PSA, Air France et Sanofi, les fossoyeurs du capitalisme

Publié le par DA Estérel 83

AlternativesEconomiques

 

 

Je vous invite par ce post à une plongée dans le néant intellectuel management des grandes entreprises

8000 emplois supprimés chez PSA. Plusieurs milliers chez Sanofi. 5000 “départs volontaires” pour le Transform 2015 de Air France. Ne cherchez pas plus loin… Voilà aujourd’hui l’alpha et l’oméga de la gestion manageriale des grandes entreprises françaises. De la réduction d’ETP (comprendre équivalent temps plein) issue directement des quelques 200 “slides” (comprendre présentation power point) de cabinets de conseil rémunérés au minimum 2 millions d’euros pour conclure après 2 mois d’auditions qu’il faut réduire de 10pc la taille des effectifs. Pourquoi ? vers quel stratégie ? vers quel marché ? vers quelle évolution de productivité (la vraie, j’y reviendrai) ? avec quel retour sur investissement ? mais diable en voilà des questions. Elles sont inutiles puisque ce sont des comptables et non plus des entrepreneurs qui ont pris le contrôle de ces grands groupes ; que la dynamique d’un bilan leur est étrangère ; encore plus la vision intertemporelle ; et que leur seul objectif est de rester le plus longtemps possible dans les petits papiers du conseil de surveillance.

Pourquoi, quel que soit le secteur, l’entreprise ou le management, la conclusion stratégique des “Transform 2015″ est-elle toujours et encore le moins disant, la coupe brutale de 5% ou de 10% des effectifs ? parce que les attentes de résultat de ces grands groupes sont peu à peu passés de 10 ans à… 1 an. Faisant fi du temps nécessaire au mécanisme de retombées de l’investissement – c’est-à-dire la « vraie » productivité, celle qui résulte de la combinaison du travail et du capital – l’actionnaire réclame des résultats à 12 mois. Impossible que la “top line” ou le ROE soit inférieur à l’année d’avant. Impossible d’attendre 7 ans qu’un résultat net se redresse après une stratégie d’alliance ou de développement d’un nouveau marché. Non, du chiffre, maintenant, myope, statique.

Quand je lis un document de stratégie de management des grandes groupes (on parle donc de Projet “Transform” ou “Excellence” et de “Blue Paper” attachés pour le schéma de restructuration) je ne peux m’empêcher de penser à l’Etranger de Camus. Une suite de mots qui s’enchainent sans jamais vouloir agripper la réalité. Une hypocrisie qui aurait pour seul mérite de servir un objectif de survie… si seulement elle n’était pas dictée par le néant intellectuel des conseils exécutifs de ces grands groupes.

Car qu’y a t-t-il de plus paresseux intellectuellement, de plus creux stratégiquement, que d’avoir - pour tout projet de développement - la réduction des coûts ? prenons l’exemple d’Air France. Dans une entreprise de services, de services à la personne,  soumise à des conditions de sécurité extrême et une différenciation de prix pour un même produit (trajet d’avion) qui n’est possible que par le degré de qualité de services fournis, on peut légitimement s’interroger sur la valeur ajoutée d’une réduction des personnels. Sachant que dans le même temps, le DG affirme sans sourciller qu’il s’agit de positionner l’offre d’Air France sur le “haut de gamme”. Soit M. de Juniac est persuadé que le service fourni par ses personnels est tellement néfaste qu’en limitant leur présence auprès de ses clients il augmente le bien-être de ses clients ; soit il manque de sincérité dans ses propos.

D’ailleurs, dans une étude de janvier 2011, il apparaît que trois Français sur quatre estiment que le discours des entreprises n’est pas «sincère». Les discours stéréotypés mettant en avant la « vision 360° » ou le « développement durable » et donc la fameuse « productivité », qui n’en est pas, sont tournés en dérision quand ils n’exaspèrent tout simplement pas. Même les entreprises publiques, jusqu’à récemment encore populaires dans le cœur des Français, n’échappent plus à la déception. Car sous la pression des exemples vedettes anglo-saxons ou germaniques, selon ce qui colle le mieux au discours du moment, elles sont sommées par la plupart des responsables politiques et par l’opinion publique, et par le système financier de s’aligner sur la grande vague d’harmonisation.

Comment stopper cette course à la facilité, à la paresse, au moins disant ? par une fiscalité qui interdit cette obsession du résultat à 1 an ; par une fiscalité qui différencie la redistribution du bénéfice sous forme de dividendes plutôt que sous forme de fonds propres. Par un discours politique qui revendique un rôle dans le fonctionnement du vrai capitalisme.

La gauche n’a pas à condamner le capitalisme ; elle a pour rôle de rappeler aux dirigeants d’Air France, de PSA ou de Sanofi, que ce sont eux qui sont en train de le démolir. Que ce sont eux qui en sont les fossoyeurs ; et qu’elle ne les laissera pas faire.

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