Quand la Cour de cassation oublie Christiane Taubira

Publié le par DA Estérel 83

01-Mediapart

 

 

Friands d’événements publics prestigieux, les hauts magistrats de la Cour de cassation semblent, pour une fois, avoir organisé l’un de leurs colloques en catimini. Une conférence intitulée « La Cour de cassation et l’abolition de l’esclavage » s’est ainsi tenue lundi 14 mai, huit jours après l'élection présidentielle, sous les lambris et les ors de la grand-chambre de la Cour de cassation, dans des conditions de discrétion assez inhabituelles.

La grand'chambreLa grand'chambre

Prévu de longue date, ce colloque se proposait d'explorer l'évolution du droit en France pendant deux siècles, jusqu'à l'abolition de l'esclavage en 1848, notamment aux Antilles, à l'île Maurice et à la Réunion.

Ouverte par Vincent Lamanda, le premier président de la Cour de cassation, et par Jean-Claude Marin, le procureur général, cette conférence savante a vu se succéder toute la journée des avocats, magistrats et universitaires de haut rang.

Pour finir, prenant la parole devant l’auditoire, composé d’une quarantaine de personnes triées sur le volet, c’est Jacques Toubon, ancien ministre (RPR) de la justice et actuel président du conseil d’orientation de la Cité nationale de l’histoire et de l’immigration, qui a prononcé le discours de clôture dudit colloque.

Mm Marin, Mercier et Lamanda en 2011Mm Marin, Mercier et Lamanda en 2011

« Je n’ai pas bien compris ce que Jacques Toubon venait faire là, quel est le rapport entre l’immigration et l’esclavage ? » se demande de façon ingénue un des participants au colloque, contacté par Mediapart. Avant d'évoquer une sensibilité politique commune à cet invité-là et aux invitants, deux hauts magistrats marqués à droite.

Ce qui est certain, c’est qu’une personnalité plus qualifiée comme Christiane Taubira, auteure de la loi du 21 mai 2001 « sur la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité », ne participait pas à ce colloque. Un simple oubli ?

Christiane TaubiraChristiane Taubira

Ce que Vincent Lamanda et Jean-Claude Marin n’avaient certainement pas prévu en lançant leurs invitations, c’est qu’après la victoire de François Hollande le 6 mai, la députée de Guyane, Christiane Taubira, serait nommée ministre de la justice, le mercredi 16.

En tout cas, curieusement, toute trace de ce colloque (on peut lire le programme complet adressé aux invités ici) est impossible à trouver sur le site de la Cour de cassation, à la différence des autres manifestations passées ou à venir. Fait tout aussi révélateur, consigne a été donnée ces derniers jours aux magistrats de ne pas ébruiter ce qui pourrait ressembler à un accroc fâcheux au pluralisme, voire à la courtoisie. Comme si l'on risquait de fâcher, après coup, la ministre de tutelle...

Une invitation avait-elle seulement été envoyée à Christiane Taubira ? Sollicitée mardi 29 mai par Mediapart, la première présidence renvoie vers le parquet général de la Cour de cassation, qui était l'organisateur du colloque. Après vérification, le même parquet général assumait ce loupé, en fin de journée.

« Ce type de colloque s'organise pendant 12 à 18 mois, et est complètement déconnecté de l'agenda politique », justifie un magistrat de la Cour de cassation.  « Madame Taubira n'a pas été invitée, c'est vrai. La seule personnalité politique présente était Jacques Toubon, en qualité de président de la Cité nationale de l'histoire et de l'immigration. Le public était composé de magistrats, d'universitaires et de membres du monde associatif. »La faute au calendrier...

Publié dans Justice

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