PDG dans le public: ça eut payé...

Publié le par DA Estérel 83

CL11112010

 

 

Elle avait été annoncée. Elle arrive. En cette fin de printemps, la bise de la rigueur promet d'écorner sérieusement les hauts salaires des hauts dirigeants des entreprises d'Etat. Alors que depuis ces dernières années les rémunérations des grands patrons des entreprises publiques ont flambé comme jamais et tutoient désormais celles de leurs homologues du privé, le gouvernement vient donc de confirmer sa volonté d'imposer plus d'équité entre les revenus d'un PDG et de ses employés les moins bien lotis.

Le barème est clair: le plafonnement des salaires des PDG ne doit pas excéder 20 fois celui du salaire minima pratiqué dans l'entreprise. Si à la SNCF, Claude Pepy est parfaitement sur les rails et peut conserver ses 250.000 euros annuels, le PDG de la Poste ou d'Areva devraient eux perdre de 41 à 49% de leurs revenus. Pour Henri Proglio ce «manque à gagner» est encore plus spectaculaire: le patron des électriciens devrait renoncer à 68% de son 1,55 million d'euros annuels s'il veut rentrer dans les clous.

A partir de quand la règle s'appliquera-t-elle ? Un temps, on pensait que le gouvernement attendrait les renouvellements de contrats. Le Premier ministre a décidé d'accélérer le rythme: la réforme c'est pour... hier ! Par rapport au droit du travail, c'est certes limite. Mais on voit mal un Luc Oursel ou un Jean-Paul Bailly saisir les prud'hommes... Les actuels dirigeants de ces entreprises qui sont quand même loin de passer à l'état de nécessiteux se voient en quelque sorte soumis à un test vérité: soit ils acceptent de se serrer à leur tour la ceinture en honorant ainsi complètement leur engagement de service public, soit ils reconnaissent qu'ils se sont trompés de voie et... cherchent à faire valoir leurs compétences dans le privé.

Et puis Hollande n'a-t-il pas donné l'exemple en baissant les salaires des ministres et celui du président de 30% ? Sans compter que les Français ne peuvent qu'être sensibles au fait qu'en ces périodes de crise où on demande à chacun de faire des efforts - et ce n'est pas fini - l'exemplarité reste le meilleur lubrifiant social... On verra dès aujourd'hui jusqu'où cette exemplarité peut être contagieuse. C'est en effet ce jeudi que les actionnaires d'Air France-KLM doivent valider ou pas les 400.000 euros de prime de non-concurrence déjà versées à son ex-PDG. Suivront-ils l'avis négatif du gouvernement qui après voir dit dans un premier temps qu'il s'abstiendrait est allé hier au-delà en se prononçant pour un «niet» plus clair encore ?

Même si, dans ce cas, l'Etat n'est qu'actionnaire minoritaire dans la compagnie, on comprendrait mal qu'au moment où Air France doit faire 2 milliards d'économie et que des suppressions de poste sont dans l'air, on valide ce que la présidente du Medef a elle-même défini comme «un parachute en or camouflé». Ce sera en tout cas un test grandeur nature de la capacité de ce gouvernement à moraliser la vie des sociétés. Et donc de la société.

 


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