Quand la démocratie devient le joujou d'un milliardaire nommé Dassault

Publié le par DA Estérel 83

Marianne2

 

 

 

Le documentaire «La cause et l'usage», au cinéma le 5 septembre, revient sur la campagne municipale de Corbeil-Essonnes, en 2009. Celle-ci intervenait suite à l'invalidation de l'élection initialement organisée en 2008. L'avionneur, patron de presse et sénateur milliardaire, Serge Dassault, avait été condamné à un an d'inéligibilité par le Conseil d'Etat. Les images inédites tournées par les réalisateurs Dorine Brun et Julien Meunier viennent compléter la radiographie du «système Dassault».


(CHESNOT/SIPA)
(CHESNOT/SIPA)
Jean-François Copé espère «une vague bleue» aux prochaines élections municipales, en 2014. «C’est le rendez-vous», jure-t-il depuis quelques jours. Un rendez-vous qui doit aussi titiller Serge Dassault. L'héritier de Dassault aviation, quatrième fortune de France, selon le classement de Forbes, patron du groupe Figaro, et sénateur UMP a une mairie à défendre, sa citadelle : Corbeil-Essonnes. 
 
Distribution d’enveloppes, clientélisme, corruption, achat de voix, procédure abusive… soupçons ou magouilles avérées, Serge Dassault a toujours été au petit soin pour conserver la municipalité conquise en 1995 et longtemps restée entre les mains des communistes. La campagne municipale de 2009, l'élection de 2008 ayant été invalidée, fut un révélateur de cet attachement mêlé d'un instinct guerrier tel que le milliardaire brisa à plusieurs reprises toutes barrières éthiques, morales, voire légales. 

Frappé d’inéligibilité sur décision du Conseil d’Etat _ qui faisait savoir que «plusieurs habitants de Corbeil-Essonnes ont attesté avoir eu directement ou indirectement connaissance de dons d’argent effectués par M. Dassault en faveur d’habitants de la commune, y compris dans la période précédant les opérations électorales», le capitaine d'industrie, âgé de 84 ans à l'époque, crie au «complot politique». Mais le «vieux» – surnom donné par des jeunes de la ville à Dassault – veille au grain, menant campagne au côté de son suppléant, Jean-Pierre Bechter, actuel maire de la ville. Ce dernier fut alors affublé du doux sobriquet de «pantin de Dassault» par l'opposition.
 
C’est cette drôle de campagne que raconte avec minutie et sobriété le documentaire «La cause et l’usage», réalisé par Dorine Brun et Julien Meunier, dont la sortie en salle est prévue le 5 septembre *. «Lorsque le Conseil d’Etat annule l’élection de 2008, nous avons pensé que c’était l’occasion pour saisir cette atmosphère très étrange qui régnait sur la ville, explique Dorine Brun qui, comme son partenaire, est originaire de Corbeil. Nous étions loin de nous imaginer que Dassault allait se montrer publiquement et en toute impunité pendant la campagne.» 
 
Trois mois durant ils ont arpenté les rues, filmé la plupart des candidats, recueilli les témoignages des habitants puis monté un film ou la voix off n'a pas sa place. «Nous voulions montrer comment s’agence le débat public et politique dans une élection locale par le prisme de l’espace public et uniquement l’espace public car c’est là que la parole est la plus libre, ajoute la documentariste. Pour cela, nous tenions à ce qu'il n'y ait pas de commentaire qui vienne petrurber le récit.» Le résultat est édifiant. Le «système Dassault.» face caméra.


On se souvient alors que le monsieur est élu à la haute assemblée depuis 2004. On le revoit en juillet dernier défendant un amendement sur le budget rectificatif de 2012, motivé par la volonté de «supprimer les contrats uniques d’insertion du secteur non-marchand»  pour les jeunes. «Qui paie ? Nous tous ! Avec quoi ? Des emprunts qui ne seront jamais remboursés. Pour quoi faire ? Rien (…) Ces gamins ne savent rien faire, ne font rien, ils ennuient tout le monde (…) Qui s'occupe d'eux ? Les missions locales et pas Pôle emploi,» lance-t-il devant une assemblée qui s'ébroue.

Qu'entend Serge Dassault lorsqu’il parle mission locale ? A voir cette scène inédite tournée lors d’une réunion publique dans un hôtel de la ville, le malaise surgit :


«C’était impressionnant, se remémore Dorine Brun. Nous étions le seul média présent à ce meeting. Quand j’ai vu Dassault s’arranger avec le plus âgé du groupe, j’ai cru halluciner mais personne ne faisait attention à nous. Tout était parfaitement normal». Tourner une scène comme celle-ci fut rendu possible par l’attitude à la fois silencieuse et distante des deux auteurs. L’attaque frontale et les questions gênantes n’étaient pas prévues au scénario. «Nous n’aurions pas pu travailler sans éveiller les soupçons... »  

Une journaliste de l’émission de France Inter, Là-bas si j’y suis en sait quelque chose. Venue couvrir une réunion publique du même acabit, celle-ci s’est faite agresser par les hommes de Dassault pour avoir voulu poser des questions gênantes, micro ouvert. 
 
Après cette plongée de 62 minutes dans la campagne du duo Dassault/Bechter, on ne peut que souhaiter au patron du Figaro d’y réfléchir à deux fois avant de lâcher un édito sous forme de «vœux» pour 2012 dans les colonnes de son  journal : «Nous vous donnons toutes les informations possibles, en évitant les commentaires qui relèvent de la pure démagogie, totalement irresponsables, promettant n’importe quoi pour recueillir des suffrages». A méditer.

* MK2 Beaubourg, 50 rue Rambuteau 75003, Paris. 
* Cinéma Espace Saint Michel, 7 Place Saint-Michel 75005, Paris.

Publié dans UMP

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