Pressentis, ils n'entrent finalement pas au gouvernement

Publié le par DA Estérel 83

LeMondePolitique

 

 

A l'instar de Martine Aubry, un certain de nombre de poids lourds du Parti socialiste ayant activement participé à la campagne de François Hollande n'ont pas trouvé place au sein du tout nouveau gouvernement de Jean-Marc Ayrault. Ont-ils été victimes de la parité, ou de l'ouverture ? Il semble que ce soit plutôt la règle du non-cumul des mandats imposée par le chef de l'Etat qui ait eu raison de leur portefeuille, un certain nombre de grands élus préférant, comme la maire de Lille, garder un mandat local de poids.

 

Michel Destot, maire de Grenoble.

 

  

Il avait d'abord soutenu Dominique Strauss-Kahn, puis s'était rabattu sur Martine Aubry. Ce choix l'aurait-il éconduit du gouvernement ? M. Destot restera pour le moment à son poste de maire de Grenoble, qu'il occupe depuis 1995 et de député de l'Isère, où il est élu depuis 1988. En revanche, celle qui fut sa directrice de cabinet à Grenoble, Geneviève Fioraso, a été nommée ministre de l'enseignement supérieur.

Cet ingénieur des arts et métiers âgé de 65 ans, docteur en physique nucléaire, ancien patron de start-up, qui préside également l'Association des maires de grandes villes de France depuis 2007 et qui a souvent été présenté comme"ministrable", devra encore attendre son tour.

  • André Vallini, sénateur de l'Isère

 

André Vallini, sénateur de l'Isère.

 

Cet autre rhônalpin de 55 ans n'aura pas non plus de portefeuille. Sénateur de l'Isère et vieux compagnon de M. Hollande, il était pourtant le prétendant le plus souvent cité au ministère de la justice - il était le "monsieur justice" de l'équipe Hollande pendant la campagne. Socialiste atypique, il avait notamment été propulsé sur le devant de la scène par la commission d'enquête parlementaire sur l'affaire d'Outreau dont il était le président en 2006 et qui l'avait amené à réclamer une "remise à plat de tout le système judiciaire".

Devenu maire de Tullins (Isère) à 29 ans, puis conseiller général à 35 ans et député à 40 ans, il avait pris la présidence du conseil général de l'Isère en 2001, à la faveur du basculement à gauche du département. En mars, il avait mis fin à une affaire embarrassante, parvenant au conseil des prud'hommes de Grenoble àtrouver un accord avec son ex-attachée parlementaire qui l'accusait de"licenciement abusif, harcèlement moral et discrimination à l'âge".

  • Gérard Collomb, sénateur et maire de Lyon

 

Gérard Collomb, sénateur et maire de Lyon.

 

Troisième rhônalpin probablement déçu : Gérard Collomb, maire de Lyon depuis 2001 et sénateur depuis 1999. Celui-ci, à l'origine strauss-kahnien, avait apporté son soutien à François Hollande pour la primaire du Parti socialiste dès le 29 juin 2011, soit au lendemain de l'annonce de la candidature de Martine Aubry. Agé de 64 ans, Gérard Collomb participa notamment à la création de la Fondation Jean-Jaurès, dont il devient secrétaire général dès sa création en 1992 et fut également membre du Conseil économique.

Auprès du journal local Lyon Mag, il a toutefois salué la nomination de son adjointe, Najat Vallaud-Belkacem aux postes de ministre des droits des femmes et de porte-parole du gouvernement. Sans commenter la non-présence de Martine Aubry au gouvernement, il a toutefois semblé faire un parallèle avec sa situation :"Elle a dit que finalement elle préférait sa ville. C'est un point de vue que je comprends."

  • François Rebsamen, sénateur et maire de Dijon

 

François Rebsamen, sénateur-maire PS de Dijon et chef de file du groupe socialiste au Sénat.

 

Encore un maire de grande ville qui n'entre pas au gouvernement. François Rebsamen, responsable du pôle sécurité durant la campagne était pourtant un candidat sérieux au ministère de l'intérieur. Mais ce proche de François Hollande, numéro 2 du PS de 1997 à 2008, s'est vu ravir la place par Manuel Valls, de dix ans son cadet.

Sénateur de Côte-d'Or, maire de Dijon et président du groupe PS au Sénat, M. Rebsamen s'est toutefois expliqué, mercredi 16 mai. "J'avais pris ma décision depuis plusieurs jours. A partir du moment où je ne pouvais pas être membre de l'exécutif de la Ville de Dijon, où je ne pouvais être ni adjoint du maire de Dijon, ni vice-président du Grand Dijon et laisser la mairie à Alain Millot, à partir du moment, donc, où François Hollande avait pris sa décision, moi, j'avais pris la mienne. La mienne, c'était de choisir la présidence d'un groupe au Sénat et la ville de Dijon"a-t-il dit au journal Le Bien public.

 

Roland Ries, maire de Strasbourg.

 

Il était chargé, avec Michel Destot et Marylise Lebranchu, de coordonner le conseil des élus dans l'organigramme de campagne de François Hollande. Pourtant, à l'instar de M. Destot et à la différence de Mme Lebranchu, le sénateur et maire de Strasbourg, Roland Ries, 67 ans, n'a pas accédé au gouvernement. Il avait apporté son soutien à François Hollande pour la primaire socialiste, au mois de juillet 2011, une fois toutes les candidatures déclarées (à l'exception de celle du président du Parti radical de gauche, Jean-Michel Baylet).

Comme M. Rebsamen, il a expliqué vouloir garder son mandat local aux Dernières Nouvelles d'Alsace. "J'ai expliqué les raisons qui m'ont poussé à ne pas donnersuite à cette proposition. J'avais fait le choix de rester à Strasbourg où je considère qu'il y a encore beaucoup de travail à faire, et je m'en suis tenu à ce choix"a-t-il dit.

  • Jean-Marie Le Guen, député de Paris

 

Jean-Marie Le Guen, député de Paris.

 

Médecin et spécialiste des questions de santé publique, Jean-Marie Le Guen, 59 ans, semblait bien parti pour un portefeuille dans le pôle santé du gouvernement. Mais ce fervent strauss-kahnien restera finalement à son siège de député de Paris, qu'il occupe depuis 1997 et pour lequel il se représentera aux législatives.

 

Claude Bartolone, président PS du conseil général de Saine-Saint-Denis.

 

Il était pressenti au ministère du travail ou à celui de l'égalité territoriale, fort d'un mandat de ministre de la ville assuré sous Lionel Jospin entre 1998 et 2002. Mais, finalement, Claude Bartolone restera président du conseil général de Seine-Saint-Denis, poste qu'il occupe depuis 2008 et député du même département (où il siège depuis 2002).

A 60 ans, ce proche de Laurent Fabius et de Martine Aubry, qui fut responsable des relations extérieures dans la campagne de François Hollande, restera donc enraciné dans ce département où il a construit toute sa carrière politique depuis 1960.

C'est d'ailleurs son "seul regret"a-t-il expliqué au Parisien"que le département qui a accordé à François Hollande le deuxième score de France métropolitaine au premier tour [la Seine-Saint-Denis avec 38,7 %], juste après la Corrèze, et le premier score au second tour [65,32 %] ne soit pas représenté au gouvernement"."Et puis, ce qui compense, c'est que je n'aurai pas à démissionner de la présidence du conseil général", a-t-il encore dit.

 

Catherine Trautmann, députée européenne.

 

Malgré son expérience au ministère de la culture sous le gouvernement de Lionel Jospin (1997-2000), Catherine Trautmann ne rempilera pas. A 61 ans, cette spécialiste de la théologie protestante devra donc se contenter de son siège au Parlement européen, qu'elle occupe depuis 2004 (après avoir siégé de 1989 à 1997). Elle fut avant cela députée du Bas-Rhin, de 1986 à 1988.

 

Alain Rousset, le 13 octobre 2009 à Bordeaux.

 

Président du conseil régional d'Aquitaine depuis 1998, député de la Gironde depuis 2007 et président de l'Association des régions de France depuis 2004, Alain Rousset, 61 ans, pourra conserver ces trois fonctions puisque le gouvernement de M. Ayrault s'est finalement formé sans lui.

Responsable du pôle "industrieagriculture, pêche" dans l'équipe de campagne de François Hollande, il s'était fait entendre sur la question quand les candidats visitaient les uns après les autres les usines en difficultés. Mais le ministère de l'industrie ayant été finalement pris par Arnaud Montebourg et celui de l'agriculture par Stéphane Le Foll, Alain Rousset pourra se donner corps et âmes dans la bataille des législatives.

 

Elisabeth Guigou, à La Rochelle en août 2010.

 

Malgré un riche CV, Elisabeth Guigou ne sera pas, à 65 ans, la garde des sceaux du gouvernement Ayrault, comme certains le pressentaient. Députée de Saine-Saint-Denis depuis 2002, elle fut auparavant ministre de l'emploi (2000-2002), ministre de la justice (1997-2000) et ministre aux affaires européennes (1990-1993). Celle qui avait assuré à la veille du référendum sur le Traité constitutionnel européen en mai 2005 que si le "non" l'emportait, elle "quittait la politique", a-t-elle été effrayée par le nombre de "nonistes" aujourd'hui ministres (Laurent Fabius,Arnaud MontebourgChristiane TaubiraVincent PeillonAlain Vidalies...) ?

Cette ralliée à Martine Aubry a dû batailler ferme au sein du PS pour conserver son mandat : sa circonscription de Bondy ayant été supprimée, elle a jeté son dévolu sur celle de Daniel Goldberg à La Courneuve. La campagne de François Hollande lui avait permis de se réinvestir sur les dossiers européens.

 

Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, à Tunis, le 18 février 2011.

 

La culture (ou la justice) aurait pu être le tout premier portefeuille de Bertrand Delanoë qui, à 61 ans, n'a exercé de fonctions qu'à Paris, en tant que député (1981-1986), sénateur (1995-2001) puis maire (depuis 2001). Mais c'est Aurélie Filippetti, de 23 ans sa cadette, qui s'installera finalement rue de Valois etChristiane Taubira place Vendôme.

Jospiniste du premier cercle, il avait soutenu son mentor à la présidentielle de 2002, puis mis ses qualités de tribun au service de la campagne de 2007, sans jamais cacher ses réserves vis-à-vis de la candidate Ségolène Royal. Après avoirun temps été tenté par l'aventure élyséenne pour 2012, il s'était finalement rangé derrière Martine Aubry pendant la primaire

Mercredi soir, après l'annonce du gouvernement, le maire de Paris a toutefois signifié sa fierté de voir trois élues "parisiennes" entrer au gouvernement, George Pau-LangevinYamina Benguigui et Dominique Bertinotti"qui ont tant œuvré pour les Parisiens au cours des dernières années""Comme il s'y était engagé, le président de la République a décidé de constituer un gouvernement paritaire, composé de femmes et d'hommes talentueux mêlant expérience et renouvellement", s'est réjoui dans un communiqué le maire de Paris.

 

Anne Hidalgo, première adjointe au maire de Paris.

 

Aux côtés de Bertrand Delanoë depuis 2001, Anne Hidalgo restera encore à l'hôtel de Ville de Paris. Celle qui, à 52 ans, brigue la succession de M. Delanoë, avait déjà dit, en septembre 2011, que "Paris nécessitait un engagement exclusif" en réaction à l'éventuelle candidature de Cécile Duflot - désormais ministre de l'égalité des territoires et du logement - à la mairie de Paris. "Je ne suis candidate ni aux sénatoriales, ni aux législatives", avait-elle même dit.

 

Le député PS de l'Essonne Julien Dray en 2009.

 

Député de la 10e circonscription de l'Essonne depuis 1988 et conseiller régional d'Ile-de-France depuis 1998, Julien Dray restera lui aussi sur le banc de touche. Ce proche de François Hollande paye peut-être la maladresse du 28 avril lorsqu'il avait invité Dominique Strauss-Kahn à son anniversaire, provoquant un vent de malaise, voire d'indignation à gauche. Valérie Trierweiler, la compagne du chef de l'Etat, avait d'ailleurs par la suite interdit au député de l'Essonne l'entrée du QG de campagne où était organisé un pot de fin de campagne.

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