Pourquoi l'UMP est-elle si nulle ?

Publié le par DA Estérel 83

Chroniques de Juan

 

 

 

Nul gouvernement n'est parfait. Mais la tâche qui attend Hollande est si supérieure et terrifiante qu'il faudrait une opposition hors normes, à droite, pour lui porter la contradiction utilement. Pour l'instant, la critique est facile, parfois futile,souvent violente.


On guette les gaffes ou les futilités et, forcément, il y en a et il y en aura. Notre confrère Guy Birenbaum a trouvé cette amusante proposition de Michèle Delaunay, ministre en charge des Personnes Âgées, qui s'en félicite sur son blog: préférer monter en âge à vieillir.

Sarkozy ne nous manque pas 
Ces remarques sont normales et pas futiles du tout. Les mêmes critiques savent relever combien la différence reste grande avec le quinquennat d'avant. Il y a 5 ans à la même époque, Nicolas Sarkozy faisait voter en urgence la défiscalisation des grosses successions, le renforcement du bouclier fiscal, un allègement de l'ISF, les peines planchers et quelques autres gadgets idéologiques.

Cela ne nous manque pas. 

Cinq ans plus tard, à l'Assemblée, les débats sont plus violents. La gauche va supprimer quelques vestiges fiscaux de Sarkofrance, l'emblématique défiscalisation des heures supplémentaires et l'allègement de l'ISF. La foire d'empoigne, mardi soir, était visiblement dantesque. On se serait presque cru en 1981 ou en 1997.

On a pu se régaler à entendre ainsi l'écologiste François de Rugy, s'exclamer: « Il est vrai qu’il y a peut-être une exception en ce qui concerne les heures supplémentaires : M. Copé, alors qu’il était à la fois député de Seine-et-Marne, maire de Meaux, président d’une communauté d’agglomération et président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, trouvait encore le moyen de faire quelques heures supplémentaires dans un cabinet d’avocats – des heures supplémentaires fort bien payées, si j’en crois les informations publiées dans la presse. Je comprends que les questions de défiscalisation aient alors revêtu une certaine importance à ses yeux ! » L'UMP, via son président de groupe, a jugé le propos indécent. Mercredi soir,Christian Jacob n'avait pas grand chose à dire contre son collègue Marc Le Fur, député UMP des Bouches du Rhône, qui traita la ministre Fleur Pellerin de pot de fleur: « Si elle n’est pas là simplement pour les apparences et pour servir de pot de fleur, elle doit figurer à nos débats et venir nous rejoindre. » Le machisme trouvait ainsi rapidement une voix de passage dans la bouche d'un quelconque UMP en rage.

La droite la plus large, c'est-à-dire jusqu'à l'UDI de Jean-Louis Borloo, est partie en guerre et résistance contre cette suppression. Il est vrai que le combat en valait la chandelle.  

A l'UMP, chacun fourbissait ses armes pour le Grand Congrès de l'automne.
Bruno le Maire pouvait compter sur une vingtaine de sénateurs (sic!). François Fillon, qui se réclamait gaulliste social après cinq années de sarkozysme pragmatico-libéral, est allé débauché Eric Ciotti, le social-sécuritaire de la Droite Populaire. Sous Sarkozy, Ciotti était l'homme des bonnes idées, de la suppression des allocations familiales aux parents d'élèves absentéistes au décret anti-cagoule. Le député des Alpes-Maritimes sera son directeur de sa campagne pour la présidence de l’UMP.  Cette décision de Fillon « pourra surprendre ceux qui supposaient que l’ex-Premier ministre aurait à cœur d’incarner, dans cette compétition, une sensibilité plus sociale et plus centriste que celle de son rival Jean-François Copé », s'amusentles auteurs du blog Droites Extrêmes de Libération.

Ciotti était l'ancien attaché parlementaire de Christian Estrosi, le « motodidacte » député-maire UMP de Nice. Ce dernier n'exclue pas d'être candidat à la présidence de l'UMP. Rachida Dati également songe à ce strapontin. Décidément, Sarkozy parti, les appétits sont nombreux.

Copé, justement, avait prévenu qu'il ne s'exprimait sur cette présidence de l'UMP (qu'il lorgne plus que tout) qu'à la fin de l'été, à l'occasion de l'université d'été de son sous-mouvement Génération France. Il aurait pu attendre début septembre. Les « Campus » de l'UMP sont toujours de grands moments. Brice Hortefeux y a lâché une blague qui lui valu une condamnation pour injure raciste en première instance (annulée en seconde); Jean-Pierre Raffarin y a officiellement boudé Nicolas Sarkozy l'an passé. 

Copé comme Fillon courtisent tous azimuts, et c'est bien normal. L'un promet à Hervé Novelli, le chef de file des libéraux (ceux-là qui voulaient supprimer toute référence légale à une durée hebdomadaire du travail): l'autre séduit Henri Guaino avec un tête-à-tête personnalisé. On s'amuse au souvenir de leurs critiques des bisbilles passées au sein du Parti Socialiste. L'UMP et ses chefs découvrent ce qu'il en coûte de conquérir la présidence d'un parti d'envergure nationale par un autre moyen que la désignation d'en haut, par le Monarque du moment.

La Droite Populaire a décidé ... de se compter. L'ancien ministre des Transports Thierry Marianiet ses collègues de la Droite populaire ont prévenu mercredi 18 juillet qu'ils déposeraient «une motion pour se structurer en mouvement» lors du Grand Congrès du 18 novembre prochain. Ce collectif, à la frontière de l'UMP avec le Front National version Bleu Marine, se réclame des valeurs de la souveraineté évidemment française, de la sécurité, et du travail. Travail, famille... et quoi d'autre ?

L'UMP peut être hargneuse quand elle voit Cécile Duflot en jupe à l'Assemblée. Certains l'avaient déjà raillé quand elle s'était rendue en jean à son premier conseil des Ministres. La Sarkofrance a de beaux restes. Les rites de la bourgeoisie du Premier Cercle empreignent encore trop d'élu(e)s de l'ancien parti sarkozystes.  

L'UMP peut être hargneuse car son travail de refondation n'a même pas débuté. L'opposition reste limitée à défendre le bilan de son ancien mentor et à considérer la victoire de François Hollande comme une imposture. C'est triste et sacrément peu républicain. Mais c'était prévisible. Nicolas Sarkozy a vidé le corpus idéologique de son camp comme on suce un os à moelle.

Définitivement.

Publié dans UMP

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