Roland-Garros: belle perf' des exilés fiscaux !

Publié le par DA Estérel 83

Resultats d'exploit

 

 

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Cocorico! Ils assurent nos Français cette année à Roland-Garros. Trois d'entre eux en deuxième semaine (qui, par ailleurs, débute un dimanche puisque la quinzaine, qui porte enfin bien son nom, démarre désormais le dimanche), c'est une belle perf'. Saluée comme il se doit par les commentateurs, notamment par ceux de la très cocardière chaîne publique, qui sont à fond derrière nos "héros" qui, tous, ne manquent pas une occasion de rappeler comme ce tournoi est important pour eux, comme il est bon de «jouer à la maison»«dans leur tournoi», devant «leur public». France 2 n'hésite pas à leur décerner un label de terroir, à la manière de Jean-Pierre Pernaut, en donnant du «Biterrois» (Gasquet) ou du «Manceau»(Tsonga, à gauche en photo). Ne sont-ce pas les mêmes qui portent haut et fort les couleurs bleu-blanc-rouge en Coupe Davis, transformant une nation moyenne du tennis en grande nation dans cette compétition, six fois finaliste et trois fois gagnante dans les 20 dernières années. Ah c'est beau des sportifs qui exaltent les valeurs de leur pays et font la fierté de celui-ci. Seulement, je ne sais pas si vous avez fait attention mais la retransmission des matchs commence avec un bandeau qui décline palmarès, âge, poids, taille et résidence des joueurs. Et là, plus de «Béziers» ou de «Le Mans». Mieux vaut réviser sa géographie suisse pour localiser nos «bleus». Parce que représenter la France et «communier» avec le public du «Philippe Chatrier», oui. Mais payer ses impôts en France, faut pas délirer non plus !

RTR2N1QN_CompLa France compte neuf de ses ressortissantsdans le Top 100 du classement ATP, une sacrée densité au haut niveau. Le site ATP nous fournit obligeamment les lieux de résidence de nos champions. Il faut atteindre le 5ème français, Michaël Llodra, 24ème mondial, pour voir un lieu de résidence hexagonal. Monfils, Gasquet (à droite en photo), Tsonga et Simon habitent en Suisse. On ne soulignera jamais assez combien le bon air des pâturages helvètes est bon pour la santé. Je serais avocat fiscaliste, je passerais un coup de fil à Llodra: il vient d'atteindre le meilleur classement en simple de sa carrière, il y a sûrement du business à faire avec lui. Bon, j'ai en tête depuis pas mal de temps un papier sur les liens entre citoyenneté et paiement de l'impôt: être citoyen nécessite-t-il de payer de l'impôt en son pays (même les expats ?) ? Le paiement de l'impôt rend-il citoyen (cas des immigrés travaillant sur notre sol)? Quid de "l'exit tax" en projet? je n'abandonne pas l'idée mais je range ces hautes considérations au placard pour le moment et me permets une digression tennistique, justifiée par le visionnage intensif de Roland-Garros (à l'heure où j'écris ces lignes, Gasquet est en train de souffir face à Djokovic - Il a finalement perdu, NdA) et l'approche du seul pont digne de ce nom de l'année 2011.

Eclaircissons un point tout de suite: j'aime le tennis. Suis-je alors de la horde des grincheux qui trouve que les footeux de l'équipe de France ne s'époumonnent pas assez sur la Marseillaise? Non, j'ai bien d'autre choses à reprocher au futbal mais pas ça. Soyons sérieux, on ne va pas demander aux sportifs de faire le salut au drapeau ou de déclamer du Guy Môquet avant les matchs. Juste de "respecter le maillot", de se défoncer et de descendre du bus, ce qui n'a déjà rien d'évident. Non c'est juste que le débat sur la juste répartition de l'impôt est bien présent, tout comme les considérations sur l'évasion fiscale. Et, pendant quinze jours, le public (et une chaîne publique) sont à fond derrière des évadés fiscaux notoires, sans même que cela soit évoqué ... étonnant.

183 jours à l'étranger pour échapper à l'imposition en France

Il faut dire que c'est facile pour les joueurs de tennis. Pour échapper à l'imposition en France, il faut passer au moins 183 jours à l'étranger. Comme les joueurs passent leur temps à sillonner le monde, ce n'est pas trop dur. Il passent 8-10 jours à Paris lors de Roland-Garros (oui pour la quinzaine, il faut remonter à 1983), quelques jours pour le Masters de Paris-Bercy, une petite semaine pour un tournoi couleur locale type Metz. Ça laisse un peu de marge pour les visites à la famille sans que le contrôleur du fisc ne s'en mêle. Les footballeurs n'ont pas cette chance: il suffit que l'agent des impôts se poste au bord du centre d'entraînement du club français dans lequel ils jouent pour les gauler s'il leur prenait l'idée de déclarer une résidence hors de France. Le tennis, c'est vraiment le meilleur plan pour déjouer le fisc ...

Certains d'entre vous me diront: oui mais ils ont une carrière courte, ils doivent épargner pour la suite, au cas où ils ne feraient pas consultant pour une chaîne TV, entraîneur ou cadre de la fédé. Relativisons sur ce sujet: Gasquet a par exemple gagné 5,3 M$ depuis ses débuts pros en 2002. Et un peu plus de 500.000$ depuis le début de l'année. C'est bien sûr de la petite bière par rapport à Novak Djokovic qui a gagné plus d'argent depuis le mois de janvier que Gasquet en 10 ans! Quant à Federer, il a déjà amassé 62 M$ dans ca carrière. Mais restons sur Gasquet: l'argent qu'il a gagné en moins de 10 ans représente plus de 2 siècles de SMIC. Pas si mal ... Et encore, on ne parle ici que de prize money, il faut aussi y ajouter les revenus de sponsoring ou de pub. Pour être juste, il faut décompter les frais comme par exemple ce que les joueurs versent à leur staff: entraîneur, physio, sophrologue, ... De ce côté-là, l'Etat français pourra de façon avantageuse prendre exemple sur Tsonga qui a décidé de se passer d'entraîneur et donc de réduire ses frais fixes. Certes, on ne peut pas dire que cela lui ait particulièrement réussi jusque-là et a peut-être plus à voir avec le fait que le "Manceau" ait un poilounet le melon ..

Est-ce que tout ceci est une spécificité française? Mettons le cas de Federer à part, il a la chance d'être né dans un paradis fiscal. Par contre, Novak Djokovic, le joueur en pleine bourre du moment, qui n'hésite pas à mettre en avant sa terre natale serbe à la première occasion —quitte à fleurter avec le nationalisme, notamment sur le Kosovo— habite à Monte-Carlo. Le Rocher habite d'ailleurs un Masters Series (les tournois les plus cotés après les 4 Grands Chelems). Le tournoi a failli être déclassé par l'ATP qui souhaite de plus en plus localiser les grands rendez-vous dans les marchés les plus prometteurs (notamment en Chine). Mais les joueurs se sont mobilisés pour ce "si beau tournoi" (c'est vrai que le contraste terre ocre-Mer Mediterranée est assez joli avec en contrepoint le vert sombre des bâches siglées Rolex). Nole ne pousse donc pas le nationalisme jusqu'à payer ses impôts en Serbie. Il est voisin de Robin Söderling, Suédois de passeport mais monégasque de résidence.

 

Pourquoi ne pas déménager Roland Garros en Suisse ?

Mais celui qui mérite l'appellation "produit du terroir", c'est Rafa Nadal. Né à Manacor, surnommé "le taureau de Manacor", il réside à Manacor et pousse même le vice jusqu'à s'afficher au bras d'une amie d'enfance de Manacor là où ses compétiteurs se pavanent avec des top-models ou des joueuses des pays de l'Est. Bon, ceci s'explique peut-être bien par une fiscalité avantageuse pour les sportifs en Espagne (d'ailleurs, Ferrer ou Almagro résident aussi en Espagne).

Il m'est impossible de ne pas glisser un mot de la retransmission TV, qui est le nerf (monétaire) de la guerre. On pourrait se dire que France 2, étant une chaîne publique, va jouer la qualité et le sport "pur". En fait, nada(l). France 2 ne se donne la peine de diffuser du tennis que pour Roland-Garros (et la Coupe Davis) et joue clairement la carte du "Sportainement". Le cocktail de F2, c'est sport (un peu), people (pas mal), émotion (beaucoup), français (à fond). Une recette que ne renierait pas TF1. On n'hésite pas à supporter outrageusement les français, quitte à sombrer dans la mauvaise foi et la beaufitude. On passe sous silences les petits travers de nos "frenchys" (Llodra disant à l'arbitre marocain que l'on n'est «pas au souk, qu'on ne ne vend pas des tapis«. Classe). En zappant entre France 2 et Eurosport (l'autre chaîne qui diffuse Roland-Garros), la différence est patente: entre un mauvais match avec un français et une grosse affiche sans, le choix va toujours au premier sur France 2. Les gros plans gourmands sur les peoples sont abondamment commentés sur France 2 («Ah Patrick Bruel, toujours au rendez-vous»,«le président de la Fédé que l'on salue bien», ...) alors qu'ils sont ignorés sur Eurosport. France 2 aime aussi interviewer les parents des joueurs, aller dans les vestiaires, chasser la larme d'émotion, le petit drame humain. Alors que sur Eurosport, c'est plus «la tête de raquette qui remonte très vite» ou «un très beau service kické extérieur».

On a beaucoup parlé des différents projets d'extension de Roland-Garros. Problèmes de place, des serres d'Auteuil, ... En fait, le plus simple serait peut-être de déménager Roland-Garros en Suisse. Là, les joueurs joueraient vraiment "à domicile". Ils pourraient aller au stade à pied et aller encaisser leur chèque de prize money en 5' chrono.

Publié dans Economie

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