... Réponse d'un Montebourien au «cardinal Minc»

Publié le par DA Estérel 83

02-Marianne

 

 

Alain Minc malmène Arnaud Montebourg sur le site non-fiction.fr. François-Xavier Petit, historien et animateur de l'équipe du candidat à la primaire socialiste, répond à cette attaque qu'il juge « méprisante ».

 

Le cardinal Minc monte en chair pour délivrer son sermon selon une recette éprouvée : une pointe de franc-parler, des remorques d’idées reçues. Tout y passe : « un monde alternatif… foutaise, foutaise », la vie des gens, sans doute des préoccupations de populistes. Et dans l’économie, rien ne compte si ce n’est la « macroéconomie ». Notons que ce mot doit être répété plusieurs fois. Il donne de la gravité, du sérieux à l’idée reçue qu’il accompagne, et une petite impression de « maître du monde ». Quant à la droite et à la gauche, un même mot d’ordre : modération et prudence. L’ordre établi ne saurait être bouleversé. De toute manière, la politique, c’est de la publicité. Et l’on se pique et l’on s’amuse. On affiche son cynisme, ça donne de la contenance quand on n’a pas vraiment de contenu. Alors le cardinal Minc, en grand marionnettiste, compose sa scène : François Hollande devient Premier ministre de Nicolas Sarkozy « ce serait gai ». Et l’on s’amuse encore. Les citoyens ? Mais qui sont-ils pour parler de politique ? « Je suis scandalisé lorsque je vois sur les sites de journaux […] la réaction de "Duchemol" ». Qui es-tu pour essayer de penser, infime citoyen ? Les autorités médiatiques l’ont fait avant toi ! Vis ta vie moutonnière, pendant qu’ils tirent les ficelles et murmurent à l’oreille des puissants. Bref, un morceau de bravoure dans la série « la pensée unique, c’est in. Et de toute manière, je suis plus intelligent que vous. Je vous méprise et je ne m’en cache plus, ça aussi, c’est tendance ! ».

 Sur le fond, c’est une tempête conformiste dans un verre d’eau. Bouvard et Pécuchet en version internet, et un seul horizon : « il n’y a pas d’autre cadre que l’économie mondialisée ». La leçon économique dominante déversée depuis des années avec la même assurance, malgré la succession des effondrements : finance, modèle de développement, Etat social, mondialisation. Il joue du violon sur le pont du Titanic pendant que les 3ème classes ont la tête sous l’eau.

Quant à ceux qui pourraient essayer de penser différemment, on sort l’artillerie lourde : la démondialisation est une « débilité » du « pauvre Montebourg » rangé parmi les « connards antieuropéens, de Montebourg à Marine Le Pen ». Acceptons de ne pas être d’accord, mais telle insulte est inadmissible. Elle est en tous les cas le signe qu’il se passe quelque chose, que le programme de démondialisation rencontre une population qui n’en peut plus de subir la même doxa économique depuis trente ans. Trente ans de néolibéralisme pour quoi ? Le démantèlement de l’industrie, la contraction du pouvoir d’achat, la mise en concurrence de tous les travailleurs, de tous les systèmes de protection sociale. Et pour quel gain ? Que ce soit le licencié d’une usine textile du nord de la France suite à une délocalisation, le travailleur allemand qui se voit imposé un travail à un euro de l’heure, l’ouvrier chinois solidement tenu par le PC allié aux multinationales, le paysan brésilien qui n’a toujours pas de terre car les grands groupes se les approprient pour des cultures spéculatives… personne ne bénéficie plus de la mondialisation économique. Personne, sauf les grands groupes et leurs cénacles de consultants. C’est la connivence des aristocraties de l’argent et de la pensée unique qui n’est pas prête à laisser filer les privilèges et qui, pour cela, montrent les dents et insultent. Ils n’ont même pas l’élégance du débat d’idées. Car pourquoi débattre, puisqu’ils sont les seuls à « être sérieux ». Nous voilà au cœur de la dictature des fats et des grossiers.

Pourtant, sous le couvercle qu’ils nous imposent, les idées s’agitent, les envies de faire autrement aboutissent à des solutions concrètes désormais sur la table. La cocotte minute siffle. Les puissants ne pourront pas indéfiniment s’asseoir sur le couvercle.

 En fait, le monde a changé et ils n’ont pas compris. Pour eux, la mondialisation est toujours l’horizon, la dérégulation financière le levier et la croissance, le salaire. Ces gens sont définitivement bloqués au XXe siècle, comme dans une prison. Ils n’en sortiront pas. Nous, nous voulons faire autrement, produire localement, nous déplacer autrement, construire des villes différentes, fonder des relations nouvelles avec le monde entier, sur la base de la circulation des idées et des hommes et non des seuls marchandises et capitaux, consommer autrement, gérer autrement les ressources et reconstruire les tissus locaux qu’ils ont méthodiquement déconstruits. Ce monde n’est pas le leur. Ils ne le comprendront jamais.


François-Xavier Petit est historien et animateur de l'équipe d'Arnaud Montebourg.

Publié dans Politique

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