PSA - Ayrault: collision frontale

Publié le par DA Estérel 83

CL11112010

 

 

Si gouverner c'est prévoir, on peut craindre que la stratégie industrielle automobile française soit passée au travers. Elle n'a jamais trouvé les pilotes dont elle aurait eu besoin. L'automobile est restée l'affaire des stratégies d'entreprise.

 

Huit mille personnes, l'équivalent de la population d'une petite ville, savent depuis hier qu'elles auront perdu leur emploi d'ici à deux ans. Elles ont le droit à la colère et à l'écoeurement. Leur drame suscite la compassion. Un site symbolique de l'industrie automobile nationale, Aulnay, qui fut l'avenir de Citroën avant d'intégrer le groupe PSA, va fermer.

Toute la classe politique et syndicale s'en émeut, voire s'en indigne. À juste titre. Mais après? Voici pile vingt ans, la fermeture d'un autre site plus emblématique encore de l'industrie automobile, l'île Seguin à Boulogne-Billancourt, fief historique de Renault, avait tiré le rideau. Dans le même climat d'émotion et d'angoisse pour la filière. Idem cinq ans plus tard pour l'usine Renault de Vilvorde, en Belgique. L'histoire se répète.

Si gouverner c'est prévoir, on peut craindre que la stratégie industrielle automobile française soit passée au travers. Elle n'a jamais trouvé les pilotes dont elle aurait eu besoin. Contrairement à l'aviation et au ferroviaire. Airbus et le TGV sont nés de la volonté politique. L'automobile est restée l'affaire des stratégies d'entreprise. Celle de Renault tient encore la route. Celle de PSA a manqué beaucoup de virages. 

Le groupe n'a pas su s'imposer hors l'Europe où il paie cash la crise ambiante, il s'est attaqué, en vain, au créneau haut de gamme tenu par les Allemands. Et les gouvernements précédents ont fait du suivisme. Il y eut, sous l'ère Sarkozy, la fameuse prime à la casse puis un prêt de 6,5 milliards à Peugeot et Renault. Ces bouffées d'oxygène ont prolongé le malade, mais la filière semble engagée dans le même couloir mortifère qu'hier le textile et la sidérurgie.

Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif, a déclaré qu'il n'acceptait par le plan de PSA et qu'il annoncerait des mesures d'aides à la filière le 25 juillet. L'urgence le commande. Mais on attend bien davantage. Dans son discours de politique générale le 3 juillet dernier, Jean-Marc Ayrault disait que si la France est «un vieux pays d'un vieux continent, elle est aussi un pays moderne à la créativité intacte». 

C'est le moment où jamais de le prouver. Car ce n'est pas seulement un violent choc social qui est jeté à la figure du pouvoir socialiste par un groupe du CAC 40 qui avait épargné Sarkozy, c'est aussi une occasion de remettre à plat tout une politique de transport et de moyens de transport, de brusquer le lobby pétrolier et d'amener les Français à admettre que le temps des chromes rutilants se dissipe. Plus encore que la compétitivité, c'est une voie nouvelle, électrique peut-être, qui peut sauver l'automobile française. Elle ne survivra pas si elle ne prend pas un temps d'avance.

Publié dans Gouvernement

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