Portugal : une nouvelle raclée pour la gauche. Pourquoi ?

Publié le par DA Estérel 83

Marianne

 

 

Les partis de droite ont nettement remporté les élections législatives, prenant la tête du pays pour la première fois la chute de Salazar. Cette nouvelle défaite de la gauche devrait interpeler les dirigeants socialistes européens dont la crédibilité ne cesse de s'affaiblir depuis la crise de 2008.



Les peuples préfèreraient-ils l’austérité de droite à celle de gauche ? En tout cas, la victoire de la droite portugaise est sans appel, avec 129 élus sur 230 députés. Certes, ont peut penser que les socialistes portugais sont victimes de la loi de l'alternance. Sauf que celle-ci ne fonctionne pas toujours dans les pays où la droite est au pouvoir. D'autres peuvent se rassurer en pensant que l'importante abstention - 41% - affaiblit la portée du scrutin. Ils ont tort : si la montée de l'abstention s'opère surtout parmi les électeurs de gauche, le vote constitue une défaite de la gauche et non du suffrage universel... La crise a durement frappé le pays : le plan d'austérité adopté pour limiter la dette du pays (160 milliards d'euros fin 2010) a provoqué une récession et une montée du chômage à plus de 11%.

Cette défaite du PS portugais conclut quatorze années de reculs de la gauche dans toute l’Europe. En 1997, treize des quinze gouvernements de l’Union européenne étaient à gauche et l’arrivée de Lionel Jospin au pouvoir résonnait comme le symbole d’un véritable printemps de la gauche. Lorsque survient la crise financière en 2008, la gauche est encore au pouvoir au Royaume-Uni, en Allemagne, en Irlande, en Espagne, en Lituanie, en Bulgarie, en Hongrie, au Portugal et en Grèce. Trois ans après, l’Espagne et la Grèce apparaissent comme les derniers bastions de la gauche. Pour combien de temps ?  

Les manifestants athéniens s’opposent frontalement au gouvernement du Pasok contraint d’obéir aux injonctions des agences de notation, et à Madrid les centaines de jeunes « indignados » ont campé à la Puerta del Sol avant même les élections locales qui ont vu la gauche perdre son fief de Barcelone, bastion de la lutte anti-franquiste.  Gérard Filoche (PS) n’a pas tort de dire que le PSOE s’est suicidé le 10 mai 2010, en imposant un plan d’austérité provoquant notamment une baisse de salaire des fonctionnaires : « Moins 15 points dans les sondages en un quart d’heure. » Le même gouvernement grec est si peu légitime qu’il a songé un moment à consulter le peuple sur le nouveau plan d’austérité, tandis que Zapatero a, lui renoncé à se présenter.

La crise de 1929 avait engendré Roosevelt, le Front populaire en France et en Espagne (mais aussi la relance par le parti nazi en Allemagne). Depuis 2008, c’est le contraire qui s’est produit : loin de sortir de la crise en conduisant des politiques keynésiennes, la gauche semble amarrer son destin à un système qui a prouvé son impéritie : tandis que Barack Obama défend sa politique de relance contre les républicains, les leaders des partis socialistes européens apparaissent au contraire comme les toutous de la fameuse « Troïka » FMI-BCE-Union européenne. Celle-ci apparaît de fait, au fur et à mesure que s’approfondit le rebond de la crise des dettes souveraines, comme le véritable gouvernement économique des pays européens, lui-même tributaire de quelques dizaines de jeunes analystes des agences de notation. 

Dans ces conditions, pourquoi les électeurs continueraient-ils à plébisciter des partis de gauche qui ne cherchent plus à les défendre ? Pourquoi les électeurs portugais devraient-ils voter à gauche dès lors que, comme le pointe le correspondant portugais du Monde, « il n'y a pas une feuille de papier à cigarette » entre les programmes de gauche et de droite ?  Tant qu’à se résoudre à l’individualisme, autant le faire avec une droite traditionnellement championne des libertés économiques : pour baisser les impôts, Sarkozy est plus crédible qu’Hollande ou Aubry, et il en va sans doute de même dans les autres pays d’Europe. 

En fait le magistère de Lionel Jospin risque de n’avoir été qu’une parenthèse : voilà déjà deux décennies au moins que les dirigeants socialistes européens ne voient pas qu’en croyant promouvoir le capitalisme redistributif des années 1970, ils plébiscitaient le néolibéralisme des années 1990, le chômage de masse et une formidable montée des inégalités. Aujourd’hui, le réalisme électoral consisterait, pour la gauche, à abandonner le social-libéralisme et à donner la priorité à la ré-industrialisation de l’Europe sans laquelle le progrès social devient une œuvre de charité. Mais à part en Belgique et en Islande, et dans la tendance Montebourg, cette idée n’est pas à la mode à gauche.

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viviane 07/06/2011 09:49


les pays du sud de l'Amérique, en mettant le FMI dehors, ont choisi leur destinée et pris leur politique en main et cela leur réussit ma foi pas mal ! C'est ce que nous aurions pu faire, en Grèce,
au Portugal, en Espagne, mais... traité de Lisbonne oblige... sauf un petit pays ayant dit non, comme nous et qui résiste si bien que son déficit est en train de se combler et qu'ils on récuperer
leurs banques, mais on n'en parle plus nulle part.....