Pour Barack Obama, l'heure des comptes a sonné

Publié le par DA Estérel 83

ObjectifWAS

 

 

Immigration, Santé, Sécurité, Economie: entre deux verdicts attendus de la Cour Suprême des Etats-Unis et un vote de la Chambre des représentants, c'est la semaine de tous les dangers qui débute ce lundi pour le président, dans un climat surchauffé à travers les Etats-Unis. Tour d'horizon.


Obama face à ses juges (1)
NOTE DE L'AUTEUR: 
En raison de l'évolution rapide de l'actualité liée à cet article, la mise à jour se fera de manière continue au cours de cette semaine, dès que l'information l'exigera. Une mention dans le titre permettra aux lecteurs d'être alerté sur nos mises à jour. 


« N'importe laquelle de ces questions - prise isolément - serait un événement politique aux conséquences correspondantes pour la course à l'élection présidentielle. Etant toutes rassemblées en l'espace d'une semaine, on pourrait bien se retourner sur les sept prochains jours comme ceux qui ont brisé ou forgé le second mandat d'Obama » écrivait dimanche soir le Washington Post.
 

Les médias sont sur le pied de guerre et les deux camps adverses, républicains et démocrates, retiennent leur souffle. A la Maison Blanche, le mot d'ordre a été maintes fois répétées au cours des dernières heures: faire montre d'une maîtrise à toute épreuve. Car la communication présidentielle au cours des quatre dernières semaines a été désastreuse. Nombre de journalistes ayant assisté à ses nombreuses interventions à Washington où sur les routes du pays qu'il sillonne pour sa campagne désormais deux jours entiers par semaine, ont relevé la nervosité et les erreurs d'expression inhabituelles chez l'un des politiciens les plus doués de sa génération quand il s'agit de manier le verbe. 

L'homme peut se relever, même s'il est désormais acquis que son adversaire, Mitt Romney, n'est plus le candidat qu'il peut plier en deux phrases à peine. Trop d'affaires ont éclaté au grand jour depuis la fin du mois de mai pour que les Républicains ne trouvent pas matière à rebondir à chacune des tentatives d'Obama de les montrer du doigt. Surtout, les marges de manoeuvres du candidat Obama se réduisent: à trop avoir systématiquement pointé du doigt le Congrès, coupable, selon lui, de tous les retards et de tous les manquements à ses propres promesses, il a fini par affaiblir l'image de son autorité présidentielle et par donner le sentiment qu'il était passé trop en force sur certains et pas assez sur d'autres. 

LA COUR SUPRÊME REND SA DÉCISION SUR LA RÉFORME DU SYSTÈME DE SANTÉ

Visit msnbc.com for breaking newsworld news, and news about the economy

Aujourd'hui lundi ou alors jeudi, la Cour Suprême des Etats-Unis va rendre public l'avis qu'elle a déjà prise depuis plusieurs jours au sujet de l'Affordable Care Act, le nom officiel de la loi sur la réforme du système de santé poussée par Barack Obama et entrée en vigueur en 2010, qu'il a lui-même présenté comme la pierre angulaire de son premier mandat. 

Il s'agit bien, de fait, de la réforme sociale la plus importante votée aux Etats-Unis depuis un siècle avec la création de la Scurité sociale, et celle sur laquelle d'illustres prédécesseurs ont tous échoué, à l'instar d'Hillary Clinton qui en avait fait son tremplin pour un futur poste de présidente à l'époque où son mari occupait la Maison Blanche. Sa défaite, cuisante, est présente dans toutes les mémoires comme l'illustration d'une réforme impossible. 

Et pourtant, Barack Obama est parvenu à passer en force et à imposer une redéfinition drastique du système de santé américain, dont les bénéfices doivent s'étendre, d'ici à 2014, à plus de 50 millions d'Américains supplémentaires. Mais il l'a fait de manière radicale, passant outre les réserves de ses principaux conseillers et levant contre lui une armée d'opposants de tous bords qui ont juré de défaire ce qu'ils considèrent comme un système inefficace et ruineux pour le pays, qui plus est imposant au plan fédéral des règles dont de nombreux états américains et une partie de la population ne veut en aucun cas.  

Si la Cour Suprême des Etats-Unis déclare que l'Affordable Care Act est constitutionnel, il faut s'attendre à un électrochoc pour les opposants d'Obama déjà chauffés à blanc. Ses partisans, eux, devront espérer une réélection du président pour voir le développement de la réforme parvenir à son terme et celle-ci devenir irréversible dans ses grandes lignes. Si les juges disent oui à la réforme Obama, ce sera aussi vraisemblablement le début d'une nouvelle guerre entre les Etats de l'Union et Washington. Mais politiquement, le président aura remporté une belle victoire et pourra compter sur ses troupes pour contenir la charge. 

Si la Cour Suprême invalide la loi, en revanche, la puissance de son verdict sonnera comme une terrible défaite constitutionnelle pour le président. Il devra faire face à un procès en irresponsabilité pour ne pas avoir su maîtriser son ambition et avoir engagé à travers tout le pays une réforme qui a déjà coûté beaucoup et qui, aussitôt, se disloquera et offrira au camp républicain à la fois une victoire hautement symbolique mais également le devoir d'offrir une alternative. Mais le pire pour Obama est qu'il ne pourra pas désigner du doigt son adversaire car celui-ci n'existe pas. Ses récentes allusions sur le travail de la Cour Suprême ont levé un tollé tel, à travers le pays, qu'il a du revenir sur ses propos et faire intervenir plusieurs de ses conseillers pour assurer qu'en aucun cas le président n'avait porté le moindre jugement sur une orientation éventuelle de la Cour Suprême, considérée dans ce pays comme un roc intouchable. 


LA COUR SUPRÊME REND SA DÉCISION SUR LA LOI DE L'ARIZONA SUR L'IMMIGRATION - MISE A JOUR UGENT

URGENT - MISE A JOUR LUDNI 17H00 

La Cour suprême a rejeté lundi une grande partie de la loi controversée de l'Arizona sur l'immigration, mais elle a maintenu d'autres dispositions, ce qui donne une victoire seulement partielle à l'administration Obama.
 
Le tribunal a jugé que l'Arizona ne peut pas ériger en un délit pour les immigrants de ne pas porter une identification prouvant qu'ils sont aux États-Unis légalement; que pour les immigrants sans-papier, postuler à un emploi ne peut constituer un crime et que l'on ne peut pas arrêter quelqu'un sur la base uniquement de soupçons que cette personne est dans ce pays illégalement.

Toutefois, le tribunal a confirmé la partie de la loi qui autorise la police à vérifier le statut de toute personne qu'elle soupçonne d'être entrée aux États-Unis illégalement. Les juges ont dit néanmoins que la disposition pourrait être soumis à d'autres contestations judiciaires. 

VOIR LA VIDEO EN DIRECT DE NBC NEWS A LA FIN DE CET ARTICLE 


La loi dite Arizona SB1070, signée par le Gouverneur Jan Brewer le 23 avril 2010 et qui devait entrer en vigueur le 29 juillet 2010, est la loi la plus dure en matière d'immigration jamais votée par un Etat américain. Elle a été bloquée quelques jours avant par la Cour d'Appel du 9ème Circuit des Etats-Unis. 

La loi SB1070 introduit un nombre significatif de modification aux lois fédérales sur l'immigration des Etats-Unis. Ainsi: 

  • Elle établit que c'est un crime d'État pour un immigrant illégal de postuler pour un emploi ou de solliciter du travail en public.
  • Elle établit également un délit lorsqu'un citoyen conduisant un véhicule s'arrêter pour prendre un passager si cela "entrave" le trafic.
  • Elle fait en sorte que les citoyens seront en mesure de poursuivre des fonctionnaires ou des organismes dont les politiques interfèrent avec l'application vigoureuse de la loi fédérale sur l'immigration.
 
Sur la question très discutée de savoir si la loi permet ou encourage le «profilage racial», il faut noter ceci: 
 
 
  • La loi modifiée permet à la police d'examiner « la race, la couleur ou l'origine nationale » au moment de décider de demander à quelqu'un de prouver sa citoyenneté, mais seulement si la mesure est jugée constitutionnelle par les tribunaux.
 
  • Il reste à établir de quelle manière la police va interpréter ce texte dans la pratique. Pour l'heure, la police n'est pas formée à la notion de «soupçons raisonnables» du statut illégal.
 
  • Un manuel de formation pour les fonctionnaires fédéraux et locaux indique qu'ils peuvent prendre en compte le fait qu'une personne a un « fort accent étranger » ou ne semble pas « à sa place » pour décider s'il ya lieu de l'interroger sur son statut d'immigration.
 
Ce ne sont là que quelques points controversés de la loi souhaitée par l'Arizona. Mais leurs extensions sont très nombreuses. Si la loi en elle-même vise officiellement à faire descendre le nombre d'illégaux en Arizona, estimé à 500 000 en 2008, ses conséquences sont lourdes dans la mesure où elle créé de nombreux nouveaux délits susceptibles soit, d'entraîner une déportation immédiate de la personne sur la base d'un délit qui ailleurs dans le pays ne constituerait pas une violation de nature à prendre une telle mesure, soit de multiplier et d'allonger les détentions, dans un contexte général aux Etats-Unis ou la détention indéfinie est devenue une norme pour les illégaux interpellés. Il faut rappeler qu'à travers tout le pays, des juges refusent désormais de traiter les dossiers qui leurs parviennent car le système connait un engorgement avec près d'un demi-million de cas en attente. Il faut également rappeler les mégaits des brigades ICE qui au cours de la semaine dernière, ont procédé à l'arrestation d'une dizaine de personnes sur la seule base de leur tentative de passer un permis de conduire.  

La décision de la Cour Suprême des Etats-Unis sur la loi SB1070 est à haut risque pour Barack Obama, qui vient de promettre aux hispaniques du pays, dans une tentative pour se dégager d'une impasse coûteuse en voix, de geler les déportations et d'ouvrir la voie à la régularisation de 800 000 illégaux de moins de 30 ans arrivés aux Etats-Unis quant ils étaient enfants. Quelle que soit la décision de la plus haute autorité judiciaire du pays, Obama et Romney vont devoir y réagir de manère extrêmement prudente. Le moindre faux pas dans ce domaine coûtera des voix d'un côté ou de l'autre et cetet actualité va faire rebondir, de toutes façons, le débat sur la réforme de l'immigration qui devient une urgence absolue. Sur ce terrain, Obama n'est pas en position de force: voilà quatre ans qu'il mène une politique déchainée contre l'immigréation illégale, une politique qui a porté un coup sérieux aux demandes d'immigration légale vers les Etats-Unis et qui engendre une pénurie de cerveaux dans une économie où les entreprises perdent en compétitivité en raison du manque de compétences traditionnellement issues de l'immigration très qualifiée. La plus belle réussite d'Obama pour le moment est d'avoir totalement stoppé l'immigration en provenance du Mexique et d'avoir engagé le système d'immigration sur la voie d'une sélection par l'argent, avec la création de nouveaux visas dont il suffit d'acquitter le prix - de 500 000 à 1 million de dollars - pour obtenir son sésame.

PLUS QUE 7 JOURS POUR TROUVER UN ACCORD SUR LES PRÊTS ÉTUDIANTS

Cet été, un étudiant américain sur 8 n'aura pas de travail pour financer ses études. Mais la situation est plus inquiétante encore lorsque l'on sait que le niveau d'endettement des étudiants a atteint 900 milliards de dollars, soit 6% du PIB des Etats-Unis, dans un contexte tendu: depuis la crise de 2008, le nombre d'étudiants a considérablement augmenté face à un marché qui offre de moins en moins de débouchés et réclament toujours plus de diplômes; la tension qui pèse sur les études se traduit par une augmentation nette du coût des études, avec +8,3% en 2010; le crédit à la consommation est simultanément asséché par la politique des banques; et l'allongement dramatique de la durée du chômage entraîne une crise de confiance, dans un contexte d'inadéquation entre la formation et les nouveaux besoins du marché. Or, s'il est assez classique pour un étudiant de financer ses études à crédit grâce à la garantie accordée par le gouvernement (83% des crédits sont accordés selon ce schéma) et de ne commencer à les rembourser qu'à l'issue de celles-ci, la crise de l'endettement rend cette garantie de plus en plus coûteuse et les taux d'endettement plombent les jeunes candidats au crédit et à l'emploi; les défauts de paiement sont de plus en plus nombreux (+9% en 2011); les familles peinent à assurer le soutien des plus jeunes. 

Certes, ces 900 milliards de dollars sont à metter en comparaison avec les 9200 milliards de dollars de crédits hypothécaires qui ont été au coeur de la crise des subprimes en 2008. Mais s'ils ne constituent pas le même risque pour le secteur privé, ils sont en revanche une bombe à retardement pour les finances publiques. 

Faute d'un accord au Congrès américain avant la date fatidique du 1er juillet, c'est une déferlante dramatique qui menace de s'abattre sur l'éducation américaine dès cet été. En effet, en cas d'échec, le taux d'intérêts appliqués aux prêts conssentis par le gouvernement à quelques sept millions d'étudiants américains passeront de 3,4% à 6,8% à partir de juillet. Or, à ce jour, ni Obama ni les Républicains ne sont parvenus à trouver le moyen de financer la proposition républicaine de geler ces taux pour encore un an.  

L'incapacité du Congrès de s'entendre sur une sortie de crise va culminer cette semaine. Si l'affrontement devait se poursuivre, la flambée des taux d'intérêts constituera la plus grave crise jamais traversée par l'enseignement américain et ouvrira une brèche calamiteuse pour les finances publiques. Un choc financier et fiscal qui ne manquera pas de provoquer une brusque hausse de tension pour l'économie américaine qui n'en n'a guère besoin puisqu'elle est déjà confrontée au spectre du 1er Janvier 2013 et que Barack Obama aura du mal à justifier et dont on lui reprochera de ne pas avoir pris la mesure à temps.

FAST AND FURIOUS: LE GOUVERNEMENT AMÉRICAIN SUR LA SELETTE

Nous avons largement fait état ici-même de la crise qui oppose plusieurs branches de l'administration américaine autour des développements du dossier concernant la désastreuse opération Fast and Furious, dont les ramifications ne cessent de s'étendre. Au cours de la semaine, la Chambre des Représentants votera au sujet du refus de Procureur général des Etats-Unis, Eric Holder, soutenu par le président Obama, de livrer à la commission d'enquête menée par Darrel Issa les quelques 2000 pages manquantes pour qu'elle puisse mener à bien son investigation. Si la Chambre décide de passer outre le refus du Procureur, la situation s'envenimera à grande vitesse. Pour l'heure, Darrel Issa considère qu'il n'y a pas de preuve manifeste que le président avait connaissance de l'ampleur du fiasco des ventes d'armes aux cartels de la drogue mexicain. Mais la tension est extrêmement vive entre les Etats-Unis et le Mexique en coulisses. L'élection d'un nouveau président mexicain le 1er juillet se fera pour le pire ou le meilleur au moment où le déchainement de violence lié aux cartels mexicains atteint des sommets et provoque un bain de sang au Mexique.  

Le mystère demeure autour du soutien apporté par Obama à Eric Holder. Il ne peut qu'entretenir toutes les supputation sur le rôle exact de l'administration américaine dans cette affaire que certains n'hésitent pas à qualifier d'Obamagate. 

ET AUSSI: LA PROPAGANDE DE LA GUERRE DES DRONES VUE SUR AL JAZEERA


NBC NEWS: LES DEUX CAMPS REPUBLICAINS ET DEMOCRATES SE FELICITENT DE LA DECISION DE LA COUR SUPREME

Visit msnbc.com for breaking newsworld news, and news about the economy

La réaction de Mitt Romney ce lundi soir à 19H00: 

« La décision d'aujourd'hui souligne la nécessité pour un président qui agira sur cette question cruciale et qui travaillera d'une manière bipartisane de poursuivre une stratégie nationale d'immigration (...) Le président Obama a omis de donner un cap sur l'immigration, ce qui représente encore une autre promesse brisée par ce président, je crois que chaque Etat a le devoir -.. Et le droit - de sécuriser nos frontières et de préserver la primauté du droit, en particulier lorsque le gouvernement fédéral a manqué à ses responsabilités. Comme candidat, Obama a promis de présenter un plan d'immigration lors de sa première année de mandat. Mais quatre ans plus tard, nous attendons toujours.  »

ABC NEWS, 19H30

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article