si j'étais socialiste, je soutiendrais (Arnaud Montebourg, chantre de la démondialisation) à l'occasion des primaires», ajoutant que «les quatre autres candidats les plus en vue ne diffèrent pas sur les orientations générales concernant l'euro et l'Europe».

 

«Les spéculateurs vautours»

Avec Royal, le «courant passe» donc aussi sur fond de drapeau tricolore, et au nom d'une certaine critique du néolibéralisme européen. Mercredi soir, les partisans de la candidate proposaient trois livres à vendre à l'entrée de la salle des fêtes de la mairie du IVe arrondissement: celui de Chevènement, le livre d'entretiens avec Royal Femme debout, et leManifeste des économistes atterrés, dénonçant les politiques de la Commission européenne.

La présidente de Poitou-Charentes s'est d'ailleurs lancée dans une diatribe contre une Europe «étranglée par les privilèges qu'elle a elle-même nourris», évoquant les «spéculateurs vautours que nos pays ont nourris et engraissés», contre les banques qui, sauvées par les Etats, s'attaquent aujourd'hui à leurs dettes souveraines, ou au mode de calcul de la performance économique d'un pays, qui laisse de côté la qualité de l'éducation ou des services publics. «L'Europe a théorisé son propre effacement», a expliqué Royal, évoquant au passage, dans un vaste tableau général, le chômage, la précarité ou le partage de la valeur ajoutée au détriment du travail. 

«Tout cela n'est pas fatal, moi je crois au potentiel de la France. (...) Il faudra de la conviction, de l'imagination... Je veux être celle qui va réconcilier l'histoire de France avec le rêve d'une Europe au service des peuples», a aussi lancé la candidate. Alors que le thème de la«démondialisation» monte à gauche – percée de l'extrême droite et crise de la zone euro obligent –, Royal ne veut pas laisser à Montebourg le monopole de la critique du néolibéralisme et de la politique européenne (notre enquête sur le PS et la démondialisation à lire ici et un entretien avec Montebourg à lire ici). 

Dans un entretien à L'Express, elle s'est d'ailleurs dite «assez d'accord avec le principe de “démondialisation” porté par Arnaud Montebourg», défendant également une «politique protectionniste, avec des règles communes au niveau européen, ce que font très bien les Etats-Unis». Mais sans donner plus de détails, qui iraient au-delà de la proposition incluse dans le projet socialiste sur une taxe européenne sur les importations.

Mercredi, Royal n'en a pas dit davantage. Chevènement pourtant lui avait ouvert un boulevard, la félicitant pour avoir demandé dès 2006 une réorientation de l'action de la Banque centrale européenne (BCE) en faveur de la croissance. Mais devant une salle comble – comme souvent pour les manifestations de Désirs d'avenir –, la socialiste est restée sur le terrain des principes.

Elle n'a pas dit un mot de la BCE – le «gnome de Francfort» si cher à Chevènement qui s'est dit favorable à un rachat des créances des pays en difficulté par la banque centrale –, sur la sortie de l'euro – le président du MRC a évoqué la piste d'un retour aux monnaies nationales à l'intérieur de la zone euro, la monnaie unique restant pour les échanges avec le reste du monde –, ou sur la politique allemande – que Chevènement vilipende à longueur d'interviews.

Mais lui a seulement relevé – à plusieurs reprises – le désaccord avec sa candidate de 2007 sur le nucléaire. Ségolène Royal a salué la décision de la chancelière Angela Merkel de sortir du nucléaire, affirmant que son«choix, c'est que l'on peut sortir du nucléaire en 40 ans», et a vanté mercredi les avantages de l'énergie solaire par exemple, qualifiée par la socialiste «d'énergie de la paix». De quoi faire frémir Jean-Pierre Chevènement, chantre de l'atome. «J'attends de voir pour croire», a-t-il expliqué. Comme pour 2012 finalement. 

 

Publié dans S.ROYAL

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