Procès Clearstream : « Le Bal des menteurs », par omission

Publié le par DA Estérel 83

Rue89-copie-1

 

 

Retracer le procès Clearstream en marge des audiences de 2009, interroger presque tous ses acteurs et en faire un film qui sort deux mois avant le procès en appel : brillante idée qu'a eue le journaliste, réalisateur et producteur Daniel Leconte. Dommage que son long-métrage comprenne quelques erreurs et omissions plutôt dérangeantes.

« Le Bal des menteurs » n'est pas seulement un film bien titré, grâce à une citation d'Imad Lahoud qui résume bien les jeux de dupes ayant abouti à la seconde affaire Clearstream, celle qui a vu d'éminents représentants de la droite chiraquienne s'emballer sur de faux listings pour affronter la droite sarkozyste.

C'est aussi un film bien mené, qui parvient à tenir le spectateur en haleine pendant près de deux heures alors que l'affaire est excessivement complexe.

Une intrigue incroyable mais vraie

Il faut dire qu'un ancien Premier ministre prévenu dans un procès où l'actuel président de la République est partie civile est une intrigue incroyable, mais vraie. Sans parler des autres prévenus (Jean-Louis Gergorin, Imad Lahoud), du mystérieux témoinPhilippe Rondot et des ténors du barreau multipliant les effets de manche.

La plupart des acteurs du procès (sauf Villepin, Rondot et Robert) ont accepté de répondre à des questions après les audiences, mais avant le jugement. (Voir la bande-annonce)

Malheureusement, la complexité de cette affaire a conduit Daniel Leconte à faire quelques erreurs. De détail, parfois. Ainsi, affirmer que le journaliste Denis Robert a reçu de l'auditeur Florian Bourges « des listings vierges » est tout simplement une réécriture de l'histoire.

Ces listings n'étaient pas vierges, ils contenaient des milliers de lignes de comptes ayant transité par la chambre de compensation luxembourgeoise Clearstream. Ce n'est qu'après, probablement par la main d'Imad Lahoud (condamné à trois ans de prison dont dix-huit mois avec sursis et 40 000 euros d'amende), qu'ils ont été falsifiés.

Villepin coupable, mais innocenté

Plus dérangeant est le traitement réservé à Dominique de Villepin (relaxé) dans le film de Daniel Leconte. En gros, il est coupable, mais la justice ne peut pas le prouver.

Daniel Leconte s'en explique dans le dossier de presse de son film. A une question du critique Antoine de Baecque, il fait une réponse étonnante :

« On voit une enquête se développer, qui implique un quasi-coupable, Villepin, puis vous soulignez comment le même homme se sort du piège et se transforme en vainqueur…

– Disons que le film accuse ce retournement, un peu plus peut-être que le procès lui-même. Pourquoi ? Et bien d'abord parce que ce sont les acteurs eux-mêmes qui en ont décidé ainsi. Peut-être aussi parce que le film est plus propice que l'audience pour faire émerger cette impression. […] »

 

Puisqu'il le reconnaît… Mais comment ne pas penser à la phrase du procureur de la République, Jean-Claude Marin, lorsqu'il annonce son intention de faire appel du jugement ?

« Le tribunal a innocenté Dominique de Villepin, la justice ne l'a pas encore fait. »

 

Après le jugement : Marin seul vaincu, Sarkozy magnanime

A propos du procureur Marin, on manque sauter au plafond quand Leconte le présente comme le seul à subir une défaite avec la relaxe de Villepin. Sarkozy, lui, semble magnanime quand son avocat annonce qu'il ne fera pas appel.

C'est oublier un peu vite le lien de sujétion qui existe, en France, entre le parquet et l'exécutif – même si, bien sûr, rien ne prouve que le président de la République ait demandé au procureur d'interjeter appel. Quand le jugement a été rendu, en janvier 2010, la plupart des observateurs ont considéré qu'il s'agissait d'un revers pour Sarkozy.

Une dernière erreur, et pas des moindres : pourquoi le conseiller juridique du film, Me Richard Malka, n'est-il pas crédité au générique ? Est-ce parce qu'il est aussi l'avocat de Clearstream, et qu'il apparaît es qualité dans le film ?

 

Augustin Scalbert

Publié dans Affaires

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article