Remplacement des enseignants : le rapport qui accuse

Publié le par DA Estérel 83

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En juin 2011, l'Inspection générale dressait ce bilan alarmant des heures de cours perdues faute de remplaçants. Du grain à moudre pour Peillon.

Un rapport dresse un constat alarmant sur les difficultés de remplacement des enseignants.

Un rapport dresse un constat alarmant sur les difficultés de remplacement des enseignants. © Pierre Le Masson / Photo PQR/La Voix du Nord

 

Parmi les 17 rapports d'inspection enterrés depuis 2009 que vient de publier le nouveau ministre de l'Éducation Vincent Peillonle plus explosif concerne peut-être le remplacement des enseignants. Car les élèves sans professeur restent pour l'opinion la face la plus sensible du mauvais fonctionnement de l'Éducation nationale.

Rien d'étonnant dans le fait que la précédente administration a maintenu ce rapport au secret : sous l'avalanche de sigles et le jargon inimitable des inspecteurs de l'Inspection générale de l'administration de l'Éducation nationale et de la recherche (IGAENR) se cache un constat au lance-flamme. Il démontre à quel point, malgré les discours, les actions successives de Xavier Darcos et de son successeur Luc Chatel n'ont en rien amélioré la gestion du remplacement. Voire l'ont aggravée. On se souvient pourtant que Darcos avait promis la fin des aberrations grâce à la création d'une "agence du remplacement" : de cette agence, il n'est pas question une seule fois dans les quelque 91 pages de ce rapport.

Aberrations

Quelques chiffres : dans le premier degré, la Direction centrale de l'enseignement scolaire (DGESCO) comptabilisait en 2009-2010 "5 570 000 journées d'absence sur l'année 2009-2010", en hausse de 1,34 %. Dans le second degré, les absences s'élèvent à 12 millions d'heures, dont 2,6 non remplacées. Mais l'essentiel est ailleurs. C'est la première des aberrations révélées par l'Inspection : le système de mesure du phénomène est biaisé et semble avoir été conçu pour le minimiser. Ainsi, il ne comptabilise pas les absences pour cause de formation continue ou celles résultant des autorisations exceptionnelles d'absence (liées à un décès, un déménagement ou un rendez-vous médical...). Pas plus que celles, non négligeables, dues à l'organisation des examens.

Le collège sacrifié

Si les chiffres mentent, c'est parce que la réalité décrite par le rapport est préoccupante. Dans le premier degré, l'administration a pris la fâcheuse habitude de nommer des remplaçants des enseignants fragilisés. De fait, ils sont plus souvent absents que ceux qu'ils sont censés suppléer. Un phénomène là encore sous-évalué par le ministère : "La DGESCO estime qu'minima cela concerne 500 personnes. Une projection réalisée à partir des réponses des responsables des inspections académiques visitées conduit (les inspecteurs, NDLR) à un chiffre supérieur, de l'ordre de 1 500 à 2 000 personnes." Autre réalité : les remplaçants sont amenés à être utilisés pour pallier des absences devenues réglementaires, autrement dit structurelles : ainsi les décharges horaires des directeurs d'école ont-elles été accordées sans accroître les moyens de remplacement. Autant de ressources qui ne sont plus mobilisables pour remédier aux absences traditionnellement importantes dans le premier degré, en raison de la forte féminisation du corps des professeurs des écoles et à son exposition aux épidémies hivernales.

Dans le second degré a eu lieu un phénomène comparable. Alors que Xavier Darcos promettait d'améliorer l'efficacité du remplacement, mandatant un cabinet privé pour mener une étude (non publiée, soulignent malicieusement les inspecteurs), il faisait dans le même temps une réforme du lycée qui allait inciter les recteurs à doter généreusement les lycées au détriment des moyens de remplacement. "Le système est arrivé aujourd'hui à un point de rupture, écrivent les inspecteurs. La continuité du service public d'éducation n'est plus toujours et partout assurée."

Première victime : le collège, parent pauvre du système éducatif, qui a le plus faible taux de remplacement du secondaire (en ce qui concerne les absences courtes, de moins de 15 jours, ce taux atteint 18,5 % au lycée général et technologique et seulement 15,7 % au collège). Là encore, une aberration : à cette "étape décisive de la scolarité (...), l'autonomie de jeunes élèves est inévitablement moindre que celle des lycéens : leur besoin d'enseignants est d'autant plus fort", souligne le rapport. 

Pôle emploi

En ligne de mire de l'IGAENR, sans jamais les nommer, la révision générale des politiques publiques et l'incitation faite aux recteurs de réduire les viviers de remplaçants. Entre juin 2009 et juin 2010, les remplaçants du second degré ont vu leurs effectifs fondre de 18 %. Pour y faire face, les rectorats ont été invités à recourir à des vacataires recrutés à Pôle emploi, ce qui a maintenu un bon taux de remplacement des absences longues "sans préjuger de la qualité pédagogique de l'opération", ne peuvent s'empêcher d'ajouter les auteurs du rapport. 

Mais le système est désormais à l'os et le pire est à venir : "Les viviers apparaissent comme épuisés." Il tient à l'image dégradée du métier, "de plus en plus difficile à exercer (...), plus difficilement accessible car soumis à des régulations budgétaires (...), peu rémunérateur au regard des études désormais nécessaires pour (...) un métier somme toute peu valorisant". Pour enfoncer le clou, les inspecteurs, que l'on devine amers, y vont de leur anecdote : "Dans une grande ville de l'Ouest, la responsable de Pôle emploi incite les demandeurs d'emploi à ne pas faire figurer sur leur curriculum vitae leurs éventuelles activités comme contractuel ou vacataire d'enseignement, car cela ne valorise pas leur parcours !"

Courage

Nul doute que les rédacteurs de ce rapport se réjouissent de voir leur brûlot aujourd'hui exhumé. Mais il faut espérer que Vincent Peillon n'ait pas seulement le courage de publier ce constat sévère de l'héritage de ses prédécesseurs, mais aussi celui de réfléchir aux préconisations qui ponctuent cet état des lieux. 

Les inspecteurs recommandent ainsi que soit mis en oeuvre et renforcé le décret mis en place parGilles de Robien en 2005. Il appelait les équipes enseignantes de chaque établissement à organiser elles-mêmes les conditions d'un remplacement au pied levé. Ce décret est resté très largement lettre morte faute d'être défendu par les successeurs de Robien. Les inspecteurs vont plus loin en appelant à une annualisation du temps de service des enseignants et évoquent la mise en place d'une astreinte des enseignants, compatible avec les obligations de service de tout fonctionnaire. Ils se tiendraient pour quelques heures hebdomadaires disponibles pour remplacer un collègue, à charge de revanche... Une proposition novatrice et iconoclaste. M. Peillon, chiche !

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