Pourquoi il faut une nouvelle nuit du 4-Août

Publié le par DA Estérel 83

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Les inégalités de patrimoine alimentent de si fréquentes controverses qu’on pourrait être enclin à ne pas s’attarder sur la dernière étude que publie ce mercredi 19 juin l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Et pourtant, on aurait tord. Et cela pour une double raison : parce que les écarts de fortune que révèle cette publication sont encore plus spectaculaires qu’on ne le croit. Et aussi, parce que le nouveau gouvernement a l’ambition d’engager une vaste réforme fiscale. Cette étude permet donc d’en cerner les enjeux. Plus encore: elle invite a une véritable nuit du 4-Août.

De fait, quand on évoque les inégalités de patrimoine, un chiffre est fréquemment évoqué dans le débat public et semble n’avoir guère évolué au cours de ces dernières années : les 10% des Français les plus riches détiennent à eux seuls près de 50% des patrimoines. Ce sont donc ces indications qui sont les plus souvent citées pour donner un ordre de grandeur de la très forte concentration des patrimoines.

Et pourtant, pour spectaculaire qu’il soit, cette statistique est imprécise et ne donne pas la vraie mesure des inégalités de patrimoine. C’est ce que révèle cette publication de l’Insee. Consacrée à un panorama de « L’économie française » - c’est son titre - , la publication contient plusieurs dossiers dont l’un précisément s’emploie à présenter une radiographie des inégalités entre ménages face à l’épargne et au patrimoine. Et ce dossier–là donne donc le tournis encore plus qu’à l’ordinaire.

Voici ci-dessous cette étude de l’Insee, avec de la page 63 à la page 86, le dossier qui concerne le patrimoine :

20% des ménages les plus fortunés détiennent 71% des patrimoines

Le début de l’enquête met d’abord des premières inégalités bien connues face au patrimoine, celle qui concernent l’âge. Rien de très étonnant ! Les jeunes ont peu de patrimoine tandis que les plus âgés en ont beaucoup.

 

« Le patrimoine net moyen des ménages dont la personne de référence a moins de 30 ans est de 37.000 euros, soit dix fois moins que le patrimoine net moyen des 60-69 ans, qui atteint 356.000 euros », relève ainsi l’Insee.

Mais il y a évidemment des inégalités encore beaucoup plus spectaculaires, celles qui attestent d’une très forte concentration du patrimoine entre un nombre de Français ultra favorisés. L’Insee a ainsi établi un classement original en répartissant les ménages en cinq quintiles (soit 20% d’entre eux) selon leur niveau de vie. Et cela donne une mesure des inégalités entre Français.

 

 

Ainsi, note l’Insee, « le patrimoine net moyen des 20 % des ménages les moins aisés (c’est-à-dire appartenant au premier quintile de niveau de vie) s’élève à 74 000 euros environ, soit à peine le tiers du patrimoine net moyen de l’ensemble des ménages. Les ménages du deuxième quintile disposent d’un patrimoine net moyen équivalent à la moitié de celui de l’ensemble des ménages, ceux des troisième et quatrième quintiles sont respectivement aux trois quarts ou légèrement au-dessus du patrimoine moyen (quintiles notés Q1, Q2, Q3, Q4 et Q5 dans les figures). En revanche, le patrimoine des ménages du dernier quintile de niveau de vie est 2,5 fois supérieur au patrimoine moyen de l’ensemble des ménages. Les 20 % des ménages les plus aisés possèdent ainsi 49 % de l’ensemble du patrimoine net, soit 8 fois plus que les ménages du premier quintile. »

Le tableau ci-dessus présente aussi un autre intérêt – dont il faut prendre note en prévision des réformes fiscales qui doivent voir le jour : la concentration des patrimoines est encore plus spectaculaire quand on isole les patrimoines financiers : « La concentration du patrimoine est davantage marquée pour les actifs financiers que pour les actifs non financiers. Les ménages du dernier quintile détiennent 55 % du patrimoine financier contre seulement 44 % du patrimoine non financier », note l’Insee.

Mais en vérité, comme on le comprend à la lecture de cette étude, il y a plusieurs façons de prendre la mesure des inégalités. On peut mesurer la concentration des patrimoine en classsant les Français selon leur revenus, ou alors selon leur niveau de vie, ou enfin… selon leur niveau de patrimoine. Et dans ce dernier cas, les inégalités sont encore plus ahurissantes : l’Insee relève ainsi que si l’on classe les ménages selon l’échelle des patrimoines, « les 20% des ménages les plus fortunés détiennent 71% des patrimoine total ».

Toutefois, ajoute encore l’Insee, « la concentration de patrimoine selon le niveau de vie n’atteint pas celle de l’épargne dont les trois quarts du montant total sont le fait des ménages du dernier quintile. Épargne et patrimoine ne sont donc pas parfaitement corrélés, ne serait-ce que parce que l’accumulation patrimoniale est un processus long : certains ménages percevant des revenus élevés et dégageant de ce fait une épargne importante, peuvent n’être que peu avancés dans le cycle de constitution d’un patrimoine. »

On comprend donc le très fort intérêt de ce type d’études conduit par l’Insee. Dans le passé, c’était une sorte d’étalon de mesures de la politique fiscale inégalitaire conduite par Nicolas Sarkozy. A la lecture des études conduites antérieurement par l’Insee, on comprenait que le chef de l’Etat, en multipliant les cadeaux fiscaux aux plus riches au travers d’allègements en rafale sur l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), le bouclier fiscal, les droits de succession et bien d’autres dispositions encore, accentuait ces inégalités au lieu de s’appliquer à les résorber.

Et maintenant, la vertu de ces chiffres, c’est naturellement qu’ils soulignent l’urgente nécessité d’une réforme fiscale en profondeur. Pour rétablir l’ISF et les droits de succession, largement démantelés par Nicolas Sarkozy, mais aussi plus largement, comme la gauche l’a promis depuis longtemps, pour aligner la fiscalité du capital sur celle du travail.

Les chiffres de l’Insee en disent plus encore : ils plaident pour une « révolution fiscale ». Oui, une nouvelle nuit du 4-Août!

Publié dans Nation

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