Pourquoi la photo officielle de François Hollande est une incontestable réussite

Publié le par DA Estérel 83

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Le portrait officiel du président Hollande réalisé par Raymond Depardon, à peine connu, est déjà critiqué tous azimuts. Et pourtant, si l'on prend soin de l'examiner avec attention et en politique, il est plus que réussi pour ce qu'il nous dit de François Hollande vu par François Hollande.

Auteur parrainé par Benoît Raphaël

 

 

N'en déplaise à tous ceux qui, d'instinct, daubent sur ce cliché, il est réussi. Esthétiquement, humainement et... politiquement, ce portait convient à l'air du temps. Et il l'est aussi parce ce qu'il révèle de François Hollande, y compris contre son gré.

 

Raymond Depardon, c'est son métier et son génie à la fois, a su capter en un cliché ce qui représente la vérité d'un homme, au moment où la photographie est prise. Dans la théâtralisation, très souvent un peu surjouée, des présidents par eux-mêmes au moment où ils s'installent à l’Élysée, réside toujours cette part de vérité, entre acte manqué et inconscience, que révèle l'image qu'ils veulent donner de leur personne mise en scène par leurs soins à travers la traditionnelle photo officielle.

 

En choisissant de poser dans les jardins de l’Élysée, loin du palais lui-même, loin des lambris dorés et autres symboles mobiliers du pouvoir, François Hollande a certainement voulu se présenter, une fois de plus, comme le président "normal" qu'il entend être, celui qui veut "faire simple". Et quoi de plus "normal" et "simple" que de poser loin de tout ce qui symbolise les pesanteurs et lourdeurs du pouvoir, pouvoir qu'il lui faut "déblingblingiser" après cinq ans de sarkozysme hyper-présidentiel.

 

Donc le voici installé dans ce cadre champêtre, en fin d'après midi, avec au loin le palais, au soleil doucement déclinant d'un soir de printemps, affectant la pose du flâneur comme surpris au détour d'un dernière promenade dans le jardin... De tout cela émane la simplicité et la sobriété voulue par le personnage portraituré. Depardon n'est pas un descendant photographique de David ou Gros, les portraitistes pompiers de Napoléon Ier, le néo-classique, ce n'est pas son genre. Oui, loin de David et Gros, nous sommes plutôt chez Fragonard, le peintre de la nature et des parties de campagne.

 

De mémoire, c'est la première fois qu'un président de la République est à ce point mis en scène dans ce que le palais de l’Élysée peut avoir de plus champêtre.  Depardon a photographié Hollande comme s'il allait pousser, non loin du cadre, une escarpolette... Et la rupture entre l'ombre où se situe le personnage, à l'abri du soleil, et la lumière qui frappe le palais en arrière plan, loin d'être une erreur, souligne le contraste entre le souverain humain, qui ne fait que passer, et le lieu où réside le souverain dans sa permanence, par delà les humains qui l'incarnent. 

 

On touche alors à la question que pose cette photographie officielle : que nous dit-elle de l'homme qui prend ainsi la pose ? Que révèle de François Hollande cette mise en scène voulue par François Hollande et que l'objectif de Raymond Depardon a été prié d'ommortaliser ?

 

La réponse est donnée par la pose adoptée par le personnage : droit, mais comme ayant interrompu sa marche le temps que soit prise la photographie, les bras le long du corps. L'homme qui pose vient donc d'achever une étape, celle qui nous mène à l'instant photographié. Il s'est arrêté le temps du cliché, mais tout indique qu'il va reprendre sa chemin par la suite, car on ne reste pas figé dans un cadre de promenade, par définition, surtout avec le palais du pouvoir en arrière plan.

 

Il est intéressant de noter que les bras sont placés le long du corps, une jambe en avant, geste naturel qui ne suggère pas l'immobilisme, mais un mouvement interrompu le temps de la photo. En clair, nous avons là, face à nous, un président élu, mais qui sait qu'il lui reste beaucoup à faire.

 

Hollande est l'anti-Chirac, le suel avant lui à avoir pris la pose dans le jardin de l’Élysée, et dont la photographie disait sans équivoque que l'accomplissement d'une vie résidait dans le fait d'être portraituré, les mains derrière le dos, devant l’Élysée. "J'y suis, c'est fait, c'est fini". Résultat : douze ans d'immobilisme. Hollande est lui aussi dans le jardin, mais en mouvement, la différence est de taille. 

 

Le seul problème que pose la photo de François Hollande, ce sont ces mains dont on voit bien qu'il ne sait que faire. Le choix de poser dans le jardin explique sans doute cette situation : les placer derrière soi ou dans la poche, c'était apparaitre immobile, or, le choix de la pose, suggérant un mouvement interrompu, obligeait le modèle à se présenter ainsi, mains le long du corps, une jambe en avant de l'autre, signifiant par là-même à ceux qui contemplent le portrait : "J'ai été élu, je sais que je dois faire des choses, il faut que j'y aille".

 

Lorsque l'on se laisse aller à regarder cette photographie plus longuement, les questions surgissent : "Que va-t-il faire de ses mains ? Où va-t-il ? A-t-il l'air sûr de lui ?" ce qui revient à se demander : "Que va-t-il faire de nous ? Où nous emmène-t-il ? Le sait-il seulement ?" Or, si la photographie ne répond pas à cette question, c'est que le personnage saisi par l'objectif du photographe n'y répond pas. Il n'est pas en mouvement, semble à l'aise dans son élément, mais que va-t-il faire ?

 

Les questions posées ci-dessus ramènent à la problématique Hollande de ce début de quinquennat, problématique en forme d’ambiguïté, voire de contradiction. Trop de "simplicité" et de "normalité" ne vont-elles pas finir par nuire à l'assurance et à la rassurance attendues de la part d'un président de la Ve République ?

 

Le portrait officiel de François Hollande, simple et sobre, signé par Depardon est apaisant, certes, mais il n'est pas rassurant. Il n'est pas étonnant de constater que  c'est bien ce qu'incarne François Hollande aujourd'hui aux yeux des Français : l'apaisement plus que la rassurance. C'est aussi cette ambiguïté qu'a saisie Raymond Depardon à travers ce portrait officiel. Le cinéaste et photographe nous montre ce qu'est aujourd'hui la vérité d'un homme qui vient d'être élu président de la Ve République, septième du genre.

 

En 1974, à la demande du candidat Giscard d'Estaing, le jeune cinéaste Depardon réalisa un film sur la campagne électorale du futur troisième président de la Ve République. Découvrant les images, Giscard décida de les bloquer jusqu'en 2002, car l'idée qu'il se faisait de lui-même ne correspondait pas à la vérité de l'image captée par Depardon.

 

D'une certaine façon, avec le portrait officiel du septième président, Depardon a encore saisi une vérité que François Hollande, se mettant en scène de manière simple, sobre et apaisée, ne voulait sans doute pas montrer cette part de lui qui ne rassure pas totalement. C'est en ce sens que l'on peut dire aujourd'hui que cette photo officielle est une incontestable réussite. Le portrait est fidèle, rien n'y manque.

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