Non, Chirac n'a pas perdu la boule!

Publié le par DA Estérel 83

Marianne

 

 

Après la petite phrase de Jacques Chirac à propos de François Hollande, les réactions sont nombreuses, pas toutes à la hauteur. Sénile l'ancien président ? Certainement pas. Pour Maurice Szafran il prouve une nouvelle fois qu'il reste avant tout un opposant irréductible à Nicolas Sarkozy.



Il a fini par lâcher le morceau. D'abord dans le second tome de ses Mémoires (*), puis en inaugurant en Corrèze le musée qui lui est consacré : Jacques Chirac est un opposant irréductible à ... Nicolas Sarkozy. Nous le savions mais, jusque-là, le précédent président s’était contraint au silence. Alors que s'est-il passé ?

Nous ne retiendrons pas l'explication comme à l’accoutumée vulgaire des sarkozystes : le vieux président serait devenu sénile ; donc il se lâcherait ; donc il dirait désormais tout ce qui lui passe par la tête. Et cette rumeur, désormais, de courir Paris (lire par exemple l'article du Parisien publié ce dimanche, d'une rare violence, sans la moindre prudence ni recul, meurtrier pour Chirac, décrédibilisant sa parole, la preuve que la communication en politique, c'est efficace)... Le hic ? La sortie récente de Chirac en Corrèze, annonçant qu'en 2012 il voterait en faveur de François Hollande, est parfaitement articulée et cohérente. Pour s'en convaincre, il suffit de l’écouter et de la réécouter. Non, Jacques Chirac n'a pas encore perdu la boule. Les preuves...
 
Dans un premier temps, point cardinal de cette dernière partie de ses Mémoires, Chirac rappelle que sa vision de la France est antagoniste à celle de ... Nicolas Sarkozy. Cette précision est capitale car elle clive la droite française. Modèle social et libéralisme ; humanisme et respect des valeurs de la république ; identité nationale, immigrés et immigration ; indépendance nationale et réintégration au commandement militaire de l'Otan... Sur tous ces aspects essentiels de notre vie nationale et européenne, les conceptions de Chirac divergent de celles de Sarkozy. Les Français s'en doutaient ; désormais ils le savent.

Deuxième temps de ce dévoilement, Chirac rappelle que "son homme", c'est ... Alain Juppé et personne d'autre ! L'ex-président se retrouve en l'actuel ministre des Affaires Etrangères, conception identique de l’état et du service de l’état, volonté acharnée de s'en tenir à une droite modérée, non point centriste mais centrale, refus conceptualisé de la moindre œillade en direction du Front National. Tout cela, dans l'esprit de Chirac, serait parfait si Juppé était candidat à l’élection présidentielle. Or, à moins que Sarkozy défaille, le maire de Bordeaux n'aura pas l'occasion de se présenter. Chirac le sait et il a donc choisi, délibérément choisi, de passer un cran en annonçant qu'il voterait, si l'occasion se présentait, en faveur de François Hollande, donc de la gauche.

Et cette annonce ne constituerait pas un événement politique de première importance ?

Nous voilà donc au troisième stade de la démarche politique entreprise par Jacques Chirac : son quasi-ralliement à un candidat de … gauche, en l’occurrence François Hollande. Ses détracteurs droitiers - et ils sont nombreux - ne peuvent pas aujourd’hui feindre la surprise : depuis des années, ils dénoncent en Chirac un social-démocrate dissimulé, un radical-socialiste à la mode d'antan incapable d'assumer les valeurs véritable de la droite et du libéralisme - mais quelles sont-elles d'ailleurs ces fameuses valeurs, vaste sujet ?.. Peut-être d'ailleurs ces droitiers ont-ils raison ? Peut-être Jacques Chirac, enfin débarrassé des contingences et des convenances qui lui ont tant pesées, exprime-t-il ce qu'il ressent, un dégoût pour la droite sarkozyste, une conception de la nation et de la république qui le rapproche, pour de vrai, d'un François Hollande.

Le grand âge outil de la liberté et de la libre parole ? Alors vive le grand âge! 

 
* Le temps présidentiel, Mémoires, éditions Nil, 624 pages, 22 euros.

Publié dans Politique

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