Royal accuse Aubry d'avoir le même conseiller que… Sarkozy

Publié le par DA Estérel 83

Alain Minc, l'homme qui murmure à l'oreille de Sarkozy, murmurerait-il aussi à celle de Martine Aubry? Et si oui, lui dit-il la même chose? C'est ce que semble insinuer Ségolène Royal dans le livre d'un journaliste de Marianne, publié cette semaine.


(photos : Guillaume Paumier – Flickr – cc / Wikimedia commons – cc)

Elle disait souhaiter se consacrer à sa réélection en Poitou-Charentes, se tenir éloignée du Parti socialiste et du microcosme parisien royaume des petites phrases. Peine perdue : Ségolène Royal en a toujours sous la semelle. Dans Madame Royal (1), une biographie de Daniel Bernard, journaliste à Marianne, réactualisée début février, l’ancienne candidate à la présidentielle fait un come back tonitruant. Dans sa ligne de mire, son ancienne adversaire au congrès de Reims : « Vous saviez que Martine Aubry est membre du Siècle [un club qui organise un dîner mensuel où se retrouvent le gratin des affaires, de la politique et des médias] ? J’ai même lu qu’elle siégeait au Conseil d’administration ! Elle consulte aussi le même conseiller que Nicolas Sarkozy, Alain Minc ! »

 

Ségolène n’en est pas à son coup d’essai. Dans le très polémique livre d’Antonin André et Karim Rissouli, Hold-up, arnaques et trahisons (2), elle avait déjà servi le même propos. Le Siècle en moins. La virulence en plus : « Elle a tout eu sur un plateau d’argent. Elle veut faire populeuse, ouvrière, mais en réalité elle est de l’establishment, elle est la copine d’Alain Minc. »  

 

L’homme qui murmure à l’oreille de Nicolas Sarkozy, son plus médiatique conseiller, Alain Minc, connaît en effet la Première secrétaire du Parti socialiste. Et pour cause : ils ont partagé les bancs de l’Ecole nationale d'administration. L’intéressé lui-même aime à le rappeler aux médias. Comme fin 2008, par exemple, sur l’antenne de RMC, alors qu’on lui demandait de désigner son favori dans la course à Solférino. En l’occurrence, il s’agissait d’une favorite : « Je suis de parti pris car, malgré de grandes divergences intellectuelles et idéologiques, Martine Aubry est une grande amie de plus de quarante ans et je trouve que c'est une personnalité formidable par son authenticité. Elle ferait un assez bon adversaire pour Nicolas Sarkozy ».


«Elle le consulte… Mais elle consulte beaucoup de monde»
Alain Minc à la une du Figaro du 23 mars 2009

« Ami de plus de quarante ans » ? « Copain » ? « Conseiller » ? Ou peut-être tout à la fois. Comment savoir ? Car si Alain Minc ne fait pas mystère de cette relation débutée vraisemblablement au sein de la promotion Léon Blum de l'Ena, Martine Aubry, elle, ne dit rien sur le sujet : « D’habitude, on l’interroge sur son père, le Parti socialiste, mais jamais sur Alain Minc. C’est bien la première fois qu’on me pose cette question ! », s’étonne un de ses collaborateurs. Si la Dame de Lille se fait taiseuse sur le cas Minc, ce serait donc parce que les journalistes manquent de curiosité. Et non parce que cela pourrait être gênant d’afficher une proximité, quelle qu’elle soit, avec celui qui conseille Nicolas Sarkozy. 

 

Il n’empêche, ce même collaborateur dit simplement voir en Alain Minc un « vieux copain d’école », explique en prenant d’infinies précautions que « peut-être que ça doit leur arriver de s’appeler quand il y a besoin » et que, s’ils se voient, c’est au mieux « une fois tous les six mois » et le plus souvent à l’occasion de rencontres fortuites. Bref, Minc serait un interlocuteur comme un autre. Ni plus, ni moins : « Elle voit beaucoup de gens », prend-il même soin de préciser. La thèse du « Alain-Minc-interlocuteur-lambda », c’est aussi celle qu’avance un des responsables socialistes les plus proches de Martine Aubry : « Elle le consulte… Mais elle consulte beaucoup de monde », lâche l’intéressé apparemment gêné par le sujet. 

 

Reste son appartenance au très select et très controversé club du Siècle présidé par Denis Kessler. Martine Aubry fait aujourd’hui savoir qu’elle « ne va plus au Siècle depuis plus de dix ans et qu’elle n’est pas membre du Conseil d’administration ». Une explication qu’elle avait déjà fournie avant le sanglant congrès de Reims sur le plateau de BFM : « Le Siècle a été créé par Bérard-Quélin, un journaliste, pour faire que dans un pays comme la France des hommes politiques, des syndicalistes, des milieux associatifs, des chefs d’entreprise se rencontrent et discutent. J’en fais partie. Je n’y suis pas allée depuis dix ans. Mais moi je pense que l’on n’est pas en guerre civile même quand on n’est pas d’accord avec ceux qui sont en face de soi. (…) Je ne l’ai jamais vu comme [une compromission]. Je n’y vais plus parce que je ne trouve pas le temps, mais j’ai toujours trouvé dans ces rencontres avec des gens différents, avec lesquels je n’étais pas toujours en accord, j’ai toujours appris des choses. Et je pense que si l’on a envie de gérer une société, de nous comprendre les uns les autres on a aussi intérêt à se rencontrer et à discuter. Je n’ai jamais vu dans Le Siècle des compromissions, des gens qui faisaient des affaires. Non, on parlait de l’actualité. On se heurtait souvent quand on n’était pas d’accord, mais on apprenait aussi à comprendre ce qui était la logique de l’autre et ça aussi c’est important dans une société comme la nôtre. »


Avec cette nouvelle sortie de Ségolène Royal, il doit être difficile pour Martine Aubry de continuer à penser « que l’on n’est pas en guerre civile même quand on n’est pas d’accord… »


(1) Madame Royal. Daniel Bernard. Editions Jacob-Duvernet.
(2) Hold-up, arnaques et trahisons. Antonin André et Karim Rissouli. Editions du Moment.



Vendredi 26 Février 2010
Gérald Andrieu - Marianne
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Publié dans PS

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