Nice est à droite et pourrait l'être encore plus

Publié le par DA Estérel 83

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Le maire de Nice, Christian Estrosi, le 27 juillet 2010.

 

 La conquête de la France par les légions hollandaises n'est pas complète. Il existe, dans le Sud-Est de la France, une grande ville qui résiste encore et toujours à la gauche: Nice. Souriant, brushing millimétré et teint halé, Christian Estrosi, député et maire de la préfecture des Alpes-Maritimes a, mardi 22 mai, une pensée pour les anciens ministres sarkozystes menacés dans leurs circonscriptions. "C'est dur", s'émeut-il.

L'édile n'est pas inquiet pour sa réélection à l'Assemblée nationale le 17 juin. De son bureau de la magnifique Villa Masséna, sur la promenade des Anglais, il se flatte d'un lien personnel avec les électeurs. "J'aime les petites gens", assure-t-il, précisant : "Les Niçois de droite comme de gauche." Le second tour de l'élection présidentielle étaie son propos.

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Si Nicolas Sarkozy a perdu plus de 12 000 voix, dans la capitale azuréenne, entre 2007 et 2012, il conserve plus de 20 points d'avance sur le candidat socialiste. Nice décroche de nouveau le titre officieux de champion de France de la Sarkozie, catégorie villes de plus de 200 000 habitants.

 LE SOCLE DES RAPATRIÉS

Il ne s'agit pas de la seule singularité du vote niçois. Au premier tour de la présidentielle, le 22avril, ce n'est pas François Hollande (22,37 %) mais Marine Le Pen (23,02 %) qui s'est classée deuxième derrière M. Sarkozy (34,65 %). De droite comme de gauche, les élus locaux assurent que les rapatriés d'Algérieconstituent le socle de cet électorat droitier.

"Il demeure, cinquante ans après les rapatriements, un vote communautaire pied-noir qui a traversé les générations. Une population très attachée aux trois couleurs, à leur drapeau", certifie Rudy Salles, député et candidat Nouveau Centrede la troisième circonscription.

"Des hommes et des femmes pénétrés par l'idée de nation. Ils ont été chassés de leurs territoires par les Arabes et, maintenant, ils sont obligés de partager avec eux le fruit de leur travail", s'indigne Jacques Peyrat, l'ancien maire, qui a rompu avec l'UMP et se présente dans la 1re circonscription avec le soutien du Front national.

S'additionne aux rapatriés une population composée d'une forte proportion de retraités, traditionnellement à droite, "plus qu'ailleurs protégés des problèmes économiques et sociaux", résume Lydia Schénardi, conseillère régionale FN de Provence-Alpes-Côte d'Azur et candidate dans la 4e circonscription des Alpes-Maritimes. Quant à l'électorat de gauche, son profil n'est pas très déterminé.

"Ici beaucoup des gens qui sont au RSA votent à droite", s'agace Patrick Allemand, conseiller municipal socialiste et candidat dans la 1re circonscription. Une partie de l'électorat populaire a glissé vers le FN. "Le Front national est apparu dans les années 1980 dans les quartiers sensibles, où le Parti communistes'effondrait", rappelle M. Salles, élu depuis 1983.

 L'OMNIPRÉSENCE DE L'UMP

Les élus UMP locaux veulent croire que la poussée du FN est stoppée. En 2002, Jean-Marie Le Pen obtenait, à Nice, un score proche de 27 %, en tête du premier tour de la présidentielle. Dix ans plus tard, sa fille est à 24 %. "En recul", souligneEric Ciotti, président du conseil général, député et candidat dans la 1recirconscription. Mais le FN s'est renforcé dans le département, Mme Le Pen arrivant en deuxième position dans huit circonscriptions sur neuf.

Les élus UMP sont toutefois protégés par le scrutin uninominal à deux tours. A Nice, seules des triangulaires pourraient mettre en danger les sortants. C'est peu probable dans un environnement où "Christian Estrosi monopolise l'espace publique et médiatique", attaque Gaël Nofri, candidat soutenu par le FN dans la 3ecirconscription. L'UMP détient tous les leviers de l'action publique : la mairie, l'agglomération et le conseil général. "Nous menons en permanence de multitude d'actions", reconnaît M. Ciotti pour expliquer l'omniprésence de cadres du parti dans la vie publique locale.

Mais les ambitions du FN dépassent les élections de juin. Les législatives terminées, s'ouvrira l'horizon des municipales de 2014, pour lesquelles M. Peyrat, chassé de la mairie, en 2008, par M. Estrosi, caresse l'espoir d'une revanche. A 80 ans, cet ancien compagnon d'armes de M. Le Pen en Indochine n'a pas fait le deuil de sa vie politique et a conservé une hargne tenace envers M. Estrosi.

Il va compter ses voix aux législatives. S'il passe le premier tour, il y verra le signe qu'une reconquête de la mairie est possible. "Il s'agira alors d'un scrutin de liste", glisse-t-il dans un sourire, laissant présager un possible remaniement du rapport de force, au conseil municipal, au profit de l'extrême droite.
 

"Le FN rêve d'une triangulaire, banco ! Je ferai 10 points de plus", parie M.Estrosi. La guerre des ego entre le maire et son prédécesseur est annoncée. "Je poursuis le combat politique pour partager mon expérience avec des jeunes", jure l'octogénaire.

"Il veut juste faire perdre Estrosi, traduit M.Ciotti. Et s'il peut me faire perdre également, cela ne lui déplairait pas." Nice sera, en juin, un champ de bataille privilégié pour l'UMP et le FN. 

Eric Nunès (Nice, envoyé spécial)

Publié dans UMP

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