Propre sur lui, le nageur Yannick Agnel est le champion qu'il fallait aux médias

Publié le par DA Estérel 83

Marianne2

 

 

 

C’est l'une des vedettes de l’été. Plus encore que ses performances sportives et marines, c’est la personnalité de Yannick Agnel qui séduit la presse nationale. Le sympathique nageur – cultivé et poli – a damé le pion à ces grossiers footballeurs, désormais honnis par les éditorialistes.


(Yannick Agnel, à Londres, après sa victoire sur le 200 mètre nage libre - Mark J. Terrill/AP/SIPA)
(Yannick Agnel, à Londres, après sa victoire sur le 200 m
Il lit Nabokov, fredonne Barbara avant de prendre le départ d’un 200 mètres nage libre et il est double médaillé olympique. La presse nationale s’est entichée du nageur Yannick Agnel qui, même s’il n’a pas remporté le 100 mètres, épreuve reine de sa discipline, est devenu le héros des pages sportives duMonde, de Libération ou du Figaro. A 20 ans, le nîmois des bassins a déjà fait la une de tous les journaux. Quelques mois après l’échec moral – et sportif – de l’équipe de France de football à l’Euro, la natation française est devenue la bouteille d’oxygène – un comble – des analystes soucieux de faire le récit de champions, grands et sympathiques, cultivés et polis. 
  
Yannick Agnel est celui qu’il fallait au sport français. Bien élevé, il l’est assurément. Lorsqu’il descend de son podium, après avoir remporté sa finale du 200 mètres, il s’excuse auprès de Nelson Monfort d’avoir « encore quelques trémolos dans la voix après avoir chanté la Marseillaise »Lorsqu'il échoue – d’un bras – au pied du podium olympique sur 100 mètres, il rend hommage à ses concurrents valeureux et prend son insuccès avec légèreté, sans gravité, « qui est le bonheur des imbéciles » comme le rappelle parfois Agnel et tel que l’écrivait Montesquieu. Les références littéraires de ce dandy en maillot de bain et au visage d’enfant ont souvent étonné sur les plateaux de Stade 2, dans les colonnes deL’Equipe
  
Un forçat de l’eau chlorée qui remplit sa bibliothèque de Baudelaire, Freud, ou Garcia Marquez, voilà qui remue l’éditorialiste. Toujours avec la même légèreté, le nageur de deux mètres dit avoir projeté de lire Nicolas Gogol. En russe, dans le texte. Il se lancera lorsqu’il maîtrisera parfaitement la langue de Tolstoï. Tout cela, en plus de ses chrono’ mirifiques, la presse française a adoré et elle a aimé faire adorer Agnel. « Qu'on arrête plus » (Libération). Et Le Monde de citer Fabrice Pellerin, son entraîneur niçois : « Il est passionné par tout ce qui relève du génie, en mathématique ou en littérature par exemple ; alors quand il s'engouffre dans une voie, c'est pour retrouver un statut similaire. Il nage pour gagner et rien d'autre. Le jour où il comprendra qu'il ne peut pas gagner, il basculera sur autre chose. »

« PREMIER DE LA CLASSE »

Yannick Agnel – «  premier de la classe » (Le Figaro) – n'est pas que littéraire. C'est un champion. Dur au mal. Comme l'exigent les canons de son art. Endurant, il passe de longues heures dans son bassin d’entraînement de Nice. La presse apprécie. Le Figaro cède aussi à la citation d'un Pellerin, bavard : Agnel est « assez éthéré. Il est évolue sur des strates spirituelles. Il est du genre désincarné, étourdi » et il travaille, sans cesse. Comme l’on procède toujours avec les enfants prodiges, Le Parisien a voulu recueillir l’émouvante émotion du papa. « Ce matin, ça nous a fait tout drôle de nous lever en nous disant que Yannick était champion olympique. » 
  
Un champion épatant, une famille « normale ». Tout cela a plu au président Hollande qui, en promenade à Londres et en direct sur France 2,  a lui aussi célébré le doublement médaillé d’or. Au lendemain du succès du relais 4 x 100 français – durant lequel Agnel a, à lui seul, tracté les tricolores – le président a salué ces champions, « fiers de gagner pour la France ».  Et de poursuivre, accusateur : « cela n’a pas était toujours le cas dans d’autres sports, il y a peu ». Suivez son regard. 
  
Car ici sont aussi les raisons du phénomène journalistique qu’est devenu le nageur. Il y a quelques semaines, trois joueurs de l’équipe de France de football étaient sanctionnés par leur fédération. Pendant le dernier championnat d’Europe, ils avaient insulté journalistes, arbitres et entraineurs. Le contraste entre les footballeurs, dont l’ensemble de la presse brocarde la non exemplarité depuis des années, et l’élève consciencieux et réfléchi qu’est Agnel a mis les journalistes en émoi. Depuis quelques temps, les stars du ballon rond empêchent la presse française d’admirer. Yannick Agnel leur a semble-t-il rendu ce plaisir.

Publié dans Société

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